Édit. de 1721, t. I, p
.3. Prélace de l'édition de 1690. — Prélace de l'édition de 1721 : •< On a cru que dans un temps où la conscience des peuples se réveille, où l'on a besoin de la lumière pour dissiper des sopiiismes qui éblouissent et des préjugés qui séduisent, il était nécessaire de redonner à cet ouviage sa première forme (de réfutation de l'Histoire des Variations)^ qui est portative, afin de contribuer à raffermissement de la foi des uns et au rétablissement de ceux qui se sont laissé ébranler. »
4. Parfois, car Burnet (Opusc. cité, p. 20-21) et Secke.xdorf [Commentarius, 1694, III, XXI, Lxxi.x, add. iv, p. 292-29^) copient les dédains de Jurieu et de Basnage. «J'eusse bien voulu, >> écrit Leibniz à Isaac de Beausobre (8 oct. 1697), « que M. de Seckendorf eût parlé de M. de Meaux d'uue manière moins désobligeante. Et si je l'avais prévu, j'y aurais peut-être remédié.» (Bibl. roy. de H.i.NOVRE, Corresp. mamiscrite de Leibniz avec Beausobre).
cères. Le luthérien Pfafif, par exemple, ne fait pas de difficulté pour rendre justice à l'érudition, comme à l'éloquence, du docteur catholique qu'il combat, et il admire de bonne foi ce puissant lutteur dont la vigueur active, avoue-t-il, aurait sauvé TEglise romaine, « si elle pouvait être sauvée'.)) Et quant à ['Histoire des Variations, c'est à elle que le docteur de Tubingue accorde « la palme » parmi tous les écrits que Bossuet a dirigés contre les protestants. « La thèse fondamentale de cet ouvrage, spécieuse en soi, s'y trouve soutenue par tant d'érudition, tant de raisonnement, tant dart, qu'il a bien fallu, dans le camp de la Réforme, courir aux armes et repousser, à toutes forces, cette attaque redoutable. »
Voilà la note vraie. Cette déclaration du docteur luthérien nous représente ingénument le sentiment général. Quand l'ouvrage de Bossuet parut, — malgré les grands bouleversements politiques dont l'approche inquiétait partout les esprits-, malgré l'explosion de la guerre dans l'année même, — il trouva partout, auprès des savants', l'accueil attentif que le renom de l'auteur, son autorité
1. Opusc. cité, in Antecessione , p. 3-4 : « Et profecto tanti ingenii, tantae eruditionis, tantae eloqucntlae vir hic existil, ut non sine ratione de ipso jam alibi pronunciaverimus, cerlum esse quod romana
si Pergama dextra Defendi passent, sane hac defensa fuissent.
Inter eos vero libres qi/os contra Protestantes edidit... pahnam caeteris praeripit Historia Variationuni Ecclesiaruni Protestantium... lis... artibus, eo eruditionis adparatu, eo dictionis gallicae flore omnia hic elata e.r.stant, ut lectorum, qui reformationis historiam Ecclesiarumque Protestantium. origines haud satis solide noverunt judicioque acri haud pollent, animi facile capiantur et in transversum rapiantur. Qua re utique Theologis protestantibus nécessitas fuit imposita ut opus, quo rébus suis periculum adferri haud difficulter agnoscere pot'^rant, strictis calamis atque magna opéra refellerent.n Cf. plus haut, p. 311-312. Pfaff se proposait, jugeant que, malgré la réfutation de Basnage, toutes les accusations de Bossuet n'avaient pas été suffisamment repoussées, de publier lui-même une série de dissertationes anti-Bossuetianae comme il avait publié déjà des « dissertations anli-Bayliennes. » Il le fera, dit-il, quand il aura le temps et tous les livres nécessaires. (P. 1, 2 et 22).
