‹ Bossuet (volume 2)Chapitre 276 sur 329 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

pour la propagande de la « vérité » était permise ; mais en cela, somme toute, son plus grand tort a été d'oublier que les hommes ne se sentent pas toujours obligés d'avoir de la logique; qu'ils trouvent moyen de concilier les compromis de la pratique avec l'intransigeance des théories, et qu'ils aiment mieux au besoin violer leurs principes et leurs croyances que d'en chang-er*.

Corpus Reformatorum, t. XLIX, p. 758-759) : «Entre autres nouvelles consolantes qu'on reçoit de France, on a été informé « item que l'Amiral [à la cour] a un perroquet sur sa porte qui ne cesse de crier : Vie ! vie 1 La messe est abolie ! N'oserait-on p;irler de Dieu ? Et en tout lieu parlons de Dieu! Et en tout lieu ! » — III. En 1562, malgré les sages exhortations de Théodore de Bèze {Soies sur l'Édit de Janvier, p. p. Dardier, Revue historique, t. XIX, p. 447), les protestants travaillaient partout avec une «ardeur» souvent indiscrète à « s'établir et confirmer en la liberté qu'ils avaient obtenue », comme dit La Noue. Cf. d'Aubig.vé, moins mesuré dans ses termes : « Les Huguenots « élevés en leur droit, estimaient tous doutes être effacés, et tenant au poing l'Édit de Janvier, retendaient par dessus les bornes. » Quand le Prévôt des marchands de Paris, interprète des répugnances naturelles de la population très catholique de la capitale, vient demander à Cntherine, au nom du corps des Notables, l'ajournement de l'e.xécution de l'Édit, les seigneurs protestants, <( qui occupaient déjà eu maîtres les salles du chnteau », le bafouent (De Ruble, ibid., t. IV, p. 24). Eo même temps, guidé par l'Amiral, le parti manœuvre habilement pour faire tomber entre les mains de s^s membres le plus grand nombre possible des hautes places (Id., ibid., p. 55-68). Enfin les prédicants, qui ne doutent plus de rien, paraissent songer parfois à reconstruire la société française sur de nouvelles bases : le consistoire d'Orléans discute la question de la monarchie élective ou héréditaire (Lettre du cardinal Prosper de Sai.nte-Croi.x, dans Cimber et Da.njou, Archives curifusps, t. VI, p. 25). — IV. En lôo^^, au moment où se termine la guerre, les ministres, consultés par Condé, en vue de la conclusion de la paix d'Araboise, demandent d'après de Thou, Hist. uiiiv., t. II, p. 344 : ut obviani tectis uc monstrosis o/iinionibus, per licenticmi grassantibus, eatur ; rex Confessionem fidei aiite bvnviium mense Junio propositam admittat, ejusque patrocinio susceplo, Atheos, Lihertinos, Anabaptistus ac Serveti.itas severe castifjari curet.» A peine échappés du danger, les trop fidèles disciples de Calvin songent à devenir religion d'État et orthodoxie intolérante.

Bussuf't est donc modéré quand il déclare qu'en 1562 les protestants combattirent « pour avoir part aux honneurs et un peu plus de commodité daus leur exercice.» Cinquième Averlissinncnt, n"^ v et xxi.

1. Un certain nombre d'Iiistoiiens modernes, — surtout de nos jours, — reconnaissf-nt explicitement ou implicitement, et quelques-uns en le regrettant, qu'à partir de 1559, le Protf>stautisme est entré délibérément daus la voie de la violence. Cf. Haao, C"up d'œil sur l'histoire du protestantisme en France, p. xrn, XIV. xvii-xLx, xxni-xxv [France protestante, t. I); — De Félice, Hist. des Synodes nationaux, p. 62 et passim; — Corbière, opusc. cité (plus haut, p. 507, 0. 3), p. 43 : «Nous maintenons que dans l'esprit de la multitude arméC;, le principe religieux fut tout et fit tout; — F. de Schickler, Organisation de l'Église calviniste, dans les Scènes historiqws de ïonroREL et Perrissin, déjà citées, etc. — En général, cependant, les historiens mettent insuffisamment en relief le caractère avant tout religieux des guerres justement dites de religion,

YII

L'examen, si nous pouvions le développer en détail, des critiques que l'on a faites ou que l'on pourrait faire à Bossuet sur toutes les autres matières d'histoire qu'il a étudiées, ne nous mènerait pas à d'autres conclusions. Sur le caractère distinctif de chacun des Réformateurs allemands, anglais ou français du seizième siècle, — Mélanchthon, Zwingle, Calvin, Biicer, — qu'il a dépeints plus ou moins longuement en passant; — sur l'origine, la nature et le progrès des sectes vaudoise, wicléfite, hussite et bohémienne, et sur leurs ressemblances entre elles et avec le Protestantisme ; — sur les causes et le développement de la Réformation anglicane*, — nous aurions à constater que la malveillance investigatrice des contradicteurs contemporains de Bossuet, non plus que la critique impartiale des modernes, n'ont pas de quoi le combattre plus heureusement qu'au sujet de Luther, de l'hérésie albigeoise et des guerres de religion de France.

Non pas que, sur aucun de ces points, Bossuet ait le droit d'affirmer, d'une façon aussi absolue qu'il le fait dans la Défense, que ses adversaires ne peuvent le convaincre d' «une seule erreurS). Ce serait là une bonne

surtout dans \f»r première périodp. Les uns, comme Michelet, prévenus d'une sympathie partiale pour la Réforme, semblent parfois préoccupés de l'honorable souci de ne pas paraître justifipr, en quoi que ce soit, les barbaries dont les adhérents du Protestantisme ont été trop souvent l'objpt; — les autres, comme Henri Martin, dans leur désir de signaler toutes les causes qui ont pu contribuer à produire ces troubles civils, omettent de faire ressortir, avec le relief qui convient, la cause principale et maîtresse, sans Inquelle tous les autres germes de troubles eussent été peut-être inactifs, sans doute inoffpnsifs. Il semble que la double tendance, signalée plus haut (p. 257-275) chez les historiens du seizième et du dix-septième siècle, se soit perpétuée jusque de nos jours.

1. Voir le résumé et l'appréciation sommaire des théories de Bossuet sur ces différentes questions dans V Appendice , à la fin du présent volume.

2. Déf. des Var., nosxxxi, xxxv, uv; Quatrième Avertissement, n" xii, etc. Sur cette confiance de Bossuet dans la solidité de son ouvrage, voir une lettre de lui à Leibniz, lOjanv. 1692 (CCwi^res de Leibniz, éd. Foucher de Careil, t. I, p. 226) : «...Si celte histoire est véritable (celle de M. de Seckendorf), ii faudra nécessairement qu'elle se trouve conforme à celle des Variations, puisque je n'y donne rien pour certain que ce qui est avoué par les adversaires, »

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