CXII. 193; GXV. 199; GGVffl. A. 281; GGXXXIL 3; GGLXIX
78; GGGXXX. 100, 101; le manche est richement décoré,
PI. GGGXLY. 85; un bouton s'élève au milieu sur la feuille,
PI. GVIil. 185; la forme est celle de la feuille pointue d'un
arbre, PI. GLXIV. A. 115; GLXXIV. B. 82; GGGLXXXIII. 61;
ou celle de la feuille d'une plante aquatique, GGGLXIII. 17.
Deux éventails de forme gracieuse qui servent de soufQet se
voient PI. XGYIIi. 166, et GVIII. 185. Il n'y a pas à douter
de Tusage de ces objets , puisque nous les voyons entre les mains
de personnes qui apportent de petits vases ou des candélabres
avec de l'encens allumé, en guise d'offrande ou d'hommage.
On avait des supports d'une forhie toute particulière pour des offrandes de ce genre. Ges objets avaient la forme d'une coupe soutenue par une tige, PI. GXXIX. 227; comparez aussi PI. XGIII. 155; XLII. 54. La tige est fixée en dessous sur un piédestal , ce qui permet de poser le support sur le sol , PI. GGXCIV. 127, et CGXXVIL A. 349, avec de l'encens, des fleurs, &c, à côté des personnes auxquelles ou dans l'endroit où l'on veut offrir ses hommages. Très souvent ces objets ont la forme de candélabres, et lorsqu'on leur donne des dimensions plus grandes, on peut y voir plus ou moins des guéridons ou de petits autels pour des offrandes. Comparez entre autres: PI. XXVIL 28; LXXV. 20; GXXL 211; GXV. 199; GXVL 201 XXXVL 41; XGVIU. 166; LXXXIV. 137; LXXXV. 139 CXXVm. 225; GXXIX. 227; GXXXV. 240; XXXIII. 25 GGIII. B. 141. Souvent aussi ils ont la forme d'une coupe soutenue par une tige élevée, PI. LXXV. 119; LXXXVI. 141;
-ou d'un grand vase, par exemple, PL XGIX. 167; ou bien ils ressemblent à une lampe, voyez PL GGLXIX. 78; dont la forme est souvent très gracieuse, PL XXXIX. 47. Sur un des basreliefs, PL GGGLXXIL 36, on apporte l'offrande de fleurs sur un large plateau fixé sur une longue tige, qui ressemble au mandie d'un pajong. Le nom de candélabres, dont nous nous sommes servi pour décrire la forme de ces objets , fait déjà supposer que , selon nous, ils peuvent avoir servi réellement à l'éclairage, lors même que leur forme est plutôt celle de bassins, de vases ou de coupes. On trouve de petites lampes de ce genre parmi les bronzes de l'ancien Java conservés dans le Musée Royal d'Antiquités à Leide; ces objets semblent même avoir été destinés, ou du moins étaient propres à être fixés sur un bâton. Des autels proprement dits sont plus rares; on trouve un grand autel sur le bas-relief no. 118, PL LXXIV.
Il paraît que des hommages de ce genre ou d'autres cérémonies solennelles ont réclamé aussi des aspersions; les objets dont on se servait dans ce but et qui ont été sans doute à peu près les mêmes pour l'usage de la vie journalière , étaient un pinceau ou une brosse et une petite coupe , qu'on voit PL LXV. 99 ; GXXXIX. 227 et GLXIV. A. 115. Nous reviendrons tout à l'heure encore brièvement sur les offrandes elles-mêmes; mais terminons d'abord notre aperçu des meubles et des ustensiles de ménage.
Pour conserver ou pour transporter des objets qu'on voulait offrir à quelqu'un et qui ne réclamaient pas des caisses très solides, on se servait volontiers de sacs ou de vases de papier ou de telle autre étoffe , gracieusement plies , fermés d'ordinaire en dessous par un lien et plus larges en dessus, qui ressemblent assez aux abat-jour de nos lampes ou aux enveloppes dont nous garnissons souvent les pots à fleurs dans nos salons; voyez PL XXXL 31; XLIV. 58; L. 69; XGL 152; GXIV. 198; GGLXX— GGLXXD. 99, 101 et 103, où nous voyons des fleurs dans quelques vases de papier de ce genre. Souvent on les plaçait dans une cuvette ou sur un piédestal, c'est que nous voyons PL XXIL 13 et 14; XXXIL 33; XXXIX. 48; GGGXIL 19. Il régnait aussi une grande variété dans l'arrangement des plis; ces plis ne préseo-
talent pas toujours des angles aigus, mais quelquefois de larges courbes; voyez PI. XVIII. 5; XXIV. 18; XXXIII. 35; XXXIV. 37; XXXVII. 44; XL. 49; XCIV. 158. Sur un des bas-reliefs, PI. XXIX. 27 , un personnage qui plane dans Tair tient à la main un objet, dans lequel se trouvent des fleurs; cet objet est probablement un petit sac de papier ou d'une étoffe semblable, dont le dessous a été retourné et recourbé en guise de manche.
On se servait d'une étoffe plus solide pour la confection de sacs qu'on attachait au-dessus , voyez PI. XXXIV. 37 ; CXLIX. 31 ; CCXLV. 29 ; CCCLXXIX. 52 ; CCXXIV. A. 339. Un des basreliefs, PI. CCCLXXII. 36, semble nous montrer un tel sac à moitié ouvert, qu'un des personnages agenouillés à gauche tient dans sa main; une flamme monte par l'ouverture, ce qui s'accorde assez mal avec l'idée d'un sac d'étoffe inflammable; mais le sac semble avoir été placé dans une cuvette, et il est donc fort possible qu'on brûlait le sac avec l'encens et les autres offrandes qu'il contenait. Pour garder ou pour transporter des objets on se servait aussi de sacs portés sur le dos au moyen d'une corde; voyez PU. XXXVIII. 45; XLVII. 64; CCXLIII. 26. Actuellement encore les habitants de Bornéo, de Timor et des îles environnantes se servent de sacs du même genre, pour conserver et pour porter leurs provisions de voyage. Le bas-relief PI. CXLI. B. 55 nous montre de grands sacs remplis placés les uns contre les autres.
Nous croyons pouvoir admettre que, pour faire les meubles et les ustensiles de ménage , on s'est servi dans les anciens temps de joncs, de paille, de feuilles de lontar, de bambou, tressé et natté; l'usage de ces étoffes est trop répandu, entre autres aussi chez les tribus assez incultes de nos colonies des Indes orientales. Il n'est pas toujours facile de reconnaître l'étoffe dont les objets ont été faits, surtout lorsque les petites dimensions n'ont pas permis de faire ressortir les nattes, on trouve cependant quelques marques caractéristiques évidentes dans la forme et dans les courbes qu'on leur a imprimées par-ci par-là. Nous croyons voir, par exemple sur la PI. LXXXIV. 138, une corbeille tressée dans laquelle on porte des offrandes; la même chose se
voit Pt. CCCXLIV. SA. Nous croyons trouver des plateaux ou des plats: PI. XXIV. 17, peut-être un cabaret, à en juger par le vase rempli de vivres qu'on y a placé ; CXXIX. 227 ; CCVI. B. 146 , l'un et l'autre aussi remplis d'objets; XXIII. 16 et XXVII. 24, dont le premier est vide; XXIV. 17, un plateau rempli de pierres précieuses. Des bassins à bords élevés, PI. XXIV. 18, où nous voyons apporter un bonnet royal et des choses précieuses dans un bassin de ce genre; et PI. CCCLXXVIII. 51, où le personnage qui plane dans Tair à gauche tient un tel bassin à la main; sur ce dernier tableau les nattes sont très visibles. Une cor^ beille ronde à bords élevés remplie de fleurs se voit PI. IIV. 78; une autre corbeille PI. XXIV. 17 à droite, munie d'un couv^x^le ; PI. CLXXIV. A. 155, nous montre une corbeille avec une anse, et la PI. CCLXXII. 03 une corbeille avec deux anses.
Le peuple de Bôrô-Boudour possédait surtout une friche variété de vases et de vaisselle en métal et en terre cuite, qui se distinguaient par des formes élégantes et par le fini du travail; cette dernière qualité se reconnaît déjà dans les bas-reliefs, mais ce qui la met hors de doute, ce sont les originaux du Musée de Leide. Nous distinguons sur quelques bas-reliefs de grands vases destinés à y faire cuire les aliments, et placés probablement à cet effet sur des trépieds de fer; la PI. XCIX. 167, par exemple, nous montre un vase mis au feu et couvert d'une soucoupe, comme pour retenir la chaleur de la vapeur de l'eau; PI. CCCXXXVII. 69 nous montre un large vase plat, ou une grande cuvette de métal , munie de deux anses et mise également au feu Nous trouvons PI. CXXXVIII. A. 17 un très grand vase ou une cuvette de métal avec trois pieds, faits probablement du même métal que la cuvette elle-même et travaillés avec beaucoup de goût; des vases plus petits munis de couvercles et placés sur des trépieds en bronze, PI. CIII. 175; CLXV. A. 118; et un autre vase placé sur un trépied, PI. CCLV. 49. Un des autres bas-reliefs nous montre une grande chaudière à bords droits, entouré de vingt-et-un petits vases. On trouve des vases de métal: PI. XXIV. 18; XXVII. 24, XXXIV. 37; XXXVIII. 45; un grand vase rempli de plantes aquatiques.
CLVTI. A. 135. Des assiettes, des plats ou des soucoupes sans pied:. PL XXI. 11; XXIII. 15, XXXIV. 37; XLII. 54; un grand plateau avec des sacs remplis d'argent (?) PI. XLVI. 62; des plats plus profonds: PI. XXXIL 33; XXXVI. 42, où se voient trois coupes gracieusement placées l'une contre Tautre dans le plat, et PI. CCXXIV. 330, où le plat contient trois petits vases. De petites tasses ou de petites coupes rondes sans pied, faites peut-être de coco: PL XCVI. 161; CI. 172; CIV. 177; CXIX. 207; de terre cuite, peut-être aussi taillées dans du bois: PL XXXI. 32; XXXV. 39, 40; XLV. 59; LXXXI. 132, où nous voyons une tasse de ce genre placée sur une petite serviette ou sur une petite natte ; nous en voyons en forme de globe muni d'un couvercle: PL XLVI. 61; CCCLXII. 14; CCCLXXXIII. 61 ; plutôt ovales munies de couvercles : PL XXIV. 18; CXXVIII. 226; COCLXL 12; XXVIL 24 et GCXIV. A. 298; les deux derniers couvercles sont surmontés par un bouton décoré. Des coupes ou des vases à bords droits et sans pied (les cuillers qui s'y trouvent les désignent comme des jattes de table) destinés à renfermer des aliments: PL XXXVL 42; L. 69; LVIL 83; LIX. 88; CCXLIX. 37; CCLXXVL 91 ; XVIIL 5 ; ces jattes ont la forme d'un carré oblong dont les faces étroites se terminent en une pointe, tout comme sur la PL XXL 12; il y en a d'autres dont les bords sont légèrement inclinés , PL OCXLII. 23; XXXV. 40;CCCXXXIX. 73; sur ces deux derniers tableaux se voient deux tiges de cuillers qui passent au-delà des bords; PL XLVilL 65 nous montre une jatte à couvercle ; le corps de l'assiette qu'on voit PL XLVIL 63 a la forme d'une doucine et est orné d'un bord gracieux. Des soucoupes à pieds très bas se voient : PL XXXVIL 43 ; LXXIIL 116; XXXIX. 47; avec des fleurs, PL CCCLXIV. 19. Des coupes à pieds plus élevés: PL XXIIL 15; LXl. 92; XCV. 160; XCVI. 161 ; CCXLIX. 37 ; CCLIX. 57 ; une coupe très gracieuce PL XCUI. 155; ]des coupes du même genre à couvercle: PL LXIII. 95; CVIII. 185. Des coupes à pied: PL XXVII. 24; LVUL 86; et à couvercle: PU. XXVI. 22; XLVII. 63; LXXXV, 139; CXLVII. A. 54. Un des objets les plus gra-
cieux de forme est ud vase à deux anses fixées un peu au-dessus du milieu de la hauteur ; le manche d'une cuiller indique que oe vase aussi est destiné à contenir des provisions ou des vivres, Pi. CCCXX. 35. Un vase qui a la forme d'un cône renversé se voit PI. CCLXXVII. 94; deux autres vases ou coupes du même genre, très larges et très bas, PI. LXXIII. 116; un vase en forme de boule avec une ouverture très étroite, PL C. 169; XCIX. 167; un vase plus petit qui a la forme d'une boule très aplatie, Pi. XXXVIII. 46; et un autre vase plus grand qui a la forme d'un oeuf placé debout, PI. CCXX. A. 325. Des vases oblongs a goulots très bas: PI. CCLVI. 51; CCXCI. 122; CCCIiX. 9 ; CCIII. A. 267 , celui du dernier bas-relief est très grand; des vases plus plats à goulots très bas aussi: PI. XXL 11 , XXXVL 42 ; CCLXXIV . 88 , celui du dernier bas-relief a un couvercle. Des gobelets: PL CCU. 41; CCCLIX. 7; GCIX. A. 280; CCCXC. 6; LXXV. 120; CXU. 193; les deux derniers sont faits peut-être de coco et ne s'écartent pas beaucoup pour la forme de ceux dont on se sert dans l'tle de Timor et ailleurs. Des vases dont l'ouverture est très large, le goulot très bas: PL XLVIL 64; CVL 181; LXXIX. 127; celui du dernier bas-relief est très large; d'autres dont les goulots sont plus hauts et qui ressemblent un peu à des bouteilles : PL XCVII. 164; GXIII. 195; LX£K. 107; des vases aplatis, le ventre très large et le pied décoré, PL LVII. 83; fermés par un bouchon PL CCXXVni. A. 367 ; munis d'une petite anse à l'endroit de l'ouverture, PL CXCIX. A. 59. Des vases à goulots et à pieds élevés qui se composent de plusieurs membres: PL GXLV. A. 66; CUL 175; CXXVL 221; CCCXX. 35; CCXCVI. 7; CCXCIX. 16, 17; CCCXX. 35; CCCLXV. 20, la plupart remplis de fleurs, et, à ce qu'il semble, de dimensions plus grandes. Des vases en forme de vessies à goulot très étroit: PL XCVII. 164 et CXIII. 195. Une aiguière avec une seule anse, PL XXXI. 32. Des vases ayant deux anses au goulot, PL CL. B. 33, enveloppés de bandes de bambou qui se croisent, tout comme c'est le cas encore aujourd'hui pour les vases à gingembre; PL CXC. A. 221, des vases dont les deux anses
ont été fixées au-dessus du ventre , qui ont une plus grande capacité et que deux hommes semblent devoir porter sur les épaules au moyen d'un bâton; des vases à pied élevé et à goulot élevé, avec de nombreuses moulures, ayant les anses des deux côtés du ventre, PI. CXXII. 213. Des ghendis ou des bouteilles à eau de forme difiPérente, avec un bouchon élevé, PI. XX. 10; des carafes en forme de vessie avec un goulot long et étroit, le tuyau au milieu du ventre, PI. LXXXIX. 147; des aiguières sans anse, le ventre large, le goulot bas, sans pied: PI. XLIV. 57; XLIX. 68; CXIII. 195; avec pied: PI. LXXXV. 139; LXXXVI. 141; XCIII. 155; de forme plus svelte, le pied plus décoré et plus élevé: PI. LU. 74; CXII. 193; CLV. A. 81; CXXXVII. B. 8; CXLIIl B. 20; avec un couvercle, PI. XXIV. 17. Des ghendis avec des fleurs: PL GCXXI. A. 328; GCL. 39; CCLXVIII. 76; CCCIV. 3. La PL CCLXXXVIIL 115 nous montre une telle carafe fermée par un bouchon, placée entre les trois dents d'une branche d'arbre grossièrement taillée , qu'on a plantée dans la terre par le bout inférieur.