2. Voir en particulier les Lettres sur les matières du temps, 1688, p. 6 sqq., p. 18, 52, 61, 64, 66, etc.
3. Notons, pour mémoire seulement, les suffrages des lecteurs catholiques : — M™" DE Sévig.\é, lettres du 25 mai, du l»' et du 26 juin, et du 23 novembre 1689;
présLunée dans l'État, son autorité réelle dans l'Église, son caractère enfin et sa modération lui assuraient'. Et ce succès de YHistoire des Variations ne fut pas seulement un succès d'estime littéraire : ce fut vraiment, dans le Protestantisme , un succès d'émoi religieux. Quand Jurieu et Basnage avouent, en se moquant, que les protestants s'efïrayèrent à l'apparition de ce livre ^ ils disent vrai. On eut peur, dans la Réforme, de la thèse de Bossuet, car le principe sur lequel elle reposait, était, — nous l'avons vu, — admis dans la Réforme. On eut peur de la façon dont l'auteur l'avait soutenue, contre l'attente de ceux qui pensaient le connaître tout entier ; car ce n'était pas ici du pur raisonnement à l'adresse des dialecticiens de cabinet. C'étaient des faits, sensibles, significatifs, solidement établis, habilement présentés et
Arnauld, lettres cccxcxix, cccclxxx, cccclxxxi, dx (1688-1690); l'abbé de Rangé, lettre du 4 juillet et du 22 novpmbre 1688 à l'abbé Nicaise, daas la Correspondance de ce dernier, Bibl. Nat., Mss. fr., t. IV et V; lettres de Mabillon et de d. Michel Germain, dans la Corresp. des Bénédictins, p. p. Valéry, t. II, p. 159 et 248: La Monnoye, dans les Œuvres choisies, t. H, p. 359, etc. Pour l'opinion de Rome, voy. les lettres de Bossuet à son neveu du 6 août 1696 et du 7 oct. 1698. — Cf. plus haut, p. 318, n. 2. — Cf. Ellies du Pln, Biôl. des Aut. eccl. du XVII» siècle, t. IV, p. 31; le P. B. Lami, Entretiens sur les sciences, vii^ entretien, etc.
1. Cf. Journal des Savants (1704), p. 568 : « Quand ['Histoire des Variations parut, etc. » Bayle, Janua Coelorum reserata (1692), part. II, n" xlviii : « Nemo est adeo hospes in re litteraria qui non inaudierit de Historia Variationum ab episcopo Meldensi vulgata. » « Maximum in orbe strepitum dédit Expositio... Sed majorem adhuc strppitum excitavit ejusdem. Bossuetii Historia de Variationibus. » J. Fr. Buddaeus, Isagoge historico-lheologica, Lpz., 1727, p. 1258-1261. — Biographia Britannica, art. Allix (1747), t. I, p. 125 : « {VHistoire des Variations) a book that did then and hassincedone more hiirt to the Protestants than any thing else that has been published on that side. » — Sur les éditions et les traductions de VHistoire des Variations, voir la note à la fin du présent chapitre, et les Mëm. de Trévoux, janv. 1771, p. 137. — Sur la propagation de l'ouvrage parles catholiques, cf. Bayle, qui parle du « soin qu'on prend de la distribuer partout en petits livrets proprement reliés...» et Basnage, Piéf. de l'édit. de 1721 de VHist. de la Bel. des Églises réformées : «M. de Meaux, pendant sa vie, et ses amis, après sa mort, n'ont rien épargné pour faire passer VHistoire des Variations dans tous les lieux où il y a des Réformés. » Voy. sur l'usage qu'en faisait le P. de La Rue en Languedoc, Journal' de Le Dieu, 23 oct. 1701; cf. lettre de M. de Col- BERT, archevêque de Rouen, aux curés de son diocèse, 1699 (d'après une note inédite de M. Flo^uet.) — Sur le débit des livres français en Hollande, voy. Bayle, Nouo. lettres sur l'Hist. du calvinisme, I. Il, n» xx. 2. Bas.\.\ge, Préf. deFédition de 1690 de l'if es/, delarelig. des Êgl. réformées.
