I. — Substantifs et Adjectifs
J 4 • Formation du pluriel.
1 • Mots terminés par une voyelle. — Des Periers nous a lui-même donné la règle qui doit être suivie pour former lé pluriel des substantifs :
^ Tableau de la Utlérature françcUst au ieizième siècle, Paris, Del^gràve, 1878, in-n, p. 223 88.
174 BONAYENTCRE DES PERIERS.
(f Vous avez tousjours s à mettre
« A la fin de cbasque plurier,
a Sinon- qu'il y ait une lettre
a Crestée ^ au bout du singulier ;
t Et quand E y ha son entier,
« Bont^ vous guide à ses bontés /
a Si vous suyvez autre sentier
« Voz bonnes notes mal notez'. »
Ainsi le pluriel des substantifs se forme par Tadjonctiou d'une s au singulier et le plus souvent d'un z quand le sin* gulier se termine par un e fermé. C'est la loi formulée plus tard par Robert Estienne ': « A tous ceulx desquels Ve final c( se prononce à bouche ouverte au singulier, de tous temps (c on adjouste un z au lieu de s pour faire le plurier comme « lettré^ leiirez, aimé, aimez. »
Bonaventure se rattache donc à Técole de savants qui tendait à rapprocher les noms de leur forme latine originaire. En effet, hontez vient du latin honilaiesj au douzième siècle boulets; et bontez rappelle mieux que bontés cette forme étymologique. D'une manière générale le pluriel des noms à terminaison masculine se forme plutôt, dans les œuvres poétiques de Bonaventure, par Tadjonction de z ((ue de s.
2* Mots terminés par une atUre voyelle que e. — Le pluriel de ces mots confirme l'observation que nous venons de faire. Ex. : Apprenti, apprentiz (p. 96) ; cloz (p. 74). Bien que ce mot soit invariable, on remarquera que la terminaison se fait par z et non s. De même fraiz subst. et adj. (p. 156); vaincu j vaincuz (p. 96).
D'autre part, il y a certains exemples de pluriels en s : vrais (p. 83), roys (p. 141), chéris (p. 63), vertus (p. 74), plis (p. 70) ; mais cette forme est plus rare.
* Une lettre cre»t<^e est un e fermé ou otiTert.
* Recueil dca OEuvres, p. 160.
* Traité de la grammaire française .
LANGUE POÊTIQLE. 175
3* Mois terminés par une dentale. — lis forment leur pluriel :
A) Ou en ajoutant 5 ou z tout en conservant la dentale. Il semble que liberté entière doit être laissée là pour Torthographe.
Ainsi l'on trouve : grands (p. 61) et grandz (p. 80); De même affiquets (p. 65), rimant avec bouquetz (ibid.).
Le pluriel en z est toutefois plus fréquent. Ex. : Nuitz (182), faictz (p. 83), conlentz (p. 81), salulz (p. 72).
B) Quelquefois par l'adjonction de s, très-rarement de Zj en supprimant la dentale. Ex. : Contens (p. 98), dansans (p. 61),|îe/i5(p. 77).
4' Jlfo/5 terminés par une labiale. — En général le pluriel est en z. Ex. : Massifz (p. 82), chefz (p. 61).
5** Mots terminés par une nasale. — On trouve tantôt le pluriel ens.Ex. : Témoings(jp. 65), biens(jp. 69), ans (p. 71); tantôt le pluriel en z. Ex. : Mainz (p. 71).
6* Mots terminés en al. — Le pluriel est régulièrement formé en aulx. Ex. : Loyaulœ (p. 45), maulx (p. 52).
On sait qu'il y a là une sorte de pléonasme grammatical. En effet, 1'/ du singulier est représenté au pluriel par u : loyal fait loyaux. Puis le seizième siècle, ignorant cette origine de Vu, ajoute encore / pour rappeler cet / qu'il ne sait pas être déjà remplacé par u : loyaulx. Mais le moyen âge avait toujours écrit loyausj ou même loyax (x =: Is), de sorte que dans loyaulx, l est figurée trois fois, par u, par / et par x.