La PL G VII. 183 nous montre une carafe à eau placée dans les flammes sur un des guéridons à offrandes, comme pour réchauffer Teau. Nous voyons plusieurs genres de vases PL GXGVI. B. 128. Nous découvrons de grands vases à fleurs de fornies différentes , surtout aussi sur les bas-reliefs qui décorent la paroi postérieure de la troisième galerie , par exemple : GGXXXI. 2; GGXXXVIL 14; GGXLIIL 25; GGXLV. 30; mais l'objet qu'il faut signaler avant tout, c'est le vase à fleurs de la PL GGLXI. 62; celui-ci ressemble particulièrement aux beaux vases en bronze du Japon qui servent au même usage. Il faut signaler également sur la PL GXXIII. 215 un petit vase très simple en forme de boule, fait peut-être de coco, et placé sur trois pieds, également un vase à fleurs. On se servait encore pour le même usage de grandes coquilles de mer , qu'on plaçait à cet effet sur des trépieds: PL GVH. 183; GXL 191; GGXI. A. 289, 290; GGGII. 30; GGGXVI. 28. Actuellement encore les Javanais se servent de coquilles pour cet usage.
Nous n'osons nous prononcer sur la nature de l'objet rond
qu'une femme tient à la main sur la PI. GXIII. 195; esU-ce un plateau? est-ce une corbeille? Peut-être n'est-ce qu'un couvercle destiné à couvrir une jatte remplie d'aliments. On trouve encore des couvercles de ce genre dans les tles de Timor, de Bornéo, et ailleurs.
Nous voyons très souvent des cuillers placées dans les vases et dans d'autres objets; ce ne sont pas des cuillers pour manger, mais pour servir. Ces cuillers étaient de forme et de dimensions différentes; quelques-unes d'entre elles étaient faites peut^ être de coco, d'autres étaient faites de bois ou de métal. On en trouve une de cette dernière espèce au Musée d'Antiquités à Leide. La PI. XdX. 167 nous montre une cuiller à manche droit; la PI. XXXVIl. 43 nous en montre deux, dont Tune a un manche droit, l'autre un manche recourbé; la PI. XUV. 57 nous montre une cuiller à manche recourbé qui se termine en un bouton.
Lorsqu'on ne se servait pas des vases, des coffrets, des boites etc., on les plaçait sous les bali-balis, les bancs ou les chaises. Voyez, par exemple: PI. CLVIII. 94; CLXIV. 113; CLXXVl. 170— 172, et ailleurs.
Quant à la manière dont on servait les aliments, elle se devine peut-être un peu par ce que les bas-reliefs nous montrent en matière d'oflrandes et de cadeaux qu'on présente à de saints personnages. Il est vrai que ces dons se composent le plus souvent d'encens allumé, de fleurs et de fruits, de pierres précieuses et de joyaux, d'ornements et même de pièces de vêtement; voyez, par exemple, les écharpes (?): PI. XGVIII. 165; GXVI. SOI ; GGGLXXXIV. 64 ; cependant nous voyons apporter très souvent aussi des aliments, parmi lesquels on distingue différentes espèces de gâteaux et de pâtisserie ; voyez , par exemple : PU. XVI. 1; XIX. 8; XXI. 11; XXXIL 33; LIV. 78; GXXIV. 217; GXXVII. 223; GXXIX. 227; GGXXXIV. 8; GCXXXV. 10; GGaVIII. 5; GGGLXI. 12; GGaXXVII. 48.
Les balances ressemblaient beaucoup aux nôtres; nous voyons une petite balance dans la main d'une femme du ba»-relief PI. GXXII. 214; si le dessin est exact, il faut en conclure que le
fléau manquait et qu'ainsi la balance ne permettait pas de bien préciser le poids des choses. Une balance plus grande se voit PI. LXXI. 112, attachée à un grand échaifaudage de bois, un linteau sur deux montants; cette balance a un fléau.
Nous aurions pu mentionner parmi les objets d'usage journalier les pajongs ou parasols, ou les objets qui les remplacent chez les gens de la classe inférieure; mais nous nous proposons de traiter plus tard à fond et à dessein tous les insignes, parmi lesquels il faut ranger les pajongs.
Les bas-reliefs nous montrent fort peu d'objets qui servent d'outils aux artistes et aux artisans. La PI. LXVI. 102 nous montre un ouvrier qui travaille un morceau de bois avec une espèce de cognée; comparez encore un objet analogue PI. GLXXIV. A. 154. Le manche de cet instrument est de bois ; nous n'osons dire cependant si la partie principale est faite de métal, de fer ou de bronze, ou plutôt d'une espèce de pierre; la première supposition nous paraît la plus probable. S'il fallait adopter plutôt la dernière, nous pourrions retrouver ici un de ces restes de l'industrie primitive de l'âge de pierre qui ne sont pas rares dans l'île de Java. Devant l'ouvrier que nous venons de signaler sont assis deux autres ouvriers, dont l'un tient par le milieu un couteau en forme de faucille, tandis que l'autre tient dans la main droite une baguette qui se termine en pointe, et sur la main gauche un petit oiseau à tête d'homme. Nous croyons assister ici au travail d'un modeleur, qui tient son instrument à la main. Un tel couteau en forme de faucille se voit encore sur un autre bas-relief PI. GXGL A. 224.
Nous ne saurions dire à quoi peut avoir servi un instrument recourbé de façon à former deux fois un angle droit, et qui ressemble bien un peu à nos crampons ; un vieillard de la classe inférieure le tient à la main, PI. XVII. 4; peut-être est-ce une espèce de couperet ou de faucillon ; mais alors il faut avouer qu'il s'écarte considérablement du wangkil , le couteau recourbé actuellement en usage.
Des feuilles de lontar , dont on se sert pour écrire , et qu'il faut se figurer ici probablement comme contenant Un texte écrit,
se voient PI. LUI. 75; peut-être faut-il aussi retrouver des feuilles de lontar dans les objets que nous voyons entre les mains des deux femmes assises, PI. CCXXX. B. 196, des deux côtés d'un guéridon à encens, et dans la main de Thomme assis PI. CXIII. 196, immédiatement derrière le musicien qui joue sur rinstrument à lames métalliques, appelé gambang.
Des charrues se présentent deux ou trois fois; tirées par un couple de boeufs elles ressemblent aux charrues simples dont on se sert aujourd'hui encore et qui consistent en un timon à l'extrémité duquel on a fixé le manche avec le soc, de façon toutefois à ce que le laboureur puisse le tourner dans toutes les directions, voyez PI. CXXXVI. B. 2 et CCXXIII. A. 336. Nous Nous voyons sur ce dernier bas-relief le fer de la charrue attaché par des liens au pied du manche. Le timon a été fixé à deux barres ou perches de fer ou de bois reliées entre elles et attachées par des liens au cou des boeufs. Les bétes ne paraissent pas avoir d'autre harnais.
Ces boeufs nous amènent tout naturellement à parler des autres animaux que l'homme à su s'asservir, et de ses moyens de transport.
Des charges légères se portaient sur la tête, comme cela se voit, par exemple, chez une des femmes de la PI. XXXVL iâ. On portait des fardeaux plus lourds au moyen d'un bâton que deux hommes chargeaient sur les épaules, de la façon dont nous avons vu porter plus haut un grand vase. Nous voyons appliquer la même méthode à quantité de fruits ou d'autres objets, qu'on a enfermés dans un large morceau de toile suspendu à un bâton, PI. CCII. A. 262. Un bas-relief qui suit de près ce dernier, PI. CCIH. A. 264, nous montre une caisse ou une armoire très lourde, qu'un grand nombre de koulis transportent sur les épaules au moyen de bâtons. On se servait aussi de bâtons pour transporter des personnes. Le brancard de la PI. XL VIII. 66 consiste simplement, à ce qu'il semble, en une petite planche soutenue par deux bâtons; le brancard de la PI. CLIII. A. 75 est tout aussi simple, sauf qu'une petite natte où un tapis y a été jetée sur la planche. Le brancard de la PI.
CXLVII. A. 51 est aussi très simple, mais le personnage qu'on transporte repose sur un coussin. Sur deux autres bas-reliefs, PU. XCVI. 162 et OXLIV. A. 39, la forme du brancard se rapproche de la litière; au-dessus d*un des bâtons a été fixé un dossier, contre lequel le voyageur s'appuie; au reste, il est assis les jambes croisées à la manière des hommes d'Orient, mais la face tournée vers le spectateur, de façon à avancer de côté. La litière du n^. 42, PI. CCLI a quatre pieds décorés de moulures et un dais qui repose sur des colonnes élégantes richement travaillées. Un autre brancard, PI. CCCVII. 10, est pourvu de deux dossiers; Tun s'élève au-dessus d'un des bâtons, l'autre forme un angle droit avec le bâton et se trouve du côté de la petite planche qui sert de siège. Le dos du voyageur repose alors contre le premier de ces dossiers, tandis que la main gauche repose sur l'autre, qui est donc plutôt un accotoir. Les tableaux de Bôrô-Boudour ne nous montrent pas des palanquins ou des lits portatifs couverts dans ' le genre de ceux qu'on trouve actuellement encore sur le continent de l'Inde, au Japon et ailleurs.
On faisait fréquemment usage de voitures; il y en a de découvertes et de couvertes; toutes ont quatre roues et ont été travaillées avec plus on moins de goût et d'élégance, suivant la condition et la fortune des propriétaires; les dimensions dépendent de l'usage qu'on veut en faire.
Une des voitures les plus simples est le chariot carré en forme de bac pour deux personnes, PI. CCXI. A. 290; les Pli. CLXIV. B. 60; LXXI. 111; LXXn. 113 nous montrent des voitures plus élégantes pour une seule personne, qui ont la forme de trônes ou de chaises à roues, garnies d'un simple dossier. La PI. CCLIIL 46 nous montre une voiture plus haute , également pour une seule personne, couverte d'un dais et arrangée de façon à pouvoir être fermée de côté par des rideaux. D'autres voitures, surtout celles qui avaient de la place pour plusieurs personnes, étaient pourvues au devant d'un timon qui formait une ligne gracieuse en montant, assez semblable au timon courbé des chariots dont se servent les paysans hollandais, bien que plus
élevé; ce timoa se terminait en un bouton élégant, qui figurait un fruit ou un autre objet de ce genre et d'où flottaient des rubans ou des banderoUes. La PI. XLII. 53 nous montre un tel chariot richement décoré et destiné à une seule personne ; sur le tableau en question c'est une femme. Cette voiture a d'abord le dossier ordinaire qui se trouve de cdté, et en outre un petit banc pour servir d'appui au bras gauche. Une voiture plus simple et sans ornements qu'on trouve PI. CLXIX. B. 69, n'a pas seulement une place dans l'intérieur pour le principal personnage, mais encore deux autres places pour deux suivants, Tune par devant, l'autre par derrière. On trouve la même chose PI. GLXII. B. 57; LXXIII. 115; LXXIV. 117; sur les deux derniers bas-reliefs le principal personnage est assis sur un trône qui a été placé dans un chariot très bas fait de lattis; les deux chariots sont assez simples, mais le premier a un timon courbé travaillé avec beaucoup d'art, orné d'une tête de lion et de festons. Une autre voiture, qui ressemble assez aux précédentes, mais qui est plus longue et munie de quatre colonnettes supportant un dais, ouvert sur les quatre faces, se voit PI. LIV. 77. Le derrière, du moins du côté gauche, est pourvu d'un treillage, qu'il faut nous figurer probablement aussi sur le côté droit. A côté du principal personnage, qui n'a pas pris place sur un siège spécial mais qui s'est assis au fond de la voiture , se trouvent trois personnages de sa suite , assis à gauche , un peu en arrière, tandis qu'un seul personnage est assis à droite devant lui; ces quatre personnages occupent la partie couverte; sur le devant, plus spécialement sur le timon courbé, est assis un serviteur, sur le derrière un soldat l'épée dégainée. Tontes ces voitures sont tirées par deux chevaux. La PI. XLlX. 67 nous montre une voiture dans le même genre que la dernière, où, il y a également de la place pour un grand nombre de personnages. Cette voiture est tirée par quatre chevaux; le cocher qui les guide est assis sur le timon courbé. Plusieurs des autres voitures ont un cocher assis à califourchon sur un des chevaux. L'attitude du cocher de la PI. XLII. 53 est assez singulière; on le voit assis sens-devant-derrière sur son cheval. Sur la voiture que nous
avons citée en dernier lieu, et que tirent quatre chevaux, nous voyons le principal personnage assis au milieu sur un coussin; derrière lui à droite se trouve sa femme, derrière celle-ci un domestique et à gauche un autre membre de la famille; par derrière se trouve de nouveau un serviteur qui porte Tépée contre Tépaule gauche. Dés draperies, peut-être des rideaux relevés, entourent le dais. Les bas-reliefs ne nous apprennent rien sur la manière dont on attelait les chevaux, puisqu'ils ne représentent pas les traits; oui, quelques bas-reliefs, tels que LXXI. ili et LXXII. 113, ne nous montrent pas même les brides. On dirait que les brides n'ont pas eu de mors, mais qu'elles ont simplement consisté en des rênes, des courroies ou des cordes, qu'on mettait dans la bouche du cheval. Une seule fois , PI. XLII. 53 , nous trouvons une têtière proprement dite; sur les deux autres tableaux les brides paraissent avoir été attachées simplement à une courroie qui passe autour du nés et par la bouche du cheval. Il y a une bride assez courte qui repose sur le cou du cheval ou que le postillon tient à la main, tandis que le cocher, qui guide les chevaux du haut de son siège, a des rênes plus longues. Tous les chevaux portent autour du cou une courroie garnie de grelots. Presque tous étaient couverts d'une petite couverture, attachée par une ventrière sur laquelle s'asseyait le cocher. La couverture à été remplacée quelquefois, PI. Lin. 77, par un petit coussin ou une petite natte; d'autres fois, voyez PI. XLII. 53, par une solle ordinaire. Un des chevaiix de la PI. LXXII 113 a, en dehors de la ventrière, une autre courroie, qui passe devant la poitrine et sous la queue.
