SCENE VI
Les Mêmes, BONAVENTURE, avec les habits de noce du jardinier et une rose à la boutonnière; il porte un gros arrosoir à la main, avec un râteau et une pelle ; puis L'ÉCLOPPÉ.
BONAVENTURE entrant en fredonnant.
« Avec les jeuK, dans le village... «
JUSTINE, à elle-même.
Beau brun t
BONAVENTURE, Continuant à fredonner, sur un autre air, en l'apercecant.
« Une femme dans une rose!...
{Parlant.) Me voici revêtu des attributs de Vertumne ! *
M"e LAROSE, allant à lui.
Comme les habits de mon premier lui vont donc bien !
BONAVENTURE, montrant l'arrosoir.
Je trouve ça très-lourd, par exemple... Qui est-ce qui voudrait me tenir ceci un instant? M""** LAROSE, l'en débarrassant.
Si ça a du bon sens! {Appelant.) L'Écloppé 1 l'Écloppé!
BONAVENTURE, à lui-même.
L'Échigné. Qu'est-ce que c'est que ça t l'Écloppé, arrivant en se frottant les yeux. Eh ben ! quoi !
BONAVENTURE, le reconnaissant.
Mon affreux campagnard de ce matin!... mouchons-nous!
II tire son mouchoir.
M"" LAROSE, â l'Écloppé.
Venez donc un peu aider mon nouveau garçon...
l'Écloppé, rionné.
Vous en avez trouvé un ?. . . ah ben ! tant mieux! je vas me goberger.
M™» LAUOSE.
Pour commencer, porte-lui son arrosoir.
l'Écloppé.
Une belle pratique qui m'arrive là !
Il va pour le- rr^'.inlcr.
BONAVENTURE, lui donnant le râteau et la pelle. C'est ça que vous demandez? Allez donc arroser, allez donc arroser, mon cher l'Erciiil(^ ! {À
MAGASIN THEATRAL
pari.) Mon costume à la Némorin lui a donné l® change.
L'Ecloppn a pris l'arrosoir cl sort eu 1)Ogonnanl JUSTINE, à part.
Un très -beau brun !
M™'' LAROSE, a part.
Eh bien! elle n'est pas encore partie, celle-là 1
BOSAVKNTUnE.
Quelle Csl cette feîiime jeune?
La rctimie iir. chambre de M">« la (o.'nlesse. UOAVHMunE. a pa>l.
K!i : < II", elle doit avoir Id jàtJilie très-bien f.iie. {A Justine, en ■sinclinani.) A ctt air noble et distingué, je «levine que j'ai riionneur de parler a M"^ la comtesse.
Il .1 p.issr clfV.iiii M"'» I-a-LiS.- il U lepousie «lu i;tsle.
JDSTiJîE, Cl elle-même.
Il n'est pas sot, ce o:arçon!
M^e LAROSE.
Eh : non , ce n'est pas M™« la comtesse , puisque c'est M"* Justine Cœuriot, sa femme de chambre.
BONAVENTi'BE. jiiuniK V éiounement.
Madame, une fenimc de chambre', il fdut que je i'ei. tende dire pour le croire, bien que j'aie toujours profesé la plus haute estime pour les femmes de chambre; je révère les femmes de chambre, ma mère était urie femme de chambre,
in™e LAROSE.
Vous m'avez dit qu'elle était jardinière.
Oui, jardinière d'abord, et ensuite femme de chambre, et...
M™"^ LAROSE, l'interrompant.
Allons, venez, Bonaventure... ne dérangeons pas plus long-temps M™^ Justine.
JUSTINE, d'un air réiew.
Madame Larose, c'est ce jeune homme qui apportera les fruits au château.
M'-e LAHOSB.
Pouiquoi pas moi, comme à l'ordinaire?
JCSTINE.
C'est que j'ai réfléchi .. en effet, vous aviez raison, il faut qu'il plaise à madame la comtesse, et que je l'interroge sur sa moralité.
BONAVEKTDRE, a part.
O perruque, ma mie!
M™6 LAROSE, a Justine.
Mais vous disiez lout-a-lheure que ce n'était pas la peine de vous déranger ..
JUSTINE
Je sais ce que je fais... Allez chercher la corbeille.
BONAVENTURE, à part.
Cette sirène vous a un œil... de côté...
M'oe LAROSE, à part.
C'ett drôle tout de même... Enlin elle a l'oreille de madame... il ne faut pas l'obstiner. (J;)/'e/("".) L'Écîoppé! les fruits pour le château... u'ÉCLOi'i'É, rentrant.
V'Ià le panier.
M"^ LAROSE, le prenant.
Allons donc, lambin '.
L'Écîoppé va s'assioir, de rjuire cote, sur un Ijânc.
JDSTINE, a Bonaventure.
Venez, venez, mou ami.
BONAVENTORK. à part, prenant le panier.
Elle m'a appelé mon ami...
M'"" LAROSE
Si c'est trop lourd. l'Ecloppé vous portera ça... l'éclopi'É, à lui-même.
Bon !
BoNAVENTLKE, al'Èclopp^, qui ne bouge pas.
Du tout, du tout. . ne vous dérangez pas, ne vous dérangez donc pas. (Ba«.) Si c'est trop lourd, j en mangerai en route.
Air : Contredanse de la Lucie.
Dans l'instant jp revieos ici,
I a bellr jardinière :
Je tiens à diner a nii.li.
Préparez la soupière.
Ji™« LAROSE, le firermnl à part.
Prenez garde, vous d'vez lien \o\t
Que c'est une roquette.
BO.NAVENTURE, À part regardant Justine.
Décidément elle doit avoir...
La jamije Irès-hien faite.
E^sli^^BLE.
Dans l'iustaul, etc.
M"»! I.AROSE.
Sans lardir, revenez ici,
.Si vous voulez me plaire.
Voire diner si'ia servi Par Votre jardinière.
Ji;sTl>E.
Il reviiuilra l,leu vile ici,
ÎVe craignez rien, ma clière.
Ali ! c'est un ijarçon accompli, Bieu digne de vous plaire.