T Mots terminés en el. — Le pluriel en général est formé par l'adjonction de z. Cruelz(\}. 64).
Exception : Ciel^ deulx. Nous faisons toujours exception pour les mots qui forment, aujourd'hui comme au seizième siècle^ leur pluriel d'une façon irrégulière.
Î76 fiONAYENTURE DES PERIERS.
8" Mots terminés en tV. — Même observation que ci-dessus. Ex. : Périlz (p. 79), nombrilz (p. 80).
9" Mots iermiîiés en ulz. — Même remarque. Ex. : JVMk(p. 75).
1 0" Mots terminés par une l mouillée. — En général le pluriel s'indique par une s. Ex. : Pareils. Ici encore nous exceptons de celte règle les pluriels irréguliers, comme oeil, yeulx, travail j travaux, elc.
H" Mots terminés par une r. — Le pluriel est presque toujours en s. Ex. : Cueurs (p. 47), quartiers (p. 48), épars (p. 70).
12" Mots terminés par une gutturale. — Pluriel en s ou «. Ex. : Blancs (p. 81), rencz (p. 81), boucz (p. 183).
1 3' Mots terminés^ en s, a?, z. - — Pluriel invariable.
Remarquons cependant que Torlhographe du temps permet quelquefois de remplacer Vœ par un Zy même au singulier. Ex. : Un heureuz heur (p. 157).
% 2. Formation du féminin.
Des Periers suit la règle générale, qui consiste à ajouter au masculin un e muet.
Observons en outre :
1' Que les mois terminés en l, n, s ont, en général, à la forme féminine, une double consonne finale. Ex. : Rondelette (p. 95), bonne (p. 9R), perpétuelle (p. 83), elc. Cependant fol fait foie (p. 181)*.
Ori relève cerlaines anomalies qui tiennent à Torthographe irrégulicre du seizième siècle plutôt qu'elles ne découlent d*une règle fixe. Ex. : Loyal, loyalle (p. 55), gentil^ gentile (p. 54, 55).
' Les mots belf nouvel, foi, vieil, s^emploient au seiiièmu siècle devant' ud substantif commençant par une consonne. Ainsi Des l'eriers écrira le vieil soudart (p. 97), ce qui n^est jamais usité de nos jours.
2* Les mots terminés en c font leur féminin en que. Ex. : publique (p. 1 47). Régulièrement la terminaison icus^ ica donne ique en français, au masculin comme au féminin (domestiqua j asiatique, etc.); public fait exception. Au sei* zième siècle on hésite entre les deux formes public et publique. Des Periers opte pour cette dernière forme.
S*" Les mots terminés en f ajoutent ve au féminin. Ex. : Grief, griefve (p. 1 30), neuf, neufve (p. 1 67).
i" Les mots terminés en oux font leur féminin en ousse. Ex. : Roux, rousse. Cependant doulx fait doulce (p. 73) ; nous n'avons retrouvé chez Bonaventure ni la forme douce, ni la forme dousse.
5* Mots terminés en eur. — On ne trouve que le féminin en euse. La forme eresse ne se rencontre pas chez Des Periers.
6" Les mots terminés en eux forment de même leur féminin en euse.
T Enfin, certains mots sans désinence féminine venant d'adjectifs latins en is, comme grand de grandis, restent
souvent invariables au féminin. Ex. : la grand mer. (V. p. 629 66 et passim.) Cela est d'ailleurs vrai pour tous les adjectifs venant d'adjectifs latins^ n'ayant, eux aussi, qu'une forme pour le masculin et le féminin. Ex. : prudenSj prudent. Mais Des Periers n'en offre pas d'exemple. La forme grande se rencontre aussi, surtout siTadjectif suit le substantif. Ex. : ardeur grande {p. 91).