Les chevaux de selle, avec ou sans cavaliers, ont des harnachements tout aussi simples que les chevaux attelés devant les voitures. Peut-être fauUil attribuer l'absence de courroies etc. à une négligence involontaire du sculpteur. Il est possible toutefois qu'on ait cru superflu de représenter de si petits détails. La têtière consiste simplement en une corde ou une courroie qui passe par la bouche du cheval, PI. CVIII. 66, ou qui a été liée autour de la partie inférieure de la bouche , PI. LYII. 88 ; CVIII. 186; ensuite d'un ou de deux filets avec des brides et
us
avec une courroie ou un lien qui passe sur la partie inférieure de la tête ; ce lien , qui manque quelquefois , a un ornement au milieu: PL XXXIV. 38; XLIII. 56; XLVI. 61; LXXXI. 131; CXXIX. 228; CCLI. 42; sur ce dernier bas-relief la bride semble avoir été attachée à un mors. La courroie garnie de grelots autour du cou des chevaux fait rarement défaut; nous ne la trouvons pas cependant sur les chevaux des Planches : LVII. 88 ; LXXX. 129; LXXXI. 131 et CVIII. 186. Elle manque aussi au cheval de la PI. CXXIX. 228; mais celui-ci a, par contre, une courroie garnie de grelots qui passe devant la poitrine , et une autre courroie qui passe sous la queue. Le plus souvent lorsque le cheval porte un cavalier , nous en voyons le dos couvert d'un coussin mince; nous trouvons PI. XXXIV. 38 des ventrières destinées sans doute à retenir la couverture qui remplace par-ci par-là le coussin. La PI. CXXIX. 228 nous montre trois couvertures superposées et au-dessus de celles-ci le coussin qui sert de selle au cavalier; ce même tableau nous montre l'exemple très rare d'un étrier ou d'une courroie qui servait au même but. Une selle proprement dite couvre le dos du cheval de la PI. LXXXI. 131. Un seul tableau, PI. LVII. 88, nous montre une femme à cheval, assise naturellement à la manière orientale, c'est-à-dire de travers, tout comme les cavaliers des PU. XVII. 4; LXXX. 129 et CLII. 42. Partout ailleurs les cavaliers sont assis à la manière des Européens, c'est-à-dire à califourchon.
On se sert plus encore d'éléphants que de chevaux pour transporter des personnes et de lourdes charges, bien que pour des charges ce moyen de transport soit plus rare. Le harnais d'un éléphant consiste d'ordinaire en un lien orné autour de la tête, un collier avec une clochette ou garni d'un grand nombre de grelots , tout comme pour les chevaux , par exemple : PI. XLUL 56 ; LIV. 78; LX. 90; CVI. 182; quelquefois la courroie à grelots passe dans toute sa longueur autour du corps, PI. CVI. 182, tandis qu'une autre courroie du même genre est étendue sur le dos, PI. GGGXV. 25; une courroie sans ornements passe sous le ventre, PI. CXXX. 230; CCXI. A. 291; CCLXL 61. Sur la PI. CXV. 200 nous voyons un lien plus large richement orné
subslitué à la courroie. Une petite couverture repose le plus souvent sur le dos; cette couverture est attachée au corps de différentes manières: PL LUI. 76, par trois ventrières ou sangles» et par une quatrième sangle qui passe dans sa longueur sur tout le corps, ou bien PL LXX. i09, par une seule sangle qui passe sur le ventre. On plaçait la litière sur la couverture en la fixant sur deux jougs de bois, reliés ensemble par des lattes de traverse, le tout bien retenu par des cordes solides qui passaient sous le ventre, ou par la courroie qui s'étendait tout le long du corps: PL XXXV. 40; LXXXV. 140; CVIL 184;GCLVIL 54 ; CCLXXIX. 97 ; CCCIV. 3 ; CCCVII. 9. Les petites litières ou les sièges avaient des appuis aux trois côtés; elles étaient ouvertes au devant seulement et pourvues de coussins; voyez, par exemple: PL CVIL 184, CCCXIV. 3; le voyageur en y prenant place tournait le visage vers la tête de Téléphant: PL LXXXV. 140, CCLXXIX. 97; quelquefois on s'y asseyait de travers , voyez , PL CCCXLVI. 87, où la partie ouverte se trouve à gauche. La Pi. CCLVII. 54 nous montre une litière de ce genre beaucoup plus grande que les autres , garnie de magnifiques sculptures , et d'un dais qui repose sur des colonnettes.
Sur le bas-relief PL GGCXIL 20 la litière a été remplacée par un coffire travaillé avec goût, dans lequel on a chargé les marchandises qu'il s'agit de transporter; toute cette machine a été fixée sur le dos de l'éléphant par des cordes qui passent devant la poitrine, sous le ventre et autour du derrière de l'animal. Sur la PL CGXLIIL 26 nous voyons un homme assis sur son éléphant sans siège on litière, sur une simple couverture, tandis que le cornac a pris place sur le cou de l'animal. Ailleurs, PL CCCIV. 4, nous voyons deux hommes qui semblent exécuter des tours d'adresse sur le dos d'un éléphant; l'artiste leur a prêté du moins des gestes et des mouvements pleins de vivacité.
Le cornac ou le guide avait sa place fixe sur le cou de l'éléphant , voyez : PL CCXLIII. 26 ; CCLXXIX. 97 ; mais sur les tableaux où l'animal ne porte pas de charge nous le voyons assis quelquefois plus en arrière, même tout près de la queue; peul-étrd n'est ce là d'ailleurs qu'une attitude passagère.
H. XXXI. 31; XXXVII. 44; XLI. 56; LUI. 76; LIV. 78. D'ordinaire il guide ranimai au moyen du petit crochet appelé angkasa, auquel le tableau 76, PI. LUI a substitué une simple baguette munie d'un bouton. Sur les PU. CGLVII. 54 et GGGX. i 5 il se sert d'une corde; sur le premier de ces deux bas-reliefs nous croyons voir en outre un second guide, peut-être le cornac proprement dit, puisqu'il porte le crochet, qui marche à côté de l'animal et qui tient la trompe enlacée de son bras.
Les bas-reliefs nous renseignent aussi quelque peu sur les navires de ce temps anciens; ces renseignements auraient pu être plus complets, s'il n'avait pas fallu sculpter trop d'objets de dimensions trop grandes sur un espace trop restreint, ce qui rendait impossible de reproduire les détails.
Le ba»-relief 173, PI. GII, nous offire la forme la plus simple d'un canot ordinaire; le canot a des dimensions impossibles en rapport avec le reste; en le représentant l'artiste n'a eu d'autre but que de montrer que Çftkya a dû faire une partie de son voyage par mer. La PI. XGVII. 164 nous montre un autre canot à bec relevé et à poupe droite; ce canot est chaîné d'une quantité de cruches très grandes. Une autre canot un peu plus grand avec un petit toit qui repose sur quatre colonnes se voit PI. GXXX. 229 ; des deux côtés de la poupe se trouvent deux gouvernails; le canot est retenu par une corde qu'on a rattachée d'un côté à Tavant-bec, de l'autre à un bâton planté dans le sol du rivage. Sur les bas-reliefs PI. GLXXXII. A. 193 et GXLVII. A. 52 se voient des bateaux à voiles, qu'on peut faire avancer également au moyen de rames, comme le prouvent les ouvertures faites dans un de ces navires; le mât semble être une espèce de chèvre ou de cabre , au sommet de laquelle on élève la voile carrée qui a été attachée à une vergue. Un des vaisseaux de la PI. GLXXXII a une petite cahutte sur la dunette; c'est là que le pilote paraît se tenir debout près du gouvernail Un bateau du même genre se voit PL XXXVIII. 46; c'est une barque de pêcheurs simple comme la précédente. Ginq bas-relieEs: PU. LXVIU. 106; GI. 172; GIIL 176; GXXIIL 216 et GGU. 41, nous montrent des navires beaucoup plus grands propres à
braver la mer, pourvus des balanciers dont on se sert aujourd'hui encore dans notre Archipel des Indes Orientales pour empêcher les bateaux de chavirer. Quelques-uns de ces navires ont également des mâts dans la forme de cabres, contre lesquels s'appuie une échelle qui conduit au sommet , voyez : PI. GGLI. 41 ; GIIl. 176; GXXXIII. 216; les autres navires ont des mâts ordinaires avec des haubans. Le navire de la PI. GGLI. 41 n'a qu'un seul mât, à moins d'admettre que la cabre qui se trouve sur la proue ait dû servir quelquefois de mât auxiliaire. Sur le vaisseau de la PL GXXIII. 216 nous voyons de petites lattes de traverse clouées contre l'un des poteaux de la cabre. Tous les bateaux, sauf celui qui n'a qu'un seul mât, ont des mâts de beaupré; sur les extrémités de ces beauprés se trouvent des instruments ronds, qu'on voit également sur une saillie de la poupe de quelques-uns des navires, PI. GI. 173 et GUI. 176; l'usage de ces objets nous parait incertain. La forme ne nous fait pas songer ici à des boussoles, dont la Ghine peut avoir introduit de bonne heure déjà l'usage aux Indes; il est clair, en outre, qu'il n'aurait fallu une boussole que sur la poupe et dans le voisinage immédiat du pilote. Il nous paraît plus probable que le sculpteur a voulu représenter de grandes poulies ou des pivots servant à remonter les ancres et d'autres objets. La plupart des navires ont, au milieu du pont, une petite chambre élevée ou un rouf couvert. Les voiles sont de forme carrée ; on les attache aux vergues en dessus et en dessous, on se sert de cordes pour les hisser et pour leur donner la direction voulue. Trois navires , qu'on trouve: PI. GI. 172; GUI. 176 et GXXIII. 216, ont encore une autre voile plus étroite, qui se termine en dessous en une pointe ; cette voile a été hissée au bout de l'avant-bec ; elle flotte du moins, d'une manière qu'il est difficile de bien distinguer, devant l'extrémité du mât de beaupré; sur le tableau 176 PI. GUI nous voyons les rames et en outre un matelot assis sur le balancier et s'y cramponnant pour aider à maintenir l'équilibre; la même chose se voit sur les deux autres grands navires. On gouvernait le navire au moyen de deux rames des deux côtés de la poupe; ce détail ne se voit cependant que sur la PI. GGLI. 41 ; sur
les autres navires on ne voit pas de gouvernail. La PI. CXXm. 216 nous montre une petite barque à voiles auprès du g;rand navire; ce petit bateau a un seul mât, un avant-bec élevé qui s'élargit en montant, et une4)oupe basse et arrondie.
Les armes que les bas-reliefs nous font connaître sont: des massues, des sabres, des poignards, des arcs, des flèches, des sarbacanes, et probablement aussi une lance, bien que cette dernière arme ne se présente qu'une seule fois. Nous ne comptons pas dans ce nombre les armes que les dieux çivaïtes tiennent dans leurs nombreuses mains ; ces armes ont été empruntées en partie à celles dont se servait le peuple, mais plusieurs d'entre elles ne sont que des attributs symboliques.
On ne trouve que rarement des massues, et encore n'en trouve-t-on que chez des peuples demi-sauvages: PI. GXXXL231; CCLXXXVIL 143; CCXCV. 3; ces massues ont la forme ordinaire : minces et pointues au sommet, elles s'élargissent en dessous. On trouve une massue gracieusement décorée PI. XXXH. 34, qui semble être un objet de vénération. Deux sauvages tiennent à la main des massues recourbées PI. GGGLXXV. 42; un autre sauvage, qui se trouve à droite de la PI. GIX. 187, semble avoir pour seule arme une branche grossière.
