‹ Bossuet (volume 2)Chapitre 236 sur 329 · CHAPITRE TROISIKMF.. -i-'JO · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIKMF.. -i-'JO

toutes les autres ordures » de cette nature, « sans qu'on puisse se vanter d'avoir peut-être fait autre chose que de pallier» ces vices honteux... Mais ce qui est vrai des Conciles et des collèges de cardinaux ne saurait-il être vrai des hérésiarques? Et quand on parle d'eux, faut-il, par une sorte de générosité mal placée, les considérer a priori comme exempts de toute ardeur ambitieuse de se signaler, de tout désir égoïste de cette « domination sur les esprits,» si tentante à l'amour-propre humain, et qui, comme dit Voltaire ^ fait d'un théologien écouté « une espèce de conquérant?»

Il y a de vieilles vérités morales dont l'historien doit profiter et tenir compte, lors même que ces considérations d'un ordre plus humble devraient contrarier ses hautes conceptions sur le développement des causes générales et sur l'action des idées pures. C'est ce que fait Bossuet, et loin de l'en blâmer avec dédain, comme ses critiques, j'y trouve une preuve de plus qu'il n'a pas cédé aux tentations de son tempérament oratoire, et qu'il a su voir, d'une vue ferme et «positive», et par le menu, les conditions souvent triviales de la réalité historique.

Au reste, Bossuet a d'autant mieux le droit d'insister sur ces faiblesses d'un grand homme qu'il ne laisse pas dans l'ombre les dons éniinents, dont la réunion chez Luther explique, pour une bonne part, son succès.

Sa vie était « sinon parfaite, du moins irréprochable aux yeux des hommes, » et même, dans les commencements, l'enthousiasme de ses disciples pouvait croire de bonne foi que ce nouvel Apôtre était « élevé » au-dessus de toutes les «faiblesses humaines^»

i. Essai sur les mœurs, à propos de Luther et de Calvin [Œuvres, éd. Mo- LAND, t. XII, p. 304).

2. L. II, n» XIV ; 1. V, n" i. — Cet aveu de la pureté des mœurs de Luther mérite d'autant plus d'être observé que Bossuet connaît cependant les théories assez relâchées du Héformateur, à .ses débuts, sur rimpossibilité de la coutinence (cf. Hist. des Var., i. I, n» xxxu, et Schwalb, op. cit., p. 143 sqq.) et qu'il a peine à s'expliquer comment, avec des théories aussi libi'es, Luther a pu mener

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Quant à sou intelligence, je ne sais si jamais historien favorable à Luther l'a louée d'une façon plus convenable et plus complète. Luther est, aux yeux du prélat catholique, un «grand esprit'.» Dans le «génie», — et déjà Bossuet prend ce mot au sens que nous lui donnons aujourd'hui, mais il ne le prodigue pas; — dans le génie de Luther, ce qui le frappe le plus, c'est la force. « Il faut avouer, dit-il plusieurs fois, qu'il avait de la force dans l'esprit^» C'est-à-dire, comme il lentend, la puissance de concevoir des vérités hautes et difficiles, avec l'énergie de les embrasser et la fermeté de s'y tenir^. Et sur les articles où Luther est resté d'accord avec le dogme catholique, Bossuet, — libre alors d'exprimer ses sentiments. — ne se cache pas d'admirer « les puissants raisonnements » de cet hérétique*; il les cite ou les analyse longuement ; il s'y complaît, et le meilleur témoignage de sa haute estime, c'est le regret qu'il exprime que tant de raison ait servi en fin de compte à la séduction des faibles, faute, de la part de Luther, d'avoir accepté ce joug de l'autorité, « nécessaire à toute sorte d'esprits, » mais surtout «aux esprits bouillants et impétueux» comme le sien\

Ce n'est, semble-t-il, que contre son gré et comme pour obéir à un préjugé régnant autour de lui, que Bossuet

une vie chaste (1. III, n» xuxj. Mais le doute provoqué en lui par cette inconséquence ne le fait pas revenir sur ce qu'il a dit précédemment de la «régularité » de Luther; c'est ce que prouve le texte du livre V, n» i.

On peut voir au contraire dans Dexvs de Sainte-Marthe, Rép. aux Plaintes des Protestants, p. 283, et dans un autre livre de controverse que Le.nfa.nt réfute {Préservatif contre la réunion avec le siège de Rome, t. I, p. 298-322), de quelle façon ces imprudences spéculatives de Luther étaient parfois interprétées contre sa moralité pratique par les polémistes catholiques. — Cf. Claude, Déf. de la Réformation, part. Il, t. I, p. 248-250; Dolli.ngeh, La Réfoiine, t. III, p. 344-3i5, 468.

2. L. I, n» VI. Cf. I. II, n» xxx : «La force avec laquelle il manie quelques vérités... Ce qu'il faisait avec plus de force, c'était, etc.»

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