‹ Bossuet (volume 2)Chapitre 307 sur 329 · Le vrai système de l'Église · texte numérisé non relu

Le vrai système de l'Église

Jurieu se décidait à renoncer à la conception, jusqu'alors reçue parmi la généralité des protestants', d'une Eglise bien limitée dans ses membres et bien définie dans ses croyances; — lorsque, distinguant le corps et Yâine de l'Eglise, il renversait les barrières de toutes les sociétés religieuses qui se réclament plus ou moins justement de Jésus-Christ et de l'Évangile ; — lorsqu'il proclamait, au grand scandale des vieux calvinistes, que toutes les sectes fidèles gardiennes de quelques « principes fondamentaux » sont spirituellement vivantes et légitimes, et font dûment partie de l'Eglise vraie', — qui ne voit que cet élargissement libéral d'un Christianisme ainsi ouvert aux opinions les plus différentes et les plus ennemies préparait nécessairement Jurieu à ne plus accepter, comme un des critères de la vérité religieuse, la constance identique, à travers les âges, du dogme des docteurs et de la foi des peuples^? Après avoir conçu ce nouveau «système de

1. Quoique Basnage de Bealval, dans THistoire des ouvrages des savants de septembre 1688, p. 93 sqq., dégage le Protestantisme de toute participation à ces idées hardies d'une « conféd'^ration générale du Christianisme », d'une « enceinte générale de l'Évangile », il n'en est pas moins vrai qu'elles avaient été lancées, avant Jurieu, d'abord par les Arminiens (cf. Examen ad Censuram professorum Leydensium, 1629, p. 19, cité par Tholuck das kirchl. Leben d. •/7'e" Jahvhunderls, t. J, p. 257); puis par Mestrezat et par Cr-AUDE (voir Nicole, De l'unité de l'Église, p. 5). Cf. également D'Hcisseau, La Réunion du Christianisme, ou la manière de rejoindre tous les chrétiens sous une seule confession de foi, 1670. — Nous avons donc le droit de dire qu'il y avait dans le Protestantisme les germes d'une évolution dans cette direction. — Sur les conséquences du '< système » de Jcriec, voir Bayle : Janua Cœlorum reserata seu Animadversiones in Ecclesiae systema Dordraci vulgatum anno 1686, quitus accusatur et probatur D. Petrus Jurieu salutis viam aperire universis religionibus, 1692.

2. Voir déjà le Traité de la puissance de l'Église (1677), mais surtout le Vrai système de l'Église (1686) et le Traité sur l'unité de l'Église (1688). Cf. Nicole, Traité de l'unité de L'Église, spécialement livre III, ch. iv, et l'Histoire des Variations, 1. XV, n»" l à clxxiv.

3. Sur d'autres points, également, Jurieu, à'es a.\-AnlVHistoire des Variations, témoignait certaines velléités de changer la thèse orthodoxe de son parti.

Déjà, dans la Suite de la Politique du Clergé (1682, p. 33), dans l'Histoire du Calvinisme et du Papisme (1683, t. I, p. 512-515), dans l'Esprit de M. Arnauld (1684. t. Il, p. 29.3, 294J 364, 365, 368), il semble tenté de croire que dans de certains cas la guerre de religion est licite. (Cf. Bayle, Avis aux Réfugiés, Œuvres, t. II, p. 593.) Toutefois ce ne sont encore que des doutes : il reste à côté de la question de principe : << Si l'on veut dire que toute guerre dans laquelle il entre quelque piincipe de la religion est illégale et injusie à cause de cela même, je ne suis pas d'avis que nous passions cela si aisément, car

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