Les sarbacanes sont aussi assez rares. Nous en voyons entre les mains des puissances hostiles qui attaquent le Bouddha, PI. GIX. 187; sur la PI. GLX. A. 102, on s'en sert dans la chasse aux singes. Sur le premier de ces deux tableaux la sarbacane est entre les mains d'un sauvage, qu'on reconnaît à sa physionomie et aux petits morceaux de bois dont il s'est percé les oreilles. Il paraît donc que la sarbacane n'a pas plus été une arme ordinaire pour les contemporains de Bôrô-Boudour que pour les habitants actuels de Java , et qu'on s'en servait , tout comme aujourd'hui, à la chasse ou dans les populations de pays moins civilisés. Actuellement encore on se sert de sarbacanes aux îles de l'archipel indien, notamment à Bornéo et à Timor; mais les sarbacanes d'aujourd'hui sont beaucoup plus longues et généralement munies d'une pointe à l'un des bouts , ce qui permet de s'en servir en guise de lances; elles diffèrent ainsi sous
un double rapport de celles que nous trouvons sur Bôrô-Boudour. Les armes ordinaires sont l'arc, les flèches et les glaives de forme différente. Les arcs étaient passablement longs, et s'élevaient à hauteur d'homme; la corde était rattachée aux ailes recourbées qui terminaient les deux bouts de Tare. Les flèches étaient garnies de plumes en dessous, de pointes de métal en dessus; la forme de ces pointes varie, le plus souvent elles sont des triangles dont la face inférieure rentre, ce qui garnit la pointe de deux barbes ou dardillons. Voyez des arcs et des flèches : PU. XVIIL 6 ; XXXIL U ; XLVII. 63 ; L. 69 , et dans plusieurs autres endroits. Souvent un cordonnet, rattaché aux bouts de Tare et retenu par une petite cheville ou par un bouton , servait à retenir la corde; voyez, par exemple, un arc de ce genre PI. GGGXV. 25. Un arc plus petit, dont la corde était simplement fixée dans une entaille, se voit PI. XLIX. 67, où nous le voyons assez distinctement par devant. Nous n'osons affirmer que l'arme bizarre de la PI. LUI. 76, qui se trouve à gauche du tableau et qui passe en partie par-dessus les personnages assis, soit un arc; si c'est un arc, il faut avouer que la forme s'écarte beaucoup de la forme ordinaire. Les flèches ne sont pas toujours pourvues de pointes; elles ont eu sans doute une entaille au petit bouton qui les termine par derrière. PL XLIX. 67 nous montre une flèche assez longue, mais dont la pointe est garnie d'un petit bouton ou d'une petite boule, et la PI. LXIV. 97 nous montre des flèches tronquées sans bouton. Peut-être les pointes de métal (ou de pierre?) pouvaient être fixées ou détachées à volonté; peut-être aussi l'artiste a-t-il négligé ces petits détails dans quelques endroits ; c'est ainsi que sur le dernier bas-relief non seulement la pointe mais aussi les plumes manquent sur une flèche ; il en est de même des flèches de la PI. XXXIL 34. La PL LII. 73 montre une flèche dont la pointe a la forme d'une losange. On conservait les flèches dans des carquois ronds: PL LU. 74; CXXXII. 234; un à trois faces, PL XXIV. 18; on les portait aussi sans carquois, liées en des faisceaux et reliées par un anneau ou par un lien, voyez: PL XLV. 60; XLVII. 63, LUI. 76; GGGXV. 25. Il est probable que sur les tableaux de
Bôrd-Boudour il n'y a pas de lances, à moins de trouver cette arme sur le tableau PI. XL VIII. 66, ce que les dimensions considérables de l'arme en question nous engagent assez à supposer. Au-dessous de la pointe, au bout de la hampe, paraît se trouver une houppe d'une étoffe laineuse, dans le genre de celles que nous trouvons encore sur les lances de la population actuelle dans quelques parties de nos colonies indiennes. Ce qui varie aussi beaucoup , c'est la forme des glaives ; mais toutes ces formes se retrouvent aujourd'hui encore à Java ou dans les autres îles de l'archipel. Les glaives sont pourvus d'une garde , du moins d'un large bord à l'endroit où la lame se rattache à la poignée; celle-ci se termine en dessus en un bord plat ou en un bouton. Les lames sont droites et plus ou moins arrondies à la pointe, comme, par exemple, PI. XXII. 14; ou bien aplaties et un peu plus larges au bout, PI. LXII. 94; elles se terminent en une pointe qui a la forme d'une losange , PI. XXVI. 22 ; à mi-longueur la lame se rétrécit, puis elle s'élargit de nouveau au bout et se termine en trois dents, PI. GX. 190; quelques lames ont la forme d'un croissant: PI. LXII. 94; GXII. 194; GXIV. 198; GGLXXVII. 113; il y en a qui forment une courbe moins grande et qui n'ont pas de poignée ou une poignée fort simple, à la manière des faucilles, PI. LU. 73; qui se terminent en dessus en deux dents, PI. GGLXXIV. 87; d'autres, vecouthées en arrière: PI. XXI. 12. XLVIII 66; LXXXII. 134; GCLXXXVIL 113; ondulées ou en forme de flammes, XXVIII. 25; XGIV. 158; GXXIII. 215; la moitié inférieure droite, l'autre en forme de flamme: PL XL. 50; XLV. 50; XLVIII. 66. Un glaive de la PI. GXIV. 198 ressemble beaucoup à la lame d'un couteau très large. Les gaînes varient naturellement avec les glaives. On les faisait sans doute de deux morceaux de bois reliés par des bandes de bambou; voyez, par exemple: PI. XXII. 14; XXX. 29; XXXI. 31 ; XLII. 54 ; XLIII. 56 etc. On portait le glaive dégatné dans la main droite contre l'épaule droite: PI. LXVII. 104; LXXII. 113, LXXIII. 115; quelquefois on le portait par les deux mains obliquement contre l'épaule droite; voyez, par exemple, PI. XXVI. 22; on portait le glaive dans la gaine sous le bras
gauche, voyez PI. XXXITI. 35; mais aussi dans la ceinture, voyez, par exemple, PI. LIX. 88. Nous n'osons affirmer que l'objet, qu'un personnage assis de la PI. CCXCV. 2, tient contre l'épaule gauche , soit un glaive dans sa gatne. Des poignards courts et larges sont aussi des armes très usitées; voyez, par exemple: PL XXXVII. 41; LIX. 88; CCLXXIX. 53; tous ces poignards ont des pointes rondes; ceux des PU. LXII. 94; CCLXXXVIT. 113 ont des pointes aiguës; tous ont des poignées dont la forme varie. PI. CLIII. A. 75 nous montre un poignard en forme de feuille; PI. CCLXXXVII. 113 un poignard étroit.
Les boucliers, dont la grandeur varie beaucoup, sont ovales ou oblongs, le plus souvent courbés, convexes au dehors. Il y a une courroie ou une petite latte de traverse à l'intérieur, par laquelle on passe la main. Nous voyons des boucliers de la première espèce: PI. XLVII. 63; LUI. 76; XLVIII. 66; CCLXXXVII. 113. Nous en voyons de très grands: PI. XXII. 14; XXIII. 16; XXVIIL 25; CCXIL A. 293. Un très grand bouclier ovale, PI. XXI. 17, est orné tout autour en dedans de houppes; un tout petit bouclier, PI. CCLXXXVIII. 113; un autre plus grand, ovale, muni d'un bord, se voit PI. XGIII. 156. Plusieurs boucliers de cette forme portent en dehors un insigne ou un ornement, qu'on décrit le mieux comme quatre flammes ou quatre pointes en forme de flammes, réunies en une croix autour d'un bouton; voyez de ces boucliers: PI. XXIIL 15; XXX. 29, XXXlV. 37; XXX VIL 43; XL. 49; XLIII. 56 etc. Nous présumons que ces boucliers étaient faits d'ordinaire de cuir avec du bois et ornés souvent de plaques de métal.
Nous trouvons des boucliers oblongs, pas très larges, convexes en dehors, faits probablement de bois: PI XXI. 12; LXII. 94, où nous voyons le dehors et le dedans d'un tel bouclier; PI. CXXIX. 228. Les bas-reliefs PI. CXII. 194 et XLVL 61, nous montrent deux boucliers de cette forme-là, mais plus larges et composés de deux pièces réunies. La PI. CLXXXIV. A 200 nous montre un bouclier oblong, dont l'une des extrémités, sans doute aussi l'autre qui n'est pas visible, a été taillée de façon à présenter
un bord bouillonné. La PI. CCLXXXVII. 113 nous montre ud bouclier dont une des extrémités est légèrement pointue. La PI. LIX. 88 nous montre un soldat qui porte un bouclier dont les bords de dessus et de dessous forment une ligne droite, tandis que les bords latéraux forment une courbe rentrante.
11 ne convient pas de compter parmi les armes le crochet da cornac, qu'un homme assis de la PI. LIIL 76 tient surTépaule; lorsque nous voyons cet instrument dans une des mains du dieu au grand nombre de bras , par exemple PI. CCCLXXIV. 39 , nous aimerions mieux le considérer là comme un emblème de puissance ou de direction, vu qu'on s'en sert dans ce but pour Téléphant. Nous pouvons sans doute appliquer cette observation à d^autres armes encore, c'est-à-dire y voir des attributs symboliques, sans qu'il soit nécessaire d'admettre qu'on s'en servait réellement dans la guerre; entre autres à la petite hache, à une baguette ou un sceptre surmonté d'un bouton travaillé à jour, à une roue (ou le disque, l'arme ordinaire de Viçnou) à une pointe de lance ou de flèche avec un manche très court, et à une boule, tous objets que nous voyons entre les mains du dieu au grand nombre de bras , PI. CIX. 187. Nous n'osons préciser la nature de l'objet qu'un homme qui sa trouve à gauche de la PI. XLIX. 67 tient élevé dans sa main ; est-ce une arme , et dans ce cas , est-ce peut-être une flèche, ou un insigne renfermé dans un étui?
Ce dernier mot nous ramène à un autre ordre d'objets, les insignes.
Inutile de mentionner expressément Tauréole ou le disque ovale derrière les têtes de personnages divins et de saints; elle a absolument la môme signification que l'auréole de l'art chrétien; on la retrouve à tout moment sur Bôrô-Boudour , toujours dans la même forme. Une auréole particulièrement jolie et bien dessinée est celle qu'on trouve derrière la tête du Bouddha PI. LXXVIII 125 et PI. CCCLXIV. 18. Un dais ou un baldaquin soutenu par quatre colonnes et porté au-dessus d'un personnage de condition , est un signe distinctif très important. La PI. CCLXXVIL 94 nous montre un tel baldaquin porté par des esprits célestes qui planent dans l'air. On trouve une espèce de pavillons qui se
terminent souvent en plusieurs bouts ou langues, dont le nombre va de deux à quatre; ces pavillons sont attachés à des cordes ou à des hampes , on les porte derrière des personnages de condition ou on les laisse flotter du haut des toits des temples, mais ils figurent seulement dans des cortèges ou dans de grandes cérémonies. Les pavillons consistent en des banderoUes pas très larges attachées le long de la hampe et formant un angle droit.au sommet; c'est probablement un 'fil de fer ou un morceau de bambou qui les retient dans la même direction , à moins qu'on les laisse flotter librement ; voyez , par exemple , PI. XXVII. 23 ; LXXXV. 140; GII. 173; GVI. 181. Voyez pour les pavillons à pointes, entre autres PL XXVIL 23; XLII. 54; GVI. 181; GVIII. 185. Les insignes les plus fréquents et qu'on trouve ordinairement ensemble, sont: le pajong ou le parasol, un grand éventail ou un écran de plumes de paon sur une longue tige, et une queue de cheval attachée également à une longue tige , souvent aussi une grande feuille de bananier. Nous trouvons ces objets réunis PI. XVI. 2. Le pajong, insigne très répandu en Asie depuis les plus anciens temps jusqu'à nos jours, et dont on fait encore actuellement usage à Java, se présente sous quelques formes différentes et avec de légères modifications de décoration. On la trouve déployée, ayant la forme d'un segment de cercle, qui se rapproche aussi plus ou moins de la forme d'une cloche , comme par exemple, PI. XXXV. 20, à droite. Au sommet du manche se trouve un bouton décoré. Sur la PI. GGGLX. 9 un pajong a plutôt la forme d'un disque plat, à moins que ce ne soit là qu'une illusion provenant de ce qu'on voit l'objet d'en haut. Ailleurs, PI. GGLXXX. 100, le pajong, vu de profil monte obliquement, ou bien, comme par exemple PI. XLIV. 58, le bord inférieur a été courbé en dedans. Nous trouvons de petits pajongs très simples qui ont la forme de coupes, dont on ne se servait peut-être que dans les classes inférieures et qui ne pouvaient être repliées; voyez ces objets sur les tableaux PI. XXX. 40, à gauche; XXI. 12; CGGLXXXIV. 64. Un pajong d'une forme étrange se voit PI. GGGLII. 14, et de même PI. GGVI. A. 277, à moins qu'il faille voir dans ce dernier objet un
pajong à moitié ouvert seulement. On ornait les grands pajongs ordinaires des personnages de condition de bords plissés, qui retombaient tout autour; voyez Pi. CCCIII. 2; CCCXII. 49; CCCXLIII. 82; et en outre de franges PI. CCCXII. 20. Nous ne savons que faire d'un pajong de la PI. CLXXXVII. A. 208, à moins d'admettre qu'il a été replié en dessus; il faut porter apparemment le même jugement sur le pajong de la PI. CCGLXV. 20. Un des pajongs de la PI. CXV. 199 a une longue tige courbée. La PI. XXXIV. 37 a un pajong pourvu d'une tige très gracieuse. Souvent nous voyons une queue de cheval attachée à la tige des pajongs immédiatement sous l'écran déployé, par exemple PI. XXII. 14; XXIII. 16; XXVII. 24; XXIX. 28 et sur un grand nombre de bas-reliefs encore; c'est là un moyen de réunir deux insignes en un seul objet. Quelquefois nous voyons une espèce d'écharpe attachée au pajong, au même endroit, PI. LXXIV. 118; comme on offrait aussi des écharpes pour rendre hommage à des personnages de condition, nous pouvons les faire passer ici pour des insignes. Signalons encore des tableaux dans le genre de PI. GCCLX. 9, où nous trouvons des pajongs qui ont trois, quatre, oui jusqu'à cinq étages superposés; il ne faut voir dans cette réunion d'écrans qu'un symbole destiné à faire ressortir le rang supérieur des personnages à côté desquels nous les trouvons; on aurait tort par conséquent d'en conclure i l'usage réel de pajongs de cette forme-là.
L'autre insigne, la queue de cheval attachée à une tige plus ou moins longue, est aussi très commun. Attachée à une tige courte, voyez par exemple PI. XVI. 1 et 2 à droite, la queue de cheval sert de chasse-mouche; les serviteurs s'en servent pour protéger leurs mattres contre ce fléau inévitable des contrées chaudes. Quelquefois la tige a été travaillée avec goût, PI. XXÏII. 15; XXXIX. 47; XLVIII. 65. On sait que le chasse-mouche est un attribut ordinaire dans les mains de quelques dieux de l'Inde , à Java comme ailleurs. La queue de cheval attachée à une longue tige est portée dans la suite des princes et des grands; ou bien on la place près d'eux, voyez PI. XVI. 2. On attache la queue de cheval non seulement
au pajon^, mais aussi à d'autres insignes et aux sceptres.
Il n'est pas facile de reconnaître partout les écrans de plumes de paon sur les bas-reliefs; mais on devine leur forme et la manière dont ils ont été faits, en comparant entre eux les différents tableaux. On disposait les plumes de la queue du paon en rangées, les unes derrière et au-dessus des autres, de façon à obtenir la moitié inférieure d'un cercle ressemblant à un éventail déployé; puis on réunissait les bouts inférieurs et les plaçait dans un anneau ou dans un tube, qu'on fixait ensuite sur un bâton. Comparez PL XXV. 20; XXVII. 24; XXVIII. 26; XXXVI. 41; XL. 50; LU. 74; LUI. 75; LXIV. 98; LXXXIL 134. On trouve les plumes un peu plus serrées, formant un segment de cercle plus petit, comme si l'éventail était replié davantage, sur les tableaux PL CCCIX. 13; CCCLXVIII. 26; CCGLXIX. 30; CGCLXXI. 33,
Nous voyons les feuilles de pisang presque partout où se trouvent les trois insignes que nous venons de signaler; l'artiste les a faites peut-être un peu trop grandes en proportion des personnages de ses tableaux; mais il est probable qu'elles ne doivent pas y servir réellement à quelque chose, qu'elles n'ont qu'un sens symbolique. Sur un des bas-reliefs, PL GGLII. 43, l'artiste a représenté dans le même but une autre feuille très grande, probaJble* ment une feuille de lotus.