qui avaient bien plus de chance de frapper l'esprit des profanes que les doctes subtilités des Nicole et des Pellisson' — Et cette émotion fut à se dissiper assez longue : la date des derniers écrits que nous trouvions dirigés contre Y Histoire des Variations en est une preuve. Qu'en 1725, des hommes sérieux, très informés des tendances de leur temps, comme Basnag-e et Beausobre, aient lieu d'y revenir et de s'en occuper encore; — qu'en 1720 un docteur luthérien ne pense pas qu'il soit trop tard pour la réfuter, — cela mérite considération, quand on songe combien peu se prolonge d'ordinaire, dans le monde de la pensée, l'écho du succès le plus retentissant au début, et combien superficielle est, en somme, l'impression, sur l'esprit humain, du livre le plus efficace. Bayle aurait pu dire de V Histoire des Variations ce qu'il disait de la Conférence avec Claude : que ce livre « se soutiendrait lors même que les circonstances qui l'ont fait naître auront été mises en oubli'. » De la foule de ces traités de controverse, vieillis le lendemain de leur naissance et morts le jour d'après, V Histoire des Variations était d'abord sortie, pour passer au rang de ces quelques ouvrages de durée, d'où la vie est longue à se retirer, et dont peutêtre l'empreinte ne s'efface jamais entièrement, même sous l'afflux indéfini des idées nouvelles'.
1. « Moins redoutable par les variations qu'il reproche aux protestants que par le portrait hideux qu'il fait delà Réforraation, etc.» Hisr. des ouvr. des Sava.nts. 1688, p. 74. « Quand le monde serait désabusé sur ces prétendues variations, il résulte pourtant toujours de l'ouvrage de M. de Meaux une fâcheuse impression de la conduite des Réformateurs qui rejaillit en quelque sorte sur la doctrine qu'ils ont soutenue... Il y a dans VHistoire des Variations an s\ grand mélange d'accusations et de faits, etc. » Ibid. 1690, art. IX. « Si cette méthode (qui consiste à étaler les variations des prnteslanis) n'était point nouvelle, du moins il la mettait dans tout son jour; il lui donnait une vaste étendue et une force surnaturelle par la subtilité de ses raisonnements. » Ibid., sept. 1702, art. XIII. — Cf. plus haut, les paroles de Pfaff.
2. Bayle, Nouv. lettr. critiq. sur l'Hist. du calvinisme, 1. III {Œuvr. die, t. Il, p. 181.
3. Voici le relevé des éditions ou réimpressions et des Traductions de Vllistoire des Variations, de 1688 à 1850 :
1688. Première édition. Pànl", chez la veuve de Sébastien Mubre-Cramoisij, 2 vol. in-4. (BiBL. Nat., Inv. D, 6010 sqq.) 1688, Réimpression de Hollande. A la Sphère, 2 vol. pet. iu-S. (Bkï.net.)
16S9. Première édition iû-12. Paris, chez la veuve de Sébastien Mabre-Cramoisj/. 4 vol. in-12. (Bibl. nat., D, 26650.)
1691. Réimpression. Paris, Desprez, 4 vol. in-12. (Bibl. nat., D, 22289.)
1702. Nouvelle éditiou. Paris, F« Mabre-Cramoisij . 2 vol. in-i2. (Bibl. de Mo.NTPELLiER. CataloQue de la Théologie, n» 3275.)
1710. Réimpression. Lièf/e, Hoi/oux, 2 vol. in-12. (Bibl. nat., D, 26651.)
1717. Réimpression. Paris, Desprez et Desessarts, 2 vol. ia-12. (Ibid., D, 26652.)
17.^0. Réimpression. Ibid., Desprez et Desessarts, 2 vol. in-12. (Ibid., D, 22290 et 26653.)
1734. Réimpression. Ibid., chez les mêmes, 4 vol. iQ-12, avec les Six Avertissements qui contiennent 2 volumes, de même que dans les trois numéros suivants. (Bibl. de Nantes, n» 37191.)
