‹ Bossuet (volume 2)Chapitre 2 sur 329 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

sur le caractère, de Bossuet, — qui suffiraient amplement à rendre son mérite d'historien tout à fait invraisemblable.

Dès son vivant ou peu après sa mort, ses ennemis — et quelques-uns même de ses amis* — lui firent une réputation d'ignorance que les rectifications des biographes modernes^ n'avaient pas réussi, naguère encore, à dissiper. Car si c'est en 1686 que Jurieu disait : «M. de Meaux est un de ces évêques de cour dont le métier n'est pas d'étudier,» c'est en 1873 qu'un des maîtres les plus graves de la critique moderne, — M. Schérer, — écrivant le récit plus ou moins fictif d'une conversation tenue sur Bossuet par plusieurs lettrés de notre temps, prête à l'un des interlocuteurs, — et sans y contredire, — cette impertinence très catégorique : «Bossuet! un homme qui n'avait rien lu, qui ne savait rien...^»

On est plus juste et moins dédaigneux quand on a, comme Sainte-Beuve, scruté le dix-septième siècle assez à fond pour connaître autre chose de Bossuet que les Oraisons funèhr es. Mais, en revanche, Sainte-Beuve lui-même grossit telle-

1. Jurieu, Lettres pastorales, 1. vm du tome I, p. 61; — Ezéchiel Spanheim, Relation de la cour de France, éd. Ch. Schefer, p. 277; — Is.\ac de Beausobre, dans la Bibliothèoue germanique, t. XLII (1738), p. 69, et dans les Mémoires de Littérature de l'abbé d'Artig.nv, t. 1, p. 165; — Bibliothèque choisie, t. V (1705), p. 330 sqq., .331, .355; — Bibliothèque germanique, t. XXXVI (17.36), p. 146- 158; — Éloge de Bossuet par Hardion, d'après le Journal de Verdun de 1767, p. 59. Ce panégyriste de Bossuet déclare nettement que si Bossuet est un prophète inspiré, « ce n'est pas un historien, » et qu' « il laisse son lecteur plus rempli d'admiration que de connaissances. »

2. Dès le commencement de notre siècle, l'ouvrage très bien informé du cardinal DE Bausset montrait déjà combien la vie de Bossuet avait été studieuse et quelle conscience il avait apportée dans tous ses travaux. Les recherches de Floquet (1855-1864) et de Gandar (1868) ont achevé la démonstration.

3. E. Schérer, Études critiques sur la Littérature, t. IV, p. 37-40 : « ...Bossuet, s'écria Raymond, Bossuet ! vous n'y pensez pas... Un homme qui n'avait rien lu, qui ne savait rien! Un homme qui n'a pas eu une seule idée de sa vie!... Est-il rien de plus absurde que le Discou7's sur l'Histoire universelle?... On vante l'Histoire des Variations : mais Bossuet a-t-il rien compris à celte grande et originale figure de Luther? A-t-il entrevu la portée du Protestantisme?... Richard Simon..., avec quelle hauteur ne l'a point traité cet évêque qui ne savait pas un mot d'hébreu et qui n'entendait rien à ces questions... » L'article est intitulé, il est vrai, « inter pocula x, ce qui explique la désinvolture du ton; mais la réplique prêtée par M. Schérer au défenseur supposé de Bossuet, « Montaigu, » ne donne pas à penser qu'il fût d'un avis bien différent de celui de « Raymond. » L'apologie de Montaigu se résume en ceci : « Ce n'était pas un penseur sans doute, ni un savant, mais quel écrivain! » — Cf., entre autres, et dans des genres différents, les appréciations de Fostanès, le Christianisme moderne, étude sur Lessing, 1867, introduction, p. n, et P. Albert, la Littérature française au dix-septième siècle, p. 273-276, 280-286.

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