Signalons encore parmi les insignes plus rares: une baguette courte munie aux deux extrémités d'une boule à garniture de métal, PL LXXVIII. 124; une baguette plus courte, sur laquelle a été fixé un disque, peut-être un miroir de métal, qui s'élève sur un calice de lotus, PL XXVII. 23; un écran gracieux sur
une tige assez courte, même planche, et une baguette recourbée, comme la crosse d'un abbé, PL XXXIX. 47.
Plusieurs autres sceptres ou baguettes sont garnis d'objets auxquels il faut attribuer probablement une signification symbolique et qui se rattachaient peut-être à l'origine aux usages de certaines sectes religieuses. Des tiges sur lesquelles s'élève le calice d'une fleur, PL GGGLXIX. 29; le coussin de lotus, PL XXVIIL 25; LXXXV. 140; LXXXVUI. 45; GLXXV. 166;
une roue , le tchakra , remblôme de Viçnou , PI. LXXm. 116 ; CCXII. B. 154 ; la roue et au-dessus de celle-ci le trident , le trisoula de Ci va , PI. GGLXXVI. 92; la conque militaire, le tchank de Viçnou, PI. XX. 9; GLXXV. A. 166, 168; encore la conque, mais ailée, PI. XXXIII. 36; LXXX. 130. Deux de ces sceptres, PI. LXXV.
A. 166, sont ornés de rubans. Les bas-reliefs nous montrent encore d'autres sceptres ou d'autres bâtons servant à soutenir des objets, par exemple: un écran dans la forme de celui que nous avons mentionné plus haut (de la PI. XXVII. 23), PI. XGVIH. 166, un grand disque, rond et plat en apparence, PI. GGGX. 15; des disques plus petits, peut-être des miroirs, PI. GGXXV. B. 180; GGGXG. 5; un grand bouton ovale et une boule travaillée à jour, l'un et l'autre sur le bas-relief PI. LUI. 76; des boules aplaties, PI. LXXXV. 140; GGLXVIII. 76; LXXXVffl. U5; un bouton ayant la forme d'un fruit, PL LXXVIII. 126; GGIX. A. 284. Plusieurs de ces bâtons sont ornés de queues de cheval, de rubans et d'écharpes.
Passons aux instruments de musique, et commençons par les tambours. Il y en a de formes et de dimensions diverses. En général les tambours ressemblent assez à ceux d'aujourd'hui; ils se composent : d'un cylindre de bois , qui prend quelquefois la forme légèrement elliptique, fermé aux deux ouvertures par des peaux, que retiennent des cerceaux ou des lames très larges; des cordes qu'on fait passer par ces cerceaux doivent serrer et tendre les peaux; voyez PI. GLXXXI. 100, GGGLIX. 7. Quelques-uns sont plutôt ovales, soit que les parois imitent la forme elliptique, PI. GLXXXI. B. 100; GGIIl. A. 266; GGGLIX. 7; soit que les parois forment une ligne droite, PI. GLXXXI. B. 100; GGIL B. 139; GGIIL A. 266; d'autres sont plus courts mais ont également la forme elliptique, PI. GLXXXL B. 100; GGGLIX. 7; il y en a de plus bas, les parois en ligne droite, PI. GXLIV. A. 42; les parois très convexes en forme d'urne, PI. GLXVII. B. 66; de très longs et très étroits, PI. GLXXXL
B. 100. Nous y trouvons aussi le petit tambourin en forme de gobelet, qui se rencontre aujourd'hui encore chez les populations moins civilisées de l'archipel indien, PL GGLXXXIL 104.
Quelquefois on les porte à une bandoulière qui passe sur l'épaule gauche, PI. CX. 189; CLXCIV. 128. On bat ces tambourins des mains sur les deux côtés, PI. GGXXXIX. 18; ou au moyen de petites baguettes, PI. XCVIII. 166; ou encore des deux mains sur un seul côté, PI. GGXLIII. 25; ou d'une main seulement, PL GX. 189; GGXGVI. 128. Un des hommes qui battent le tambour sur la PI. CCCLIX. 7 a dans la main la baguette en forme de T dont on se sert pour les clochettes de métal; c'est là sans doute une erreur du sculpteur. Comparez encore les tambours de la PI. XVI. 1; CCXCIl. 122; CCCLXXIII. 37; CCCXC. 6. Nous voyons des tambourins PI. XVI. 1 à droite en haut; par suite d'une faute du sculpteur la main gauche est restée visible à travers la peau qui ferme une des ouvertures du cylindre, PI. XXXIV. 58; XCVIU. 166; CCXXXIX. 18.
Les cymbales paraissent avoir été assez petites et plates PK CLXXXI. B. 100; CCCII. B. 139; ou convexes et unies, PL CCCLIX. 7; ou bien pourvues au dehors d'une petite tige ou d'un petit bouton, PL CCXCIV. 128. On les frappait Tune contre l'autre; mais il semble que sur le tableau de la PL CCXCI. 122 on frappe une cymbale de la dernière espèce, au moyen d'un petit marteau en forme de T, tout comme on frappait la cymbale ou la clochette en forme de coupe, PL CX. 189. Nous voyons un genre plus petit de cymbales qui ont la forme de coupes à large bord, PL LXVII. 103 et CCCXC. 6; d'autres ont la forme de coupes très petites à longues tiges PL CCXIV. A. 300; ou qui se rétrécissent du côté de la tige, PL CCLXXXII. 104. Le tableau PL CX. 189 pourrait faire supposer que de tels instruments plus petits servaient aussi à frapper les coupes de métal. Des cymbales en forme de gobelet se voient PL CCXCIV. 128; en forme de sonnette à tige, PL XXXIV. 38; peut-être faut-il ranger dans la même catégorie un des instruments de la PL CCLXXXIX. 118. Sur la PL CXIII. 196, on bat un instrument dont il n'est pas facile de distinguer la vraie forme; l'instrument paraît être une barre de fer en forme de fer à cheval, ou peut-être un disque plat qui a la forme d'un demicercle, âxé sur un pied; le musicien qui le tient dans la
main gauche le frappe au moyeu d'un petit marteau qu'il tient dans la main droite. On donnait quelquefois une forme élégante aux instruments de musique qui appartiennent à cette catégorie; nous en voyons , par exemple, un PI. CGI. B. 137, qui a la forme d'un calice de fleur suspendu à une tige recourbée, et qu'on frappe au moyen d'une petite baguette. Un des musiciens de la PI. GGGLIX. 7 a une baguette recourbée, à laquelle est suspendue une clochette avec son battant. Sur la PI. LXVn. 103 enfin on se sert d'une baguette gracieusement recourbée, à laquelle on a suspendu un certain nombre de grelots.
Il faut compter parmi les instruments de percussion un grand gong ou une cymbale convexe placée sur un piédestal de bois (?), qu'on frappait au moyen de deux baguettes garnies de marteaux ronds , PI. GGI. B. 137. Ge môme bas-relief nous montre un instrument qui ressemble beaucoup à ceux qui sont actuellement encore en usage à Java; cet instrument, qu'on appelle ghender, est indispensable dans la musique d'orchestre dont on accompagne les représentations si recherchées du wajang. Il consiste en un grand nombre de lames de métal couchées sur des cordes au-dessus d'une boîte qui a la forme ^ d'un canot ; on frappe ces lames au moyen de petits marteaux de bois. Nous rencontrons une fois encore un instrument analogue, c'est au bas-relief PI. GXIII. 196; peut-être est-ce là un gambang; il est plus petit que le précédent, beaucoup moins élégant: quelques petites lames de bois (?) ont été couchées sur des cordes au-dessus d'une botte oblongue; on les frappe, à ce qu'il semble, avec les doigts sans marteaux.
Des flûtes traversières de longueur différente, et une espèce de chalumeau se voient quelquefois sur les tableaux de BôrA- Boudour; ce sont deux instruments de musique dont on se sert actuellement encore dans la plupart des îles de l'archipel des Indes-Orientales. Pour les flûtes traversières voyez PI. XVI. 1; XXXIV. 38; LXVII. 103; GXLV. A. 46; GLXXXI. B. ÎOO; GGGXG. 6. Pour les chalumeaux voyez PI. GGGLIX. 7. Nous trouvons des flûtes très longues, qui s'élargissent en dessous et qui forment ainsi une espèce de tube, sur les PU. GGII. B. 139 et GGGLIX. 7. Ges grandes flûtes appartenaient plutôt aux
instraments de musique i^erriëre, ainsi qu'une espèce de conque munie d'une embouchure, dans le genre de celles dont on se sert actuellement encore au Japon; cette conque fait sans doute partie des plus anciens instruments de musique guerrière, puisque nous la trouvons parmi les attributs spéciaux de Viçnou. Nous voyons ces conques PI. CCII. B. 139 et CCCLXXIU. 37.
Il y a des instruments à corde de deux catégories. Dans la première catégorie nous comptons la cithare à quatre cordes; PI. XVI. 1; CCXCI. 122; CCXCIV. 128; CCCLXX, 37; ou à six cordes, PL LXVII. 103. La partie inférieure n'est pas très large, à l'exception de la cithare PI. GGGXG. 6, dont la table d'harmonie est très large.
L'instrument à cordes de l'autre catégorie paraît être très ancien; on le rencontre aussi assez généralement chez les populations barbares de l'archipel indien. Get instrument se compose d'un manche d'environ 0.75 M. , au bout duquel se trouve une petite botte, couverte d'une peau fortement tendue. Quelques cordes passent par-dessus cette petite boite, pour être attachées à l'autre bout du manche; on touchait ces cordes avec les doigts. Voyez PI. GGXXXIX. 1; GGXGIIL 124; GGGLXIX. 29, où ces instruments se montrent de profil, et PI. XIV. 178; GGXG, 120; GGGXG. 6, où on les voit d'en haut ou d'en bas; sur l'un des trois derniers bas-reliefs, PI. GIV. 178, la boîte possède une petite planche à laquelle on avait probablement attaché les cordes.
Le plus souvent on fait de la musique sur plus d'un instrument à la fois; nous voyons même des orchestres composés de cinq instruments divers. Instruments de deux genres: tambour et cymbale ou clochettes. Pi. GX. 189; tambourin et coupes ou clochettes, PI. GGLXXXII. 104. Trois instruments divers: tambourin, flûtes traversières et cymbales ou sonnettes, PI. XXXIV. 38; cithare, tambourin, et cymbales, PI. GGXGII. 122; tambours, cithare et conque PI, GGGLXXXIII. 37. Un ensemble de quatre instruments: cithare, tambours, flûtes traversières et tambourin, PI. XVL 1 ; cithare, baguette à grelots, flûte traversière et petites coupes de métal, PI. LXVII. 103; tambour, grande trompette.
conque et cymbales rondes, PI. GGII. B. 139; tambours , cymbales, cithare et Tautre instrument à cordes, PI. GGXGIV. 128. Nous voyons un orchestre de cinq instruments divers PI. GGGIX. 7: tambours, cymbales, clochette, trompette et chalumeau; et PI. GGGXG. 6 , tambours , coupes de métal , flûtes traversiëres , cithare et l'autre instrument à cordes.
L'aperçu que nous venons de donner des personnages qui figurent sur les bas-reliefs de Bôrô-Boudour et des détails de leur costume, de leur ustensiles de ménage et d'autres particularités nous a déjà suffisamment renseignés pour nous permettre d'établir une comparaison entre le peuple de Bôrô-Boudour et les Javanais d'aujourd'hui. Mais nous pourrons augmenter encore le nombre de nos données, en jetant un coup d'oeil rapide sur les circonstances et les conditions où se trouvent ces personnages.
Plus d'une fois déjà nous avons signalé les rapports pacifiques où vivaient ensemble à Java les deux religions de l'Inde, le Brahmanisme, plus particulièrement le culte de Çiva, et le Bouddhisme. Nous avons parlé également de la suprématie à laquelle le Bouddhisme réussit de bonne heure à s'élever et où il n'eut pas de peine à se maintenir. Voilà ce qu'ont assez démontré les débris de temples et les inscriptions dont le Dr. Friederich nous a déchiffré le contenu dans les dernières années. Il n'est donc pas surprenant de retrouver la même suprématie du Bouddhisme dans les tableaux, soit historiques, soit symboliques de Bôrô-Boudour. Partout le Bouddha est l'être adoré; il est vrai que nous voyons apparaître quelquefois des dieux du Brahmam'sme , qu'on n'a pas de peine à reconnaître à leurs attributs^ mais jamais ceux-ci ne sont les objets des hommages; ils ne sont là que pour glorifier le Bouddha et pour faire ressortir sa supériorité. Peu à peu le Bouddhisme avait accordé une place dans son Panthéon aux dieux du Brahmanisme, bien que ce fût une place très secondaire; nous n'avons donc pas lieu d'être surpris d'y retrouver la suite des officiants, les attributs et les emblèmes de ces dieux. Ges personnages mythiques et symboliques du Brahmanisme avaient passé, pour ainsi dire, au service du Bouddha; et c'est ainsi que nous voyons celui-ci entouré quelquefois
des Mounis et des Ritchis, les saints et les pénitents célestes, des Rakûhâsas, les mauvais esprits, des Devanganas, les danseuses célestes, des Déodatas, les messagers du ciel, surtout des Devadasis , des Apsaras et des Gandharvis , oiseaux avec un buste de femme, qui prennent part au culte par le chant et par la musique; des Dvarapalas ou gardiens du temple etc. Il n'y a pas jusqu'au serviteur particulier de Viçnou, son vahan ou porteur Garouda (qui l'accompagne ou le porte à travers les airs, soit sous la forme d'un aigle, soit sous celle d'un homme ayant le bec d'un aigle) qui ne passe au service du Bouddha, qui ne se range parmi les adorateurs de ce dieu. Nous croyons distinguer au moins des Garoudas sur les tableaux PI. GLXXV. A. 166; CGXCIV. 128; CCCLXXII. 35. Nous y voyons aussi les attributs symboliques et les insignes des dieux brahmanes, placés entre les mains des adorateurs du Bouddha ou portés après les princes bouddhistes, tels que le trident ou trisoula, la conque et d'autres attributs de Viçnou et de Çiva; voyez PI. CXXIX. 227, 228; CCCLXXV.41. Oui, plus que cela , le Bouddha emprunte aux dieux du Brahmanisme leur costume et leurs ornements; on lui donne comme à ceux-ci un nombre plus grand de bras, de quatre jusqu'à six, avec les attributs symboliques, et on va jusqu'à l'identifier avec Viçnou dans sa neuvième incarnation, celle où il est apparu comme un Bouddha, voyez PI. CGLXXX. 100; CCLXXXI. 101, 102; GCLXXXII. 105. Ge qui marque plus spécialement l'image en question comme étant celle du Bouddha (sur les trois premiers de ces quatre bas-reliefs) , c'est la statuette du Bouddha assis sur le devant de la coifPure du dieu; bien que les animaux qui entourent le trône et les attributs qu'il tient dans ses mains de derrière , la dent et le crochet d'éléphant , le mettent directement en rapport avec Ganésa. Un autre bas-relief, PI. GGLIV. 48, nous montre également ce dieu à quatre bras, qu'on a identifié avec le Bouddha; le nandi ou le taureau sacré, qui s'est agenouillé devant le trône du dieu, montre que ce Bouddha se trouve plutôt en rapport avec Çiva, dont, comme on sait, le nandi est le vahan ou le porteur particulier.