1740. Réimpression. Ibid.. chez les mêm''s, 4 vol. in-12. (Bibl. de Montpellier, Catalogue de la Théologie, n» 3277.)
1747. Réimpression. Paris, Desprez et Cavelier,i vol. in-12. (Bibl. .nat., D, 22201.)
1752. Réimpression. Ibid., Desprez et Desessarts, [4] vol. in-12. (Bibl. dc Havre, Catalogue, o° 11654 bis.)
1760. Réimpression. Ibid., Desprez et Desessarts, 4 vol. in-12. (Bibl. de Nantes, n» 37193.)
1770. Nouvelle édition, accompagnée de notes par les abbés Le Queux et Le Bov. Paris, Cellot. avec la Défense, les Six avertissements, etc., 5 vol. in-12. (Bibl. nat., D, 22292.) Voir sur cette édition, la préface, p. civ, et le Prospectus publié en 1762 par l'abbé Le Queux (Bibl. nat., Mss. fr. 12844). Cette édition est en réalité la premipre qui mérite au dix-huitième le nom de « nouvelle édition. » Les précédentes ne sont que des réimpressions serviles et souvent fautives des éditions de la fin du dix-septième siècle.
1772. Réimpression. Ibid., chez les mêmes. 5 vol. in-12. (Bibl. de Bordeaux, Catalogue, n» 5937.)
1817. Nouvelle édition, avec les Avertissements, etc. Versailles, Lebel, et Paris, Bossange, 4 vol. gr. in-8 (Quérard.)
1821. Nouvelle édition, Paris, Pichard, 3 vol. in-12. (Bibl. nat., D, 26654.)
1823. Nouvelle édition, avec la Défense el \a. Conférence avec Claude, Paris, Delestre-Boulage, 4 vol. in-8. (Quérard.)
1827. Nouvelle édition. Paris et Lnon, Périsse, 3 vol. in-12. (Bibl. nat., D, 26655.)
1844. Nouvelle édition, suivie de la Défense et de la Corrpspondance entre Bossuet et Leibniz, publiée par Lou.andre, Paris, Charpentier, 2 vol. in-12. (Bibl. nat., D, 26656.)
1845. Nouvelle édition. Paris, Mellier, 4 vol. in-12. (Bibl. de S.untes, Catalogue, n° 1244.
De plus l'Histoire des Variations fut comprise dans les éditions générales des Œuvres de Bossuet publiées en 1743-1753, à Paris, par Pérau et Le Roy ; en 1772 sqq., à Paris, par dom De Foris ; en 1821 sqq., à Versailles, par les abbés d'Hauterive et Caron; en 1825 sqq., à Paris, Lefèvre; etc.
Traductions. 1. Burignv écrivait en 1761 dans sa Vie de Bossuet (p. 226) : « L'abbé Boutard, de l'Académie des Belles-lettres, nous a appris dans un mémoire qu'il présenta au roi Louis XV en 1728 (Hist. de l'Acad. des B.-L., t. VII, p. 416) qu'il fut engHgé par M. Bossuet à entreprendre une version latine de son Histoire des Variations, et que ce savant évêquequi, avant de mourir, en avait vu la préface traduite avec les deux premiers livres, encouragea l'auteur à achever ce grand ouvrage dont il prévoyait l'utilité pour la religion catholique s'il était répandu en Angleterre, eu Allemagne et dans les pays du
Nord où la langue lalioe est familière. Cette traduction, selon toutes les apparences, n'a jamais été achevée; il est du moins constant qu'elle n'a jamais été imprimée. » La Bibl. hist. de la France, nouv. édit., t. IV, p. 288, ajoute ; « Elle fut achevée en 1710 et le pape Clément XI en avait agréé la dédicace. » Cf. VÈloge de l'ahbé Boutard par De Boze (1729).
L'abbé de Parthexay fit également une « élégante traduction » de l'ouvrage de Bossuet « pour le bien des protestants étrangers. » Œuvres de Bossuet, éd. de 1743 sqq., t. VIII, p. xls.
Je ne sais si ces traductions ont quelque chose de commun avec les suivantes :
Historia doctrinarumproleslantium in religionis materia, Tijrnavian, 1718. (Tra.n-sylvama, 1881, p. 112, d'après les notes bibliographiques de M. Emile Picot) ;
Historia doctrinae protesfantium in religionis materia, Herbipoli, 1719, 2 vol. in-16. (Catal. .xxii, n» 1437, de la librairie L. Rosexthal, à Munich.)
Enfin le P. Alexandre de S' Jean de la Croix, dans sa continuation latine de ÏHist. ecclésiastique de Claude Fleury (1781, t. LXVII, p. 241), parle d'une traduction latine de VHistoire des Variations imprimée en 175.3 à Vienne. (D"après une note inédite de M. Floouet.)
