‹ BonaventureChapitre 18 sur 42 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

Les Mêmes, BONAVENTURE, avec les habits de noce du jardinier et une rose à la boutonnière; il porte un gros arrosoir à la main, avec un râteau et une pelle ; puis L'ÉCLOPPÉ.

BONAVENTURE entrant en fredonnant.

« Avec les jeuK, dans le village... «

JUSTINE, à elle-même.

Beau brun t

BONAVENTURE, Continuant à fredonner, sur un autre air, en l'apercecant.

« Une femme dans une rose!...

{Parlant.) Me voici revêtu des attributs de Vertumne ! *

M"e LAROSE, allant à lui.

Comme les habits de mon premier lui vont donc bien !

BONAVENTURE, montrant l'arrosoir.

Je trouve ça très-lourd, par exemple... Qui est-ce qui voudrait me tenir ceci un instant? M""** LAROSE, l'en débarrassant.

Si ça a du bon sens! {Appelant.) L'Écloppé 1 l'Écloppé!

BONAVENTURE, à lui-même.

L'Échigné. Qu'est-ce que c'est que ça t l'Écloppé, arrivant en se frottant les yeux. Eh ben ! quoi !

BONAVENTURE, le reconnaissant.

Mon affreux campagnard de ce matin!... mouchons-nous!

II tire son mouchoir.

M"" LAROSE, â l'Écloppé.

Venez donc un peu aider mon nouveau garçon...

l'Écloppé, rionné.

Vous en avez trouvé un ?. . . ah ben ! tant mieux! je vas me goberger.

M™» LAUOSE.

Pour commencer, porte-lui son arrosoir.

l'Écloppé.

Une belle pratique qui m'arrive là !

Il va pour le- rr^'.inlcr.

BONAVENTURE, lui donnant le râteau et la pelle. C'est ça que vous demandez? Allez donc arroser, allez donc arroser, mon cher l'Erciiil(^ ! {À

MAGASIN THEATRAL

pari.) Mon costume à la Némorin lui a donné l® change.

L'Ecloppn a pris l'arrosoir cl sort eu 1)Ogonnanl JUSTINE, à part.

Un très -beau brun !

M™'' LAROSE, a part.

Eh bien! elle n'est pas encore partie, celle-là 1

BOSAVKNTUnE.

Quelle Csl cette feîiime jeune?

La rctimie iir. chambre de M">« la (o.'nlesse. UOAVHMunE. a pa>l.

K!i : < II", elle doit avoir Id jàtJilie très-bien f.iie. {A Justine, en ■sinclinani.) A ctt air noble et distingué, je «levine que j'ai riionneur de parler a M"^ la comtesse.

Il .1 p.issr clfV.iiii M"'» I-a-LiS.- il U lepousie «lu i;tsle.

JDSTiJîE, Cl elle-même.

Il n'est pas sot, ce o:arçon!

M^e LAROSE.

Eh : non , ce n'est pas M™« la comtesse , puisque c'est M"* Justine Cœuriot, sa femme de chambre.

BONAVENTi'BE. jiiuniK V éiounement.

Madame, une fenimc de chambre', il fdut que je i'ei. tende dire pour le croire, bien que j'aie toujours profesé la plus haute estime pour les femmes de chambre; je révère les femmes de chambre, ma mère était urie femme de chambre,

in™e LAROSE.

Vous m'avez dit qu'elle était jardinière.

Oui, jardinière d'abord, et ensuite femme de chambre, et...

M™"^ LAROSE, l'interrompant.

Allons, venez, Bonaventure... ne dérangeons pas plus long-temps M™^ Justine.

JUSTINE, d'un air réiew.

Madame Larose, c'est ce jeune homme qui apportera les fruits au château.

M'-e LAHOSB.

Pouiquoi pas moi, comme à l'ordinaire?

JCSTINE.

C'est que j'ai réfléchi .. en effet, vous aviez raison, il faut qu'il plaise à madame la comtesse, et que je l'interroge sur sa moralité.

BONAVEKTDRE, a part.

O perruque, ma mie!

M™6 LAROSE, a Justine.

Mais vous disiez lout-a-lheure que ce n'était pas la peine de vous déranger ..

JUSTINE

Je sais ce que je fais... Allez chercher la corbeille.

BONAVENTURE, à part.

Cette sirène vous a un œil... de côté...

M'oe LAROSE, à part.

C'ett drôle tout de même... Enlin elle a l'oreille de madame... il ne faut pas l'obstiner. (J;)/'e/("".) L'Écîoppé! les fruits pour le château... u'ÉCLOi'i'É, rentrant.

V'Ià le panier.

M"^ LAROSE, le prenant.

Allons donc, lambin '.

L'Écîoppé va s'assioir, de rjuire cote, sur un Ijânc.

JDSTINE, a Bonaventure.

Venez, venez, mou ami.

BONAVENTORK. à part, prenant le panier.

Elle m'a appelé mon ami...

M'"" LAROSE

Si c'est trop lourd. l'Ecloppé vous portera ça... l'éclopi'É, à lui-même.

Bon !

BoNAVENTLKE, al'Èclopp^, qui ne bouge pas.

Du tout, du tout. . ne vous dérangez pas, ne vous dérangez donc pas. (Ba«.) Si c'est trop lourd, j en mangerai en route.

Air : Contredanse de la Lucie.

Dans l'instant jp revieos ici,

I a bellr jardinière :

Je tiens à diner a nii.li.

Préparez la soupière.

Ji™« LAROSE, le firermnl à part.

Prenez garde, vous d'vez lien \o\t

Que c'est une roquette.

BO.NAVENTURE, À part regardant Justine.

Décidément elle doit avoir...

La jamije Irès-hien faite.

E^sli^^BLE.

Dans l'iustaul, etc.

M"»! I.AROSE.

Sans lardir, revenez ici,

.Si vous voulez me plaire.

Voire diner si'ia servi Par Votre jardinière.

Ji;sTl>E.

Il reviiuilra l,leu vile ici,

ÎVe craignez rien, ma clière.

Ali ! c'est un ijarçon accompli, Bieu digne de vous plaire.

Page 1