Le culte du Bouddha consiste en des ofirandes de bijoui, d'aliments, surtout de fleurs et d'encens, qu'on lui apporte d'ordinaire dans des plats ou dans des vases; on dépose l'encens sur un petit guéridon ou un candélabre à oifrande, quelquefois on le jette dans la flamme qui monte du guéridon, du vase ou du candélabre et on ranime la flamme au moyen d'un éventail destiné tout exprès à cet usage; on prononce des prières et l'on fait de la musique sur des instruments divers. Le Adèle se tenait près de l'offrande (marque de vénération qu'il observait aussi vis-à-vis des personnages qu^il voulait honorer), soit debout soit à la manière orientale, les jambes croisées devant ou sous le corps, les bras croisés sur la poitrine, ou les mains élevées et les bouts des doigts posés les uns contre les autres, quelquefois les mains jointes ou l'une par dessus l'autre. D'autres fois on se mettait à genoux , soit sur un seul genou , en relevant le pied de l'autre jambe pour poser la plante du pied sur le sol, ou bien sur les deux genoux. Cette dernière attitude se présentait quelquefois encore avec une nuance spéciale, c'est-à-dire qu'on pliait le corps en avant et qu'on faisait reposer les bras étendus et les mains sur le sol, PI. LXXIII. 116; GYIl. 183; CCLXIX. 78; GCXCIIL 126; on reposait aussi sur les genoux et sur les coudes, PI. XXXIX. 47; ou l'on courbait la tête si bas que les lèvres touchaient les mains, qui, à leur tour, touchaient le sol; cette dernière attitude était môme adoptée par des personnages de très haute condition, comme par exemple par une sainte femme PI. GOLVI. 51. Le serviteur qui se trouvait tout près de son maître et qui portait ses insignes , s'agenouillait quelquefois derrière lui , comme par exemple , PI. XVII. 3, ainsi que la suivante qui porte l'éventail de sa maîtresse, PI. XXXI. 31.
En dehors de ce culte rendu au Bouddha ou à ces prétendus mausolées, nous voyons aussi apporter quelquefois des hommages religieux ou des offrandes à des animaux sacrés, à moins qu'il faille prêter une signification symbolique aux scènes de ce genre. Sur la PI. GLXXXIII. A. 195 on apporte évidemment des hommages religieux à une tortue colossale; sur la PI. GXG. B. 116 à un énorme poisson de mer; et sur la même planche A. 2âl
un grand nombre d'hommes et de femmes courent apporter des offrandes à un serpent qui monte du fond d'un étang artificiel rempli de plantes aquatiques.
On s'asseyait sur le sol, sur une petite natte, un coussin, un banc ou une chaise, quelquefois même sur le dos du cheval, sur les jambes croisées devant ou sous le corps; on relevait parfois une des jambes et retendait en soutenant le genou de ia ceinture, qu'on avait attachée alors autour du corps en lui laissant un peu plus d'espace. Assis sur un trône élevé on laissait reposer une des jambes sur un petit escabeau, la soutenant ou non de la ceinture. La femme est assise à côté de son mari à gauche, quelquefois sur la même petite natte, comme nous le voyons PI. XXXVII. 44; quelquefois sur un coussin spécial, PI. XXXYI. 42; le mari sur un beau trône, la femme à côté de lui ou derrière lui , les jambes pliées sous le corps sur un coussin, PI. XXXIII. 36; ou chacun sur un trône à part, le mari les jambes croisées, la femme les jambes pliées sous le corps. L'homme de condition qui rendait visite à un personnage d'un rang supérieur était assis lui-même, pour le distinguer de sa suite, sur un petit banc très bas, PI. L. 70, ou bien il s'y mettait à genoux PI. LUI. 76.
Pour dormir on se servait du canapé ou bali-bali , qu'on couvrait alors de petites nattes et sur lequel on posait un oreiller. La PI. LXVII. 104 nous montre un homme de condition , dormant dans une grotte ou devant une grotte sur les bords d'un fleuve, la tête appuyée sur la main droite, tandis que le bras repose sur une petite élévation du sol. Il n'a gardé de tout son costume que le petit caleçon , les bracelets , les anneaux des chevilles et le bonnet élevé avec ses parures; une femme, également à peu près nue, est assise à ses pieds, peut-être dans le but d'écarter ce qui pourrait troubler son repos. On s'explique moins bien le profond sommeil de la reine qui fait ses songes PI. XXYIH. 25, et que nous voyons couchée et évidemment endormie, sans qu'elle ait déposé une seule pièce de vêtement ou une seule de ces parures. Nous ne croyons pas devoir conclure de ce tableau qu'on se couchait tout habillé; nous admettrons plutôt que l'artiste ait craint
de déroger à la dignité de la reine en la déshabillant trop ou en la dépouillant de ses parures. Un autre bas-relief, PI. LXXVIIL 125, nous montre une douzaine de femmes presque entièrement déshabillées, sauf une seule qui veille encore et qui ne s'est pas encore dépouillée de ses parures. La plupart des autres dorment assises ou couchées, la tête sur des coussins. Ce tableau, malgré le caractère symbolique qu'il faut attribuer à beaucoup de détails, notamment aussi au principal personnage, nous fait voir assez clairement comment on avait l'habitude de se coucher. Les Pli. CXLVin. B. 30; CLX. A. 103 et CLXXIX. A. 135 nous présentent encore trois hommes qui dorment sur des canapés; ces hommes ont quitté tous leurs vêtements de dessus, mais ont gardé toutes leurs parures et leur bonnet Peut-être faut-il ne pas voir ici le sommeil ordinaire pendant la nuit, mais une sieste dans les fortes chaleurs du jour; ceci nous paraît d'autant plus probable que nous voyons des suivantes qui essaient de seconder le repos du dormeur. Sur le dernier de ces trois tableaux nous voyons un homme, de condition inférieure évidemment, couché sur les genoux d'une femme, tandis qu'une autre femme tient les pieds du dormeur sur ses genoux.
Il y a des tableaux qui nous fournissent d'autres détails encore de la vie de famille, tels que PI. LXVI. 102; cependant, comme la scène se passe à la cour, il n'est pas possible d'en conclure quoi que ce soit pour la vie de famille des classes inférieures en général; la planche en question nous montre un homme avec sa femme et son enfant, tous les trois dans l'admiration devant de petites statuettes de Gandharvas , que des artistes fabriquent hors du palais et que des domestiques apportent à la famille royale. Notons également PI. LXVII. 103, où un jeune prince se réjouit à entendre des morceaux de musique qu'on exécute devant lui, pendant que des jeunes filles le servent; PI. LXIX. 107, où une femme s'ajuste et se pare secondée par trois de ses servantes; PI. LXXX 130, où un homme s'entretient avec ses deux femmes; PI. LXXVIH. 126, où un homme de condition, orné du disque lumineux ou de l'auréole, s'entretient avec deux personnages de condition, mari et femme, dans la
demeure de ces derniers. Plusieurs scènes de ce genre prouvent clairement, et ce détail témoigne en faveur des moeurs et de l'état de civilisation du peuple de Bôrô-Boudour , combien était grande la part que la femme prenait à la vie de famille et à la vie publique. La femme apporte avec Thomme ses offrandes et ses hommages à des personnages et à des endroits sacrés, elle rend des visites et en reçoit , elle se voue à la vie contemplative et aux exercices de piété qui lui ouvrent Taccès de la sainteté bouddhiste. Voyez pour ce dernier point PI. GGXLII. 23; CCXLIII. 25; CCXLIV. 28; CCLVI. 51, 52; CCLVII. 53, et plusieurs des bas-reliefs suivants qui ornent la paroi postérieure de la troisième galerie.
Les repas que nous représentent deux bas-reliefs PI. GXIV. B. 22 et PI. GLXXXVm. 113, et qu'on paraît prendre en plein air, ne nous apprennent rien de particulier sur la manière dont on s'asseyait à table, dont on préparait et dont on prenait les aliments; il est probable qu'on mangeait avec les mains, sans cuillers ou autre chose. Un des tableaux de la paroi postérieure de la seconde galerie, PI. LXIX. 108, nous montre un festin: dans l'étage inférieur d'une maison nous voyons un grand nombre de personnes d'âge difiSérent, parmi lesquelles une femme au moins, qu'une boisson spiritueuse quelconque a mises dans un état de surexcitation. Ces personnes sont assises ou se tiennent debout sur le sol , tandis qu'on leur verse la boisson de burettes ou de bouteilles dans des coupes ou des écuelles; il manque ici des tables ou des bancs.
N'oublions pas de citer l'agriculture parmi les occupations de la vie ordinaire que nous montrent les bas-reliefs. Deux tableaux dont il a déjà été question plus haut, PI. CXXXVL B. 2 et CGXXIII. A. 336, nous montrent un paysan conduisant sa charrue, que tire un couple de boeufs et que guide une seule personne. La PI. LUI. 82 entre un peu plus dans les détails de la culture du riz, si importante pour l'Inde, surtout pour Java. Nous y voyons des ouvriers qui s'occupent de lier le padi en faisceaux, que d'autres ouvriers emportent à l'aide d'un bâton.
La chasse et la pèche figurent sur quelques bas-reliefs, sans
eio
que toutefois nous en apprenions des choses fort intéressantes. Sur la Pi. GLX. A. 102 nous croyons voir des serviteurs poursuivant des singes avec la sarbacane, tandis que leur maître est assis sous un arbre; nous n'osons dire cependant s'ils sont en effet à la chasse, ou bien s'ils veulent simplement éloigner les animaux importuns; la dernière explication peut paraître la plus probable , si Ton en juge par un des serviteurs , qui a l'air d'agiter un mouchoir pour faire peur aux animaux. Sur l'autre bas-relief PI. XXXVIII. 46, nous voyons des pêcheurs qui ne font leur métier qu'avec la ligne et l'hameçon.
Nous avons deux scènes de marché, PII. LXXI. 112 et GXXII. 214. La première semble nous montrer quelques marchands en train de vendre un oiseau à un jeune homme de condition; il est probable que nous n'avons pas ici un oiseau vivant, mais plutôt un oiseau artificiel; on voit clairement que les marchands ont placé l'objet d'art dans un des plateaux de la balance, et dans l'autre un bracelet pourvu d'une pierre précieuse ou d'un bouton; les contours du bracelet se sont un peu effacés, mais il est toujours possible de le reconnaître. II serait possible toutefois que l'oiseau dans la balance fôt un oiseau vivant, bien dressé; nous voyons du moins deux autres oiseaux, dont l'un est assis tout près sur la branche d'un arbre, l'autre sur le dossier de la chaise du jeune homme. L'autre bas-relief, PI. GXXII. 214, nous montre quelques femmes occupées à peser des marchandises dans la balance; il est difficile de dire si l'un des objets qui se trouvent dans un des plateaux doit figurer un poids; dans le Musée Royal d'Antiquités à Leide se trouve un ancien poids javanais de plomb, de forme ronde et plate, portant sur la face de dessus l'image d'un singe accroupi.
Les bas-reliefs nous apprennent très peu des funérailles; le seul tableau de ce genre est celui de la PI. LXXIIl. 115 , qui nous montre Çâkya dans une de ses excursions, où il se trouve en présence d'un mort. — Dans une petite maison ou dans une chambre trois personnes, parmi lesquelles se trouve une femme, se tiennent près d'un cadavre et semblent accomplir un rite religieux, dont il n'est pas possible du reste de distinguer la nature; il se
peut aussi que le malade ait rendu à peine le dernier soupir sur les genoux d'une de ses gardes.
La musique et la danse occupent une large place parmi les divertissements de la vie; on cultivait aussi ces arts dans un but religieux. Nous avons déjà dit tout ce qu'il fallait des instruments de musique. On dansait avec accompagnement d'un ou de plusieurs instruments; rarement on se contentait d'indiquer la mesure en battant des mains. Nous voyons danser des hommes aussi bien que des femmes; celles-ci sont d'ordinaire en grande toilette, chargées de parures et d'objets précieux dans roreille, autour du cou, des mains, des jambes, du milieu du corps, des hanches etc. Les mouvements paraissent être assez rapides et présentent une grande variété; il y a des poses très gracieuses, pour lesquelles on se sert avec avantage d'une longue écharpe on d'un long châle léger, qu'on jette sur les épaules, qu'on tient dans les mains et qui retombe alors en formant des courbes gracieuses. Sur le bas-relief PI. XXXIV. 38 deux personnages de condition, mari et femme, s'amusent à considérer une danseuse qui exécute ses pas accompagnée par onze instruments de musique. Le bas-relief XXXUI. 86 nous montre que la danse n'était pas seulement une manière de présenter ses hommages religieux, mais qu'elle était elle-même un acte religieux; ce tableau nous montre un saint personnage richement habillé et paré, orné du disque ou de l'auréole derrière la tête, dansant à côté d'un guéridon sur le sommet duquel on distingue la conque ailée, s'élevant sur un piédestal très bas, une espèce d'estrade ou de bèma (c'est là le nom que les grecs donnaient à un piédestal de ce genre dont on se servait pour les exécutions musicales , les discours publics etc.) ; il est vrai que la danse n'est pas très caractéristique , mais il est assez clair que c'est une danse; le personnage en question porte les mains à son écharpe et à son zennar, le cordon sacré, et prend ainsi une attitude gracieuse. La danse a lieu en présence d'un homme de condition et d'un grand nombre de femmes, qui regardent la cérémonie dans un pendopo. Un autre bas-relief, PI. GX. 189, nous montre deux hommes ou deux.
femmes (ce qu'il n'est pas facile de distinguer , puisque les personnages tournent le dos au spectateur) exécutant une danse très vive avec accompagnement de divers instruments, auprès d'un Bouddha ou d'une statue du Bouddha assis. La PI. GXGIV. A. 233 nous montre une femme qui danse sur un petit banc carré à pieds très bas, sans autre accompagnement que celui d'une femme qui bat la mesure avec les deux mains; sur la PI. GGXIX. A. 318 une autre femme danse auprès d'une femme de condition, avec accompagnement d'instruments de musique; la Pi. GGXIV. A. 300 nous montre une petite élévation , sur laquelle nous voyons danser une femme et un homme, avec accompagnement de musique; la femme a relevé la jambe gauche presque jusqu^au milieu du corps, elle a rejeté l'écharpe avec les deux mains sur les épaules en guise de draperie gracieuse. PL GGI. B. 137 nous montre un nombre de neuf personnages dansants, cinq hommes et quatre femmes, qui semblent exécuter tour à tour (c'est-à-dire tantôt les hommes tantôt les femmes) les pas et les figures dont se compose la danse; on fait de la musique sur un ghender ou sur un gambang, sur une espèce de gong et sur une petite cymbale, qu'on frappe avec un marteau. II est douteux qu'il faille voir une danse dans le tableau allégorique de la PI. LVII. 84; nous inclinerions plutôt à y voir un autre mouvement rapide et agité des personnages.
