‹ BonaventureChapitre 31 sur 42 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

JEANNE, seule; elle est assise sur la margelle de la fontaine, en face de la petite porte verte.

Personne! v'ià pourtant vingt-quatre heures que j'attends làl hier, toute la journée, et à c' matin, drès le point du jour, les yeux fixés sur cette petite porte. Ah ! malgré ce que m'a dit mame Larose, j' suis ben sûre qu'il est toujours là-dedans.

Air nouveau de Doclie.

Chez la jardinière Que peut-il donc faire.

Depuis tout le temps Qu'ainsi je l'attends?...

.l'ai pris patience.

Mais v'ià que j' commence A désespérer, lit même à pleurer...

f nfiii d'ici.

Moi, je ne bouge,

Que mon beau rouge Ne soit sorti!...

{Avec espoir.) Car il reviendra...

Ah! ah!

Tristement et regardant la porte.

Mais que fait-il là?...

Ah ! ah !

Il y reste... pourquoi ça ?... pourquoi ça?. Et, tout' seule, j'attends là... là, la 1

Même air.

Tout' la matinée.

Toute la journée, J' conçois qu'il ait pu Etre retenu...

Il aura, je gage, Trouvé de l'ouvrage...

Mais, la nuit, liclas I On ne travail!' pas...

Enfin d'ici.

Moi, je ne bouge,

Que mon beau rouge

Ne soit sorti!...

Car il reviendra!...

Ali! ail!

Mais que fait-il là ?

Ab! ah!

Il y reste... pourquoi ça ! pourquoi ça !... Et, tout' seuil-, i'atltnrfs là... là, là !...

(Se dépilant.) Mais pourquoi donc qu'ils me le retiennent comme ça. dans ce maudit château? Faut que je le sache d'abord... il me faut mon amoureux, je veux qu'on me rende mon amoureux! (E//e*'e5< /eyéee^ frappeàla poriK.) M'sieur Bonaventure! m'sieur Bonaventure "• On ne répond pas... Ah! c't échelle... si je regardais pardessus le mur... l' Elle est vtont>>e à une petite échelle qui se trouve appuyée contre le mur. Appelant de nouveau.) M'sieur Bonaventure ! m'sieur

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scenf: II.

Au moment où elle redescend tristement l'échelle, Bonaventure paraît à cheval sur le mur.

BONAVENTDRE, costume et cheveux du premier acte.

Qui est-ce qui appelle?

JEANNE, avec lui.

Ah I c'est lui ! le revoilà !

Oui, Jeanne la Rousse, c'est moi I

JEANNE

Comme il est bouleversé !

C'est-à-dire, c'est moi , si l'on veut. ( Prêtant l'oreille.) Tu n'entends rien, paysanne?

JEANNE

Non, rien... Quest-ce que vous craignez?

Oh! peu de choses... je crains seulement d'être assommé à grands coups de bâton.

Il pose un pied sur l'eclulle pour descendre.

Il vous est donc arrivé malheur?

BONAVENTURE, avec amertume, descendant.

Qu'il te suffise de savoir que celte échelle est l'image de ma vie... j'étais tout en haut, et je suis dégringolé.

Il pose le pied à terre.

JEANNE

Dégringolé!

C'est le mot. Oui, demoiselle Jeanne, je me suis cru un moment d'une étoffe a être quelque chose de très-élevé," mais ce que j'ai trouve de plus élevé dans mon affaire, c'est la fenêtre par laquelle j'ai été obligé de me préciiiiler, pour échapper, a travers le parc, aux épagneuls et aux laquais de la vieille comtesse... ils m'ont à peine donné le temps, ces animaux domestiques, de reprendre mes vètemens primitifs et de gravir comme un

MAGASIN THEATRAL

lézard les espaliers de ce mur, dont je n'ai pas même arraché une poire pour ma soif... de Saint- Germain.

JEAIfNB.

Pauvre monsieur Bonaventure ! et vous vous êtes souvenu que je vous attendais là depuis hier?

Je ne mesuis souvenu de rien du tout... [Jeanne se retourne et essuie une /arme.) Tiens! c'est vrai, c'était convenu. Ainsi donc tu m'as attendu en plein vent par le temps qu'il faisait? sans parapluie?

Il a donc plu?

Il a tombé des hallebardes... tu es toute trempée...

JEANNE, souriant.

C'est, ma foi, vrai l

Fille des champs, je suis ému. Je te vénère et je t'admire... je voudrais t'élever des temples, ou au moins une chaumine sur le vert coteau; mais mes moyens s'y opposent : je n'ai rien de rien, absolument rien, et je suis incapable de te le faire partager.

JEANNE

Je ne veux que vous, le reste m'est égal. BONAVENTURE, riant amèrement.

Ah! tu veux de moi, simplette !... eh bien ! tu aurais là quelque chose de propre !... Mais lu ne sais donc pas que je viens de séduire trois veuves, simplette?

JEANNE

Trois?... ah! bonne sainte Vierge!

Tu ne sais donc pas que je suis un gueux, un tartuffe, un escroc? que j ai mérité six mois de prison et vingt-cinq francs d'amende? que je devrais être inséré à Bicêtre pour y faire des manches de couteau et des nécessaires en paille?

Ça n'est pas vrai... il perd la tête !

BONAVENTURE, avec frénésie.

Djs, simplette, veux-tu encore de moi?

JEANNE

Oh! ne me regardez pas comme ça... vous avez un œil hagard.

BONAVE.>TURE.

Je dois en avoir deux.

VOIX, en dehors.

Où est-il? OÙ est-il? Qu'est-ce qui l'a vu?

C'est moi qu'on cherche !

JEANNE

Mais pourquoi ça ?

Pour m'éreinttr probablement. ^Bruit de tambours en dehom.) liuii! le taïubuur, a présent! eh bien, cherchez-moi I tambounnez-moi !

Riiournelie de Pair suivant qui se coutinue jusqu'à la fia de la scène.

JEANNE

Mon p'tit Bonaventure !

Ne me retiens pas, rosière; tu es bonne, toi, très bonne... [avec amitié] trop bête peut-être... Le bruit redouble... les voilà!... Ah! ma tête est en feu, je détraque... Adieu, adieu, ma petite Jeanne! s'ils demandent où je suis, tu leur diras que je suis allé faire un voyage, un long voyage, {au fond, prés de sortir) un très-long voyage!

Il se sauve.

JEANNE

Bonaventure! monsieur Bonaventure!... Il ne m'entend pas. {Revenant près de la fontaine.) C'est fini 1 je ne le reverrai plus... C'est égal, tous les jours, je reviendrai là, et je l'attendrai encore. V'Ià tout le village; je ne veux pas qu'on me voie pleurer... montons sur la colline. De loin, je pourrai peut-être l'apercevoir une dernière fois.

Elle sort sans être rue, pendant que les autres personnages entrent.

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