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Bordeaux vers 1450

La Commission chargée par la Municipalité de Bordeaux de publier les documents les plus précieux des Archives de la Ville avait, dès l'origine de ses travaux, senti la nécessité de posséder un plan de la cité, vers la fin du moyen âge, et une nomenclature topographique, donnant la synonymie des rues et les indications de menu détail qu'un plan ne saurait contenir. Tous les plans connus, anciens, même celui de Vinet, étaient insuffisants pour des recherches historiques sérieuses ; mais on pouvait espérer qu'un manuscrit de l'abbé Baurein, intitulé : Recherches et mémoires concernant la ville de Bordeaux, et conservé aux Archives mêmes, pourrait fournir tous les éléments d'une description historique précise et complète.

Chargé par mes collègues de la Commission de dresser, avec ce secours, un plan dont l'exécution, dans les bornes auxquelles nous pensions pouvoir le restreindre, ne semblait devoir être ni longue, ni difficile, je me mis à l'œuvre, et trouvai d'abord les renseignements essentiels dans le manuscrit de l'abbé Baurein. Bientôt cependant des difficultés surgirent. L'œuvre de l'excellent érudit, qui me

fournissait des détails nombreux, se taisait souvent sur des points d'une importance capitale, et, lorsque je voulais faire le tracé graphique d'une rue ou d'un mur, des incertitudes, des contradictions venaient sans cesse m' arrêter et me désespérer. Je compris alors que, si le manuscrit de Baurein était précieux, surtout pour les renseignements historiques, il ne pouvait suffire pour accomplir le travail dont je m'étais chargé; je compris, en même temps, que ce travail même avait une étendue beaucoup plus considérable que nous ne l'avions supposé d'abord, puisqu'il fallait, pour l'accomplir, trouver mille détails qui avaient échappé aux patientes recherches de notre prédécesseur. Mais je m'étais épris d'amour pour ces vieilles murailles du moyen âge, je commençais à bien connaître les rues, les places, les maisons même, et à parcourir curieusement tous les recoins de l'antique cité; je ne fus donc pas trop effrayé à la pensée de vivre quelques mois au milieu de papiers écrits par ceux qui l'avaient jadis habitée, et je me mis à dépouiller sur-le-champ, non seulement les Archives municipales, mais encore celles du département et des particuliers, et à rechercher, avec un intérêt très réel, au milieu des lièves, des terriers, des bénéfices ecclésiastiques, les traits épars de la physionomie de notre vieux Bordeaux.

La pensée primitive de donner seulement des indications générales a fait place au désir, puis à l'espoir d'être plus complet; le plan s'est rempli peu à peu, et les notes justificatives de ce plan ont grossi et formé le présent livre.

Quelle que soit cependant l'abondance des indications recueillies dans ces deux parties, quelle que soit leur exactitude, les conditions obligatoires de mon travail, à savoir : la rigidité linéaire, d'une part, et la dislocation alphabétique, de l'autre, m'empêchaient de faire passer dans

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l'esprit du lecteur ce qu'une longue habitude m'avait donné de connaissance intime de la ville ancienne. Sans avoir l'espérance de parvenir à représenter en quelques pages l'image qui résultait pour moi de ces longues recherches, j'ai cru qu'il était nécessaire de rassembler, dans un aperçu général, les lignes principales d'un tableau d'ensemble, les traits disséminés dans les diverses sections de nos relevés alphabétiques : tel est le but de l'introduction mise en tête de ce livre. Si l'amour du pays, le respect de l'exactitude et la force de la patience avaient dû suffire à l'exécution heureuse de cette tâche, peut-être aurais-je mérité de réussir à faire une peinture vraie et animée. Mais, à défaut de ce rare talent qui sait faire revivre le passé, j'ai l'espoir de présenter un calque fidèle, pouvant offrir aux travailleurs de l'intérêt et quelque utilité.

Cette œuvre eût été plus imparfaite encore sans le concours qu'ont bien voulu me prêter mes collègues de la Commission municipale. Les remercier ici de leur affectueuse coopération est un devoir; et j'aime à le dire, c'est bien plus encore pour moi un honneur et un véritable plaisir (').

(') La Commission chargée de publier les Archives municipales a consacré cent quatre séances à la lecture et à la discussion du texte de ce volume. Ont concouru à ce travail : MM. Jules Delpit, vice-président de la Commission, Emile Brives-Cazes, secrétaire, Emile Lalanne, le marquis Théobald de Puifferrat, L. Roborel de Climens, Auguste Petit -Lafitte, A.-D. Virac, Ernest Gaullieur, archiviste de la Ville, et, tout particulièrement, MM. Iieinhold Dezeimeris et Henri Barckhausen.

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