Pour ce qui est des scènes et des actions qui auraient pu offenser facilement les convenances ou dans lesquelles l'artiste aurait pu se permettre un peu plus de libertés, il faut avouer qu'il n'a jamais violé les loix de la morale, qu'il n'en a jamais franchi la limite. Il doit représenter , par exemple , quelquefois les embrassements d'époux, les plaisirs de la vie de chaque jour dans les différentes classes de la société, des scènes du palais des femmes; mais nullepart nous ne trouvons quelque chose qui excite trop les sens ou qui puisse offenser le sentiment sévère des convenances. Oui , môme sur le tableau de la PI. LXXVIII. 125, où nous voyons les jeunes belles étaler leurs séductions pour attirer le jeune prince, nous ne voyons rien qui porte atteinte aux règles de la convenance. Un autre tableau, qui
aurait pu devenir équivoque , est celui de la PL LXIX. 108, représentant un festin où une femme se trouve parmi les buveurs joyeux et passablement exaltés; eh bien, là encore il ne se fait rien qui blesse la pudeur. Tout cela nous donne une idée assez favorable de la délicatesse et de la moralité du peuple dont les tableaux de Bôrô-Boudour nous représentent la vie et les moeurs.
L'aperçu que nous venons de donner doit avoir suiB pour faire sentir la différence considérable qui existe entre la population, la civilisation et les moeurs que nous représente Bôrô-Boudour , et celles que nous offre le Java de nos jours, ou que les Européens ont rencontrées dans Tile à l'époque de leur première arrivée. Il y a sans doute des choses qu'on y retrouve encore; mais ces détails-là n'ont rien de particulièrement javanais, comme par exemple, le respect que les subalternes témoignent à leurs supérieurs , les suites nombreuses des princes et des grands ; ce sont là évidemment des choses qui appartiennent en propre à la plupart des peuples orientaux , tout comme des instruments, des ustensiles, certains usages etc. Signalons, par exemple, le parasol ou le pajong, marque de haute dignité, l'usage de porter des insignes et des attributs de ce genre après les grands , ou de les placer à côté d'eux , le labourage avec des carbaus, la charrue elle-même sous sa forme la plus simple, la musique et la danse, peut-être d'autres détails et d'autres particularités encore. Mais ces points de rapport ne sont presque rien à côté du grand nombre de choses remarquables dans lesquelles il existe une très grande différence entre le passé et le présent.
Nous avons déjà fait observer plus haut que la forme de la figure, oui toute la structure du corps nous révèlent une tout autre race que celle qui habite actuellement l'île de Java. On n'y trouve pas les lèvres épaisses , la bouche large , le nez écrasé , les ailes du nez larges , les grands yeux , les pommettes éminentes et anguleuses du Javanais. Nous y retrouvons un accord beaucoup plus grand avec les traits nobles et réguliers de la race indo-caucasienne, la forme grecque souvent très pure du front et du nez, la taille svelte et élancée; nous avons devant nous les habitants du continent de l'Inde, les fils et les filles
du Gange, nous n'y trouvons pas oeux des peuples actuels de l'archipel indien.
11 est vrai que le sarong, vêtement très répandu maintenant, se retrouve sur Bôrô-Boudour ; mais on l'y porte tout différeoh ment. Actuellement le sarong retombe entièrement le long des deux jambes jusqu'aux chevilles, tandis que sur Bôrô-Boudour une des jambes reste découverte jusqu'au-dessus du genou; on le serre davantage autour du corps, et les plis sont plus larges par devant. Les longs pantalons que portent les Javanais dans des cérémonies et dans le service militaire, sont moins larges et ont une autre forme. Les Javanais actuels, les hommes aussi bien que les femmes, couvrent le dessus du corps, ce que nous ne voyons pas sur les images de Bôrô-Boudour ; par contre, le Javanais ne porte pas la longue ceinture, qui retombe en de larges draperies sur les cuisses jusqu'aux genoux. D ne porte pas davantage les bonnets , les couronnes et les coiffures de tout genre, si répandus sur B6r6-Boudour. On remplace ces objets de toilette par le mouchoir, que tous les Javanais, jeunes et vieux , riches et pauvres, portent lié autour de la tète; dans les fêtes, dans les cérémonies et dans les réceptions du prince ou du Régent , une calotte serrée, qui se rétrécit vers le sommet et qui a la forme d'un cône tronqué, est de mise.
Les ornements, les parures, les colliers, les chaînettes, les pendants d'oreille, les anneaux des chevilles, les bracelets ont passé de mode dans la vie ordinaire; on n'en porte guère que dans des circonstances solennelles: citons les jeunes mariées et les danseuses. Un Javanais ne pourrait porter des anneaux ou d'autres ornements dans l'oreille sans devenir la risée de ses compatriotes.
Les armes qui sont le plus en usage actuellement, en dehors de celles que les Européens y ont introduites, sont l'arc et les flèches, le sabre de formes et de dimensions très différentes, la lance et le poignard appelé kris. On sait que le kris est aujourd'hui l'arme par excellence du Javanais; mais c'est en vain qu'on voudrait le chercher sur les tableaux de Bôrô-Boudour , ce qui n'est pas étonnant d'ailleurs , s'il est vrai , comme on prétend ,
que le kris n'a été introduit qu'au treizième siècle, sous Pandji Inokertopati '). On n'y trouve pas non plus la lance , car il est douteux qu'il faille trouver cette arme sur le tableau de la PI. XLYUL 66, la seule fois qu'il pourrait en être question. Les sabres sont en général plus petits que ceux de Bôrô-Boudour , bien qu'il y ait par-ci. par-là quelque ressemblance dans la forme. Il y a surtout une grande différence dans la manière dont on les porte.
Les personnages de Bôrô-Boudour portent ordinairement le sabre eagaîné sous le bras , la poignée en avant ; un Javanais , au contraire, porte toujours le kris par derrière sur le côté gauche , dans la ceinture ; s'écarter de cette règle serait un manque d'éducation , et même un délit. La sarbacane n'est aujourd'hui l'arme que des peuplades moins civilisées d'autres îles de l'archipel indien; les Javanais ne s'en servent plus que pour s'amuser, et quelquefois à la chasse.
E^ général on ne trouve plus les mêmes insignes, pas même dans les processions et dans les grandes cérémonies. On pourrait trouver peut-être quelques points de ressemblance entre le pajong actuel et celui de Bôrô-Boudour, sauf que jamais le pajong n'est plus orné de la queue de cheval ou du chasse-mouches; ensuite les pavillons étroits, connus sous le nom d'oumbal-oumbal , dont on se sert dans les grandes cérémonies des princes indigènes , et un autre drapeau du même genre, appelé obar-obar. Le sceptre, avec la roue ou le disque de guerre, se retrouve encore dans le jeu du Wajang; il y porte le nom de sendjato tchakra. Nous croyons avoir reconnu, il y a quelques années, dans la collection de feu le baron van der Gappellen , parmi les insignes qu'on porte dans les grandes cérémonies après les princes et les grands , la lance à trois dents ou le trisoula; on se sert d'ailleurs assez généralement de cet instrument pour la pêche. Le Musée d'Antiquités à Leide possède entre autres un trisoula presque intact, c'est-à-dire la partie de dessus, en bronze, non pas le manche; on y trouve également quelques pièces de dessus de sceptres ou
1) Hageman, Handleiâing tôt de Geschiedenis van •Tava (Manuel de Phistoire de JcBoa) I, 47.
de bâtons qui offrent quelque analogie avec ceux de Bôr6-Boudour ; par exemple un sceptre assez court , qu'on peut comparer à celui de la PL LXXVIl, 124.
Jamais la feuille de pisang, ou du moins l'objet qui y res^ semble, ne i)Ourrait servir aujourd'hui d'insigne. A Bôrô-Boudour on la trouve parmi les insignes les plus en usage. Le Javanais de la classe inférieure s'en sert encore faute de mieux, pour se garantir des chaleurs du soleil; un homme de condition paraîtrait ridicule, s'il faisait porter aux hommes de sa suite une feuille de pisang.
Il existe une grande différence dans la construction des temples, des palais , des maisons , entre la méthode de Bôrô-Boudour et celle du Java actuel. Il n'y a pas la moindre ressemblance entre les temples que nous montrent les bas-reliefs de Bôrô-Boudour et les mesigits, c'est-à-dire les sanctuaires où le peuple javanais fait aujourd'hui ses dévotions; il n'y en a pas davantage entre les palais d'alors et ceux des sultans, des régents ou des grands du pays. C'est seulement dans les vérandas, ou pendopos, que nous retrouvons certaines parties des anciens édiflces; et encore, la forme en est-elle beaucoup modifiée et bien plus simple que celle des pendopos de nos bas-reliefs. Une ou deux fois ces basreliefs nous montrent des maisons ou des granges qui rappellent les édifices ^malogues qu'on trouve à Java ou sur les côtes et les bords des fleuves à Sumatra, à Bornéo et dans d'autres tles de Tarchipel indien; cette observation s'applique surtout à la maison de la PI. CI. 172. Il se présente cependant ici quelques questions, auxquelles il sera toujours impossible de trouver une réponse satisfaisante; peut-on admettre que l'artiste ait réellement eu en vue les maisons javanaises de ces temps-là? ou bien les artistes avaient-ils appris à les connaître ailleurs? et ont-ils dû les reproduire dans leurs tableaux pour représenter des actions ou des événements qui s'étaient passés chez des peuplades lointaines plus ou moins sauvages?
Nous avons déjà cité parmi les meubles le bâli-bali ou canapé, qu'on peut comparer au canapé analogue des ménages indiens d'autrefois; il y a cependant entre ces deux meubles une grande différence,
tant de forme que de décoration. Ce qui se rapproche un peu plus de certains meubles analogues de Bôrô-Boudour , ce sont les lits de parade, les padjangans, de quelques personnages de condition, ornés quelquefois encore de sculptures gracieuses. Il faut observer toutefois qu'on ne trouve sur les tableaux de Bôrô-Boudour ni les rideaux indispensables d'aujourd'hui, ni les beaux coussins entassés, qui ne sauraient manquer aujourd'hui à un lit de parade.
Il n'est pas étonnant qu'on se serve aujourd'hui encore , comme autrefois, de coffrets et de boîtes pour y serrer les ustensiles de ménage, les ornements et d'autres objets de valeur; l'analogie dans la forme n'a pas non plus rien de surprenant. Notons cependant un point de différence: c'est que les coffres actuels sont placés sur des rouleaux, ce qui permet de les éloigner sans retard en cas d'incendie. Les habitations du temps de Bôrô- Boudour n'étaient pas exposées au même danger et ne réclamaient pas ainsi des précautions de ce genre; du moins, c'est en vain qu'on les y cherche.
Nous retrouvons sur les bas-reliefs de Bôrô-Boudour la vaisselle ordinaire des Javanais actuels de la classe inférieure; mais il est clair qu'ailleurs aussi nous retrouverions facilement ces objets; ce sont des choses dont on se sert dans presque tous les pays et chez tous les peuples. Les grands et les princes déploient beaucoup de luxe et de richesse dans cette partie de leur ménage; on sent qu'ils veulent briller par là. Mais c'est un genre dans lequel ils imitent plutôt les modèles européens; ce n'est que par hasard qu'il existe quelque analogie entre des objets de ce genre et l'ancien mobilier des tableaux de Bôrô- Boudour. On a aujourd'hui encore des vases à fleurs qui consistent en de grandes conques placées sur des trépieds, comme nous en voyons sur les bas-reliefs de Bôrô-Boudour; on s'en sert surtout dans les familles européennes, peut-être aussi chez les indigènes un peu plus aisés.
La cognée qu'on trouve PI. LXVL 102, diffère entièrement de celle qui est aujourd'hui en usage, et qu'on appelle petel; nous avons déjà noté une différence semblable entre le couperet d'alors et celui d'aujourd'hui.
U faut constater une grande différence dans les instruments de musique. Prenons d'abord ceux qui forment ensemble Torchestre du gamelang; deux fois seulement nous rencontrons le gambang, peut-être aussi le ghender et une sorte de gong; une seule fois nous voyons cet objet placé sur un piédestal ou une caisse, l'autre fois il a été suspendu à un poteau. U y a une très grande différence dans les cymbales. Les instruments de percussion en forme de gobelets de coupes etc. , existaient alors, comme aujourd'hui, sauf qu'il y avait autrefois une plus grande variété de formes. Brumund croyait avoir vu des cymbales en forme de gobelets dans l'orchestre-gamelang du Sousouhounan. L'espèce de violon , appelé rebab, n'était pas connu; on avait un instrument qui y ressemblait un peu, sauf qu'on pinçait les cordes avec les doigts. Les flûtes traversières d'aujourd'hui sont plus petites que celles de Bôrô-Boudour. La conque n'est plus aujourd'hui un instrument de musique , pas plus que les tubes en forme de trompettes. Les tambours actuels se rétrécissent davantage en dessous; le côté large est seul couvert d'une peau, et c'est là seulement qu'on les bat; les tambours de Bdrô-Boudour , comme nous l'avons vu, ont, à peu d'exceptions près une forme tout à fait différente , et on les bat autrement. Ils sont bien mieux faits que ceux d'aujourd'hui.
