‹ Bonaparte et son temps, 1769-1799Chapitre 159 sur 190 · Mss. Archives de la guerre · texte numérisé non relu

Mss. Archives de la guerre

2. Georges III, fils de Frédéric-Louis, prince de Galles, et petitfils de Georges II; né en 1738; succéda à son aïeul en 1760 et mourut en 1820.

3. Mss. A. G. Cette dépêche est datée du 5 août 1794, en rade de Calvi, cinq jours après la capitulalion.

ANNlÎE 1794. 467

« qu'il est dur aux Français républicains d'être sous « la domination des Corses.

« La République française perd deux frégates; la « seule (Melpomène) est à regretter, mais elle gagnera » de n'avoir point au nombre de ses citoyens une race « de traîtres, factieux, intrigants et pillards (les Corses). « L'ingratitude de cette nation perfide est à son com- « ble; ils ne connaissent que l'anarchie, et leurs chefs, » le despotisme ; ils trouveront dans les Anglais de « quoi les faire repentir de leur noire trahison.

« Il reste à désirer que les départements du Midi « de la France soient purgés de toute cette vUe ca- « naille, pour que nous ne voyions plus des âmes « pétries de boue comme la plupart de ceux qui vont « y passer... » C'était là une opinion exagérée, exprimée au lendemain d'une capitulation douloureuse. Partout ailleurs, on était loin de la partager . Les représentants Ritter et Turreau écrivaient au Comité* : « Quand tous les Corses seraient aussi criminels, aussi « méprisables que ceux dévoués à Paoli et aux An- « glais, quand la Corse devrait être dix fois plus « onéreuse à l'avenir qu'elle ne l'a été par le passé, n quand son occupation serait aussi inutile qu'elle « est nécessaire à la conservation et à l'accroisse- « nient de notre commerce de la Méditerranée, du « Levant et de l'Afrique, il suffirait que la Corse eût « été déclarée partie de la République française pour « que la Corse dût être arrachée aux artifices d'un « rebelle et à l'orgueil, l'ambition et l'atrocité bria tanniques... » Lacombe Saint-Michel était du même avis. Il connaissait et appréciait les Corses. D'après

1« Mss. Archives de la guerre, 7 brumaire an III.

lui, rien n'était perdu. « Il était possible, disait-il S « de préparer l'expédition de Corse pour le moi^ « d'octobre. Les mêmes préparatifs pourraient servir « à attaquer l'île d'Elbe qui appartenait à Naples et « au grand-duc de Toscane, et où l'on trouverait deux « excellents ports, Porto-Longone et Porto-Perrajo. » Ces projets, le Comité de Salut public les avait depuis longtemps. La mission des représentants Ritter et Turreau à Nice, ainsi que le contre-ordre donné pour les opérations de l'armée d'Italie dans la vallée de la Boi'mida étaient les indices de leur prochaine exécution. On partait de ce principe qu'une opé^^'• tion suivie ne pouvait se faire en Lombardie, sans pvoir, au préalable, détaché de Ja coalition les petits princes italiens. D'autres causes d'ailleurs incitaient à une action énergique et immédiate dans la péninsule. Le Vatican restait toujours le trait d'union de toutes les réactions. De Rome étaient partis les encouragements à cette guerre civile, dont un clergé sans honneur s'était constitué l'ardent promoteur. A Rome enfin, un horrible attentat, resté impuni, avait été commis contre un agent diplomatique français, M. Husson Basse ville*. Le gouvernement de Naples avait fait cause commune avec son voisin. Livourne également était devenu le centre des agissements desémissaires du régent. L'entente, il est vrai, était loin d'être compléta entre ces petites cours divisées d'intérêts. A Florence, le giand-duc se montrait tout disposé à traiter avec la Jeune République. Les injonctions et le ton hautain

1 . Mss. Archives de la guerre. — 14 septembre 1794. i?. UasseviUe (Nicolas-Jean Husson de)^ assassiné à RMKi, iB li janvier 1793. Son fils avait été adopté au nom de la Répo*

blic^ue.

ANNÉE 1791. ^6v

des envoyés de rAngleterre, de rAutrîche et du '•oiute de Provence avaient excité un réel mécontentement parmi les populations, déjà émues des récits des victoires des armées républicaines. Du reste cette agitation était générale. Bn Lombardie, comme en Piémont, comme en Toscane, comme à Naples, les idées nouvelles émises en France avaient excité chez bien des gens un enthousiasme sincère. L'Italie était toujours Tantique berceau de la liberté. Il suffisait d'une étincelle pour allumer Fincendie.

Le Comité de Salut public le savait. Il voulut en profiter. Dès le mois d'août, il avait pris ses dispositions en conséquence. Le 11 septembre, Ritter el Turreau arrivaient à Nice ; le 24, la campagne de la Bormida était achevée. Le 1^' octobre, une division tout entière était échelonnée d'Ântibes à Toulon. Le général Mouret en recevait le commandement, avec Verne pour chef d'état-major, Gervoni et Laharpe comme brigadiers. Bonaparte avait la direction de l'artillerie; l'amiral Saint-Martin, celle de la flotte. Les représentants Ritter, Salicetti et Lacombe Saint- Michel les accompagnaient ; Turreau restait à Toulon.

Constitué dans de pareilles conditions et avec de tels chefs, le corps expéditionnaire présentait de sérieuses garanties de succès. Il n'en était pas de même de la flotte, qu'i] fallait rendre assez respectable pour tenir tète à celle de l'Angleterre, forte de quinze vaisseaux de ligne et de dix frégates; de là, des retards successifs. Le 5 décembre, les représentants écrivaient au Comité : «...Toutes les dispositions ont 4c été prises pour réunir les troupes destinées pour la a Corse. L'artillerie de siège et de campagne est em-

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