II. Istoria délie Variazioni délie Chiese protestanti, Padova, 1783, 4 vol. in-12. (Biographie universelle, éd. de 1812, art. Bossuet, p. 240.) On travaillait à une traduction italienne dès 1696 (lettre de Bossuet à son neveu du 6 août 1696).
III. The history of the Variations of the protestant churches, in two parts, translated from the sixth édition of the french original printed at Paris, 1728, Antwerp., 1742, 2 vol. in-8. (Bibl. .nat., D, 26657.)
La même, Dublin, 1829, 2 vol. in-8. (Lowxdes, Bibliographer's Manual.)
IV. Geschichte der Verunderungen der protestantischen Kirche...ausdem Frayizosischen von Franz Stelm.nger, Augsburg, 1769, gr. in-8. (Kaiser, Bûcher-Lexicon, I, (1834;, 321.)
Geschichte der Verunderungen der protestantischen Kirche ins Deutsche iibersetzt, von L. A. Mayer, Miinchen, 1823-1825, 4 vol. in-8. (Rosenthal.)
V. Historia de las Variaciones de las Iglesias protestantes... traducida al castellano por D. Juax Diaz de B.veza, presbitero. Madrid, Gonzalez. 1852, 2 vol.;in-4. (Hidalgo, Diccionario gênerai de la Bibliogr. espanola, III, 246: d'après les notes bibliographiques de M. Kmile Picot.;
DES CRITIQUES GÉNÉRALES ADRESSÉES A « l'hISTOIRE DES VARIATIONS »
Parmi les reproches d'un caractère g-énéral que les critiques protestants adressent à V Histoire des Variations, il en est un dont il faut nous éclaircir d'abord et une fois pour toutes : le reproche de déclamation.
C'est un g-rief où le plus exact des adversaires de Bossuet, Jacques Basnage, revient à plus d'une reprise.
Il se plaint des « figures », des « apostrophes » de l'écrivain qu'il combat, de ses «réticences affectées», de ses «injures» même, et de ses «emportements*.» Il compare, en un endroit, V Histoire des Variations à l'ouvrag-e analogue d'un controversiste obscur, et il affecte de déclarer que le vieil auteur jésuite de la Guerre civile des ministres protestants d'Angleterre avait traité du moins son sujet «avec solidité», sans faire appel, comme Bossuet, aux moyens impurs de la rhétorique.
Burnet, aussi sévère, prédit à l'écrivain français que cet assaisonnement pompeux qui, animé par la vive voix, a pu émouvoir peut-être un cercle d'amis complaisants, perdra sur le papier tout son effet ^
Quant à Jurieu, qui, de l'aveu d'un de ses coreligionnaires, se défendait volontiers «à coups de caillou^» et
1. lUst. de l'Église, t. II, p. 1407, 1480, 1481, 1492, 1542; Hist. de la Religion des Églises réformées, éd. de 1721, p. 13.
2. «... He mixes ail along with it the flowers ofa melting and declaiming éloquence; but Ihough thèse figures pronounced with a soft voice and in a languishing air (cela ne coDvieol guf-re à Bossuet, à ce qu'il semble- may hâve perhaps wrought on some v:ho hâve corne to him with a design to be delieded bij him, etc.» A letter to M^ Thevenot, p. 21.
3. Basxagede Beauval dunsi' Hist. des Oiivr. des Savants, juill. 1690, art. ix.
332 LIVRE TROISIÈMK.
qui atlaqiiaif: do la nif-aie façon, il tranche, ici comme toujours, du mot décisif : l'évéque de Meaiix a « fait le comédien'. »
Qu'y a-t-il de vrai dans ces reproches?