Les Javanais de condition ne sauraient se passer aujourd'hui de voitures; mais ils n'ont adopté cet usage que par suite du contact des Européens. Pour autant que nous possédons des renseignements sur le commencement de ces rapports, les Européens n'ont pas trouvé à Java des voitures en usage chez les personnes de condition; celles-ci se servaient d'éléphants et de chevaux. Lorsque plus tard l'usage des voitures a été introduit, on a suivi les modèles européens. Brumund trouva dans le kraton de Souracarta les restes d'une ancienne voiture, dans laquelle le prince faisait sa tournée à travers le pays; mais la forme de cette voiture différait entièrement de ce que nous montrent les bas-reliefs de Bôrô-Boudour: les roues étaient sans ornements et très élevées; les roues de Bôrô-Boudour au contraire sont très basses; d'ailleurs, les voilures de Bôrô-Boudour ne reposent nulle-
part sur des ressorts ou des courroies, mais immédiatement sur l'axe , comme c'est encore le cas des chariots , les pedatties , des gens du pays.
Les trônes portatifs, les litières, ont entièrement disparu; on n'en a pas même gardé le souvenir. Il y a quelque temps, on trouvait encore dans le kraton de Souracarta des litières de cérémonie; peut-être les y trouve-t-on encore; mais ces litières n'y sont conservées qu'à titre d'antiquités et de restes des anciens rois; d'ailleurs, la forme diffère entièrement de ce que nous voyons sur les bas-reliefs.
Les chevaux des Javanais actuels portent des harnachements tout à fait différents de ce que nous montrent les bas-reliefs de Bdrô-Boudour ; on aime surtout à les surcharger de décorations. Des mors, des étriers, des selles d'une forme particulière sont généralement d'usage; quelquefois les cavaliers sont assis de travers sur les chevaux, mais jamais à la manière orientale, la jambe relevée sous le corps ou devant le corps.
Les éléphants ont prcfsque entièrement disparu ; le Sousouhounan de Souracarta et le Sultan de Djocjocarta possèdent seuls chacun un éléphant, qui a quelquefois sa place dans les grandes processions, du moins dans la dernière de ces deux villes. Lorsque les Néerlandais se sont établis à Java, quelques Régents des côtes se servaient encore d'éléphants. Mais depuis longtemps l'usage s'en est perdu.
Les navires des bas-reliefs ne se retrouvent , comme nous avons déjà eu l'occasion de le dire, que dans les colonies éloignées de l'archipel; là les canots, appelés prahaus, se distinguent surtout par des balanciers, et offrent en outre des points de rapport dans la construction des mâts, dans la forme des voiles etc. Les Javanais actuels ont des navires d'un tout autre genre, imités d'après les bateaux européens. Il est incontestable cependant qu'autrefois leurs navires avaient la forme usitée dans ces pays, ce qui les faisait ressembler à ceux de Bôrô-Boudour.
Il est clair qu'il ne peut-être resté rien du tout du culte antique , puisque le Javanais est , ou croit être au moins , le disciple de Mohammet. Cependant, tous les vestiges de l'ancien
culte n'ont pas disparu. Les habitants apportent encore, mais en secret, des offrandes de fruits et de fleurs aux statues qu'ils trouvent dans les champs ou parmi les débris des temples, donc aussi dans les ruines de Bôrô-Boudour ; ou bien ils couvrent les statues d'une poudre jaune, appelée boré-boré, croyant obtenir par ces hommages la protection ou l'intervention favorable des anciennes divinités.
Nous avons trouvé partout sur les bas-reliefs des marques de respect et d'obéissance de subalternes vis-à-vis de leurs supérieurs; cette soumission caractérise les moeurs de l'Orient, et les Javanais de nos jours ne l'ont pas reniée. Mais il y a une grande différence dans la manière de témoigner cette soumission. Le Javanais subalterne, en parlant à ses supérieurs, aura soio d'accompagner ses paroles de gestes, qui consistent à agiter la main serrée en forme de poing en relevant le pouce; celui qui négligerait ce détail risquerait d'être renvoyé comme un homme mal élevé; en offrant quelque chose à son maître, il aura soin d'appuyer le coude du bras droit sur la main gauche. En s'asseyant en présence de ses supérieurs , il étendra les jambes croisées devant le corps. Voilà des convenances qui ne liaient pas le peuple de Bôrô-Boudour; c'est purement par hasard que nous voyons quelquefois les personnages secondaires assis dans cette attitude devant le principal personnage.
Nous avons déjà signalé la différence qu'il y a dans les manières de s'asseoir. Les princes indiens du continent et des fies ont conservé peut-être encore l'ancienne habitude, dans l'iie de Java elle-même tout le monde l'a abandonnée. Le Sousouhounan et le Sultan s'asseyent sur un dampir, un tabouret large et élevé, qui repose sur quatre pieds et que couvrent des coussins; en se présentant devant eux et devant d'autres personnages de condition, on s'assied, comme en Europe, sur une chaise, sur un banc ou un canapé. Il est possible que nous n'ayons là qu'une imitation des usages des Européens, et qu'avant l'arrivée de ceux-ci les Javanais aient été plus fidèles aux anciens usages, notamment à celui de la ceinture; mais il n'y a rien qui le
prouve, et ce qui est bien sûr, c'est qu'il n'est plus rien resté de cette ancienne coutume.
La condition de la femme a tout à fait changé. Les tableaux de Bôrô-Boudour nous la montrent prenant part à la vie publique, assise librement en présence des grands personnages, accompagnée ou non de son époux, oui assise sur le trône à côté du prince. Aujourd'hui la femme est beaucoup plus reléguée hors de la société, elle est exclue du cortège des grands; les princes de Souracarta et de Djocjocarta font seuls exception.
La danse est aujourd'hui encore un des grands amusements , plutôt cependant pour les spectateurs que pour les danseurs et les danseuses; il ne paraît pas en avoir été autrement dans la période de Bôrô-Boudour. Il y a cependant un point de différence; c'est que dans ces temps-là la danse était souvent, peut-être même en premier lieu , un exercice de dévotion , aujourd'hui elle est plutôt une représentation , un divertissement pour le public, dans le genre des représentations théâtrales , bref un art mondain , qu'on cultive d'ordinaire dans des sociétés bien organisées , et pour lequel on élève un personnel d'exécutants. Ces troupes de danseurs ont d'ordinaire un nombre fixe de musiciens, et même un orchestre composé d'un nombre fixe d'instruments. De telles troupes de danseurs et de musiciens sont indispensables à la cour de princes et de régents; il est évident qu'un bon personnel de danseurs entraîne des frais considérables, que c'est là un objet de luxe que de rares personnes peuvent se permettre, mais qui, plus que tout autre chose doit faire ressortir la grandeur et la gloire de celui qui le possède. Les pas et les mouvements de la danse actuelle ou du tandak diffèrent beaucoup de ce que nous voyons sur les bas-reliefs. Il n'y existe pas du tout la même vivacité; souvent la danse consiste simplement en des contorsions forcées des membres du corps, surtout du buste. On se rappelle la PI. CCI. B. 137, où nous avons 'vu deux danseurs sur les neuf se tenir debout sur la pointe du pied, les pieds croisés, comme s'ils avaient imité les pas de nos ballets. Le démang de Bôrô-Boudour disait à Brumund: //cet homme lève le pied comme s'il va sauter, on n'exécute plus ainsi le tandak".
Le peuple de Bdrô-Boudour paratt ne pas avoir connu le siri, indispensable pour le Javanais d'aujourd'hui, ainsi que pour les habitants des autres îles de Tarchipel; nullepart nous ne trouvons les ustensiles nécessaires; nullepart nous ne voyons qui que ce soit assis près de sa boite de siri , ou des serviteurs portant cet objet après leurs princes; aujourd'hui la boite de siri est un des principaux objets de luxe.
Rien non plus sur les bas-reliefs de Bôrô-Boudour qui rappelle les représentations du wajang et du topeng si recherchées des Javanais; pourtant ces jeux datent certes de plus loin que les siècles derniers , ils remontent probablement jusqu'avant l'établissement de l'Islâni. Oui, nous pouvons admettre sans scrupule, que ces jeux étaient déjà connus et recherchés à Java dans la période hindoue. Ceux qui y ont apporté la doctrine de Mohammet n'auraient certes pas introduit la fabrication d'images d'hommes dans un tel but; tout ce qu'ils ont pu faire, c'est de ne pas s'opposer au maintien de cet usage. Le jeu avait tellement passé dans les moeurs du peuple qu'on ne pouvait appliquer ici les préceptes sévères de la doctrine du prophète, et qu'on a dû se prêter à un compromis; seulement, on a donné aux figures du wajang une forme qui ne se retrouve pas parmi les êtres vivants, qui rappelle les personnages dont la tête se termine en bec d'oiseau, et que nous avons appris à connaître plus haut comme des Garoudas; voyez PI. GLXXV. A*. 166 et ailleurs. Ce qui confirme la supposition que ce jeu remonte aux siècles antérieurs, c'est que les sujets en ont été empruntés aux mythes indiens, et que les Pourwowajangs , auxquels ces sujets se rapportent exclusivement , sont très estimés, surtout parmi les Javanais ').
Voilà notre étude comparée des moeurs et des usages de Bôrô- Boudour; d'autres, qui connaissent mieux que nous par expérience la population actuelle de Java, pouront facilement la compléter. Nous croyons en avoir dit assez pour nous demander maintenant si Ton a le droit de retrouver sur les tableaux de Bôrô-Boudour ,
I) Voyes sur les représeotations javanaises du wajanfç et dn topeng une étade dans la re^ue: Tij<Uchri/t voor NederL Jndit VUI. Année Vol. II 4e Lîrr. I84«.
du moins dans quelques séries de bas-reliefs, la vie, les moeurs et les coutumes de la population de Java qui a vécu à Tépoque de la fondation, ou du moins dans l'âge d'or de Bôrô-Boudour. Eh bien, nous n'osons répondre affirmativement. Ce qui est bien clair d'abord, c'est que les images du Bouddha et les tableaux qui nous représentent l'histoire de Çâkya, nous mènent loin de l'île de Java. Tout ce qui se rapporte à ces sujets-là doit avoir été emprunté au continent de l'Inde. Il est possible, et même assez probable, qu'une partie des bas-reliefs, peut-être des séries entières, comme par exemple celles qui couvrent la paroi antérieure de la deuxième galerie, PU. CXXXVI — CCXXX, se rapportent à des événements de pure fiction , ou du moins légendaires , tirés de l'histoire du Bouddhisme et de ses destinées dans l'archipel indien. S'il était possible de préciser plus ou moins le sens des différents détails de ces tableaux, nous pourrions en tirer peut-être quelques renseignements sur la situation de ces pays et de ces peuples; mais il sera toujours excessivement difficile, pour ne pas dire impossible, de dire ce qui dans ces tableaux s'applique exclusivement ou en partie à l'île de Java.
Voici comment nous nous représentons la marche des choses. Des colonies, venues du continent, se sont établies à Java et y ont apporté naturellement leur civilisation , leurs moeurs et leurs coutumes. Le nombre de ces colons augmentait toujours, et avec leur nombre, leur pouvoir, leur prestige, leur suprématie. Ils fondaient des empires et donnaient de préférence les hautes fonctions et les bonnes places à leurs compatriotes; en un mot, leurs rapports avec la population indigène ressemblaient assez aux rapports où les Européens se trouvent actuellement avec le reste des habitants. Il y a cependant un point de différence. C'est qu'aujourd'hui le Javanais, élevé dans la religion de Mohammet, est entièrement libre de rester fidèle à cette foi, et n'a pas le moindre motif d'adopter la religion et la civilisation de ses maîtres européens; autrefois, au contraire, il doit s*être associé sans peine, en apparence ou en réalité, au culte du grand Bouddha; comme le Javanais n'est pas très susceptible en matière de religion et de culte, il doit avoir pris ce parti sans de
grandes difficultés. Les colons construisaient leurs temples, leurs palais I leurs habitations , comme leurs frères et leurs pères le taisaient sur le continent. On continuait à vivre dans la nouvelle patrie comme on avait vécu ailleurs. On maintenait la religion, le gouvernement, les institutions, et ne les modifiait que très légèrement. Lorsqu'il se présentait de très grands changements dans la mère-patrie, ce qui arriva, par exemple, lorsque le Bouddhisme s'éleva comme une puissance à côté et bientôt audessus du Brahmanisme, les colonies de Java ne tardaient pas à en éprouver Tinfluence. La population originale, l'homme du peuple, comme on dit, devait rester en dehors de ce mouvement; on ne lui aura demandé autre chose que de remplir ces engagements, de faire ses travaux; pour le reste, on lui aura permis de suivre son genre de vie , de s'en tenir à ses traditions et à ses coutumes. Mais le moment arriva où le pouvoir et l'influence de l'Hindouisme commencèrent à être ébranlés, où les guerres et les dissensions intestines corrompirent toujours plus les descendants de la race des anciens maîtres; les puissants empires subirent des transformations considérables et les rapports qui avaient existé entre les colonies et la mère-patrie se rompirent. Eh bien, depuis cette époque il ne resta que très peu de chose de cette civilisation , autrefois si belle et si florissante , et les quelques détails qu'on avait empruntés aux étrangers se perdirent de nouveau entièrement. Bientôt la population indigène de Java était rentrée dans un état qui ne différait pas beaucoup de celui où l'avaient trouvée les premiers négociants et les pre^ miers voyageurs. L'Islamisme n'a pas beaucoup changé à cet état de choses; le commerce des fils de l'Occident n'a pas beaucoup modifié la vie du Javanais, le présent ressemble assez au passé. L'avenir nous réserve-t-il quelque chose de meilleur? Nous croyons pouvoir l'affirmer. Mais à une condition , c'est qu'on n'impose plus à cette population , soumise et opprimée à bien des égards, les chaînes qui ont entravé jusqu'ici son développement. Une nouvelle période s'est ouverte pour ce peuple depuis qu'un gouvernement éclairé et libéral lui applique sa nouvelle méthode; ce nouveau régime doit permettre au Javanais de prendre
sa part des fruits précieux de renseignement et de la civilisation. Espérons que cet avenir sera bientôt assez riche pour fournir à notre postérité les matériaux de rapports favorables sur la situation du peuple javanais. Déjà le soleil se lève sur cette île intéressante , et nous saluons dans cette . aurore les présages d'un beau jour. Puissent les rayons bienfaisants de cet astre brillant se répandre dans tous les sens et verser leurs flots de lumière sur toutes les îles des colonies néerlandaises dans le beau pays des Indes Orientales.