Certes si Ton entend seulement qu'il est possible, facile même, de reconnaître dans l'auteur des Variations un homme habitué au métier de la parole et doué surabondamment des dons spéciaux de Torateur, nul n'y contredira. On ne se défait point de sa nature, et il est très certain que Bossuet, si bien à Taise qu'il fût la plume à la main, appartenait cependant à cette famille d'intelligences pour qui la parole parlée est la condition la plus favorable et le moyen préféré d'expression. On n'était pas sans le remarquer dans son entourage : «Vous êtes plein de fentes, Monseigneur, par où le sublime échappe de tous côtés», lui écrivait un jour, non sans malice, au sujet d'un livre d'exégèse, un de ses jeunes amis'. L'observation était juste : même en écrivant pour des lecteurs et sur quelques sujets qu'il écrive, Bossuet est condamné à rester éloquent.
Mais s'il faut dsowev qvieV Histoh^e des F^n'âr^^ons porte, elle aussi, la marque inévitable du génie particulier de son auteur, il est essentiel d'observer qu'ici l'éloquence reste bien plutôt à l'intérieur qu'elle ne paraît à la surface. Elle circule partout, flamme latente; elle échauffe et illumine par le dedans cette masse de recherches et
1. Lettrps pastorales, t. HT, 1. x, p. 230. — Cf. .T. B. H. May (ouvr. cité plus liant, p. 321) : « Qi/od si non simili verborvm apparalu et fiico, qiio sponsam suam ornavit Episcopits, fecerimus. etc. » (Chap. i).
2. Lettre de l'abbé de La.ngeron à Bossuet sur sou Commentaire de l'Apocalypse (Èdit. Lâchât, t. XXX, p. 530 sqq.). Cf. les critiques analogues de LeiBxMZ (lettre à M™" de Brinoo, 3 juillet 1692, Œuvres, éd. Foucher de Careil, t. I, p. 294) et la réponse de Bossuet, du 26 août {ibicl., p. 311). — Je ne sais si c'est à Bossuet que le Hiieliana fait allusion (p- 181) : « Un des plus fameux prédicateurs de ces derniers temps... et avec qui j'ai été lié d'une étroite familiarité pendant plusieurs années, était prédicateur partout sans s'en apercevoir. Il répandait la rhétorique jusque dans ses plus simples billets, et les ordres qu'il donnait à ses gens et les discours qu'il tenait dans son domestique étaient des enlhymêmes, des chries et des apostrophes.» — L'abbé Le Dieu cite même de Bossuet, dans la vie ordinaire, des expressions plutôt triviales : « Il ne faut pas se mettre en quatre.. .n «Si nous sommes tondus, nous enragerons bien. >> Journal, t. I, p. 237, 330. Cf. Sai.nte-Beuve, Luîidis, t. XIII, p. 236.
d'idées ; mais à la surface les explosions en sont rares. Ces «apostrophes», ces «invectives» dont Basnag"e se moque ou se plaint comme si elles foisonnaient, ou les compte. En voici quelques-unes qu'il a fallu chercher :
« Malheureux martyrs, qui versent leur sang pour un dogme profondément oubUé dans toutes les Confessions de foi ' ! »
« Etrange pensée que de nous faire libres à la manière des bêtes!... 0 homme! où t'es-tu laissé toi-même quand tu expliques si bassement ton libre arbitre-? »
(( Quelle erreur, en autorisant la guerre civile, de croire en être quitte en recommandant la modestie à un peuple armé ^ ! »
« ... Et on dira que la main de Dieun'estpas visible sur ces malheureux réformateurs (d'Angleterre) qui étaient, comme on le voit, les plus méchants aussi bien que les plus hypocrites de tous les hommes M»
« Après cela, on ose prendre les progrès soudains de la Réforme pour un miracle visible et un témoignage de la main de Dieu! Comment M. Burnetl'a-t-il osé dire, lui qui nous découvre si bien les causes profondes de ce malheureux succès^? »
« Que la Réforme est aveugle, qui, pour donner de l'horreur des pratiques de l'Eglise, les appelle des idolâtries ; au contraire, lorsqu'il s'agit d'excuser les mêmes pratiques dans ses auteurs, les traite d'indifférentes'^! »
« ... Pour s'abstenir de ces choses, le commandement de Dieu ne suffisait pas : il fallait attendre que le Roi et le Parlement le voulussent ''! »
« Pauvre Eglise qui, destituée du principe de fécondité que Jésus-Christ a laissé à ses Apôtres et dans l'ordre