‹ Bossuet (volume 2)Chapitre 47 sur 329 · Launoii Opéra, t. IV, p. xiv-xv (Elogium Laiinoii · texte numérisé non relu

Launoii Opéra, t. IV, p. xiv-xv (Elogium Laiinoii

3. 1642-1652. V. Le Dieu, Mémoire, p. 22; Launoiana, dans les Opéra, t. IV, p. Il, p. 348. — Bacsset, Hist. de Bossuet, p. 20. — Dans l'épitre dédicatùire au Dauphin de son histoire de la maison de Navarre, Launoy donne de grands éloges à Bossuet.

4. Voy. Launoii Op., IV, pars II, p. 341 sq. ; Append., p. xliv, xlvi, lu, sq. — Cf. Uri, Stanislas Guyet.

6. Cf. Le Dieu, Mémoire, p. 22; Journal, II, 26, sur l'opposition que Bossuet fit plus tard à son ancien maître; et plus loin p. 102, n. 1,

7. Les ouvrages de Launoy sont des recueils de textes souvent assez confusément arrangés. Il le reconnaît lui-même (Opéra, t. VU, p. 245) : « Nisi forsan id operis dicendum sit plurium monimentorum inter se collectio et contextus, non historia. » — Epistol., lib. V, ep. ix : « Testimoniis epislolas meas non tant impleo quam obruo. In hac re modum e.rcedere qv.am tenere satins mihi esse duxi. >< ;^ - 1

8. Epistol., I, ep. II : « Veritas non egel hoininum metuhicio. « Sur les légendes relatives à la venue de Lazare et de .Marie Madeleine en Provence :

doute, comme lui, les prémunir contre un respect inopportun des erreurs pieuses, contre la tentation spécieuse des mensonges édifiants , et leur apprendre à préférer, même aux intérêts apparents de l'Eg-lise, la v.érité^

Le milieu où Bossuet vécut ensuite fut-il propre à développer en lui les semences heureuses que ces premiers exemples, si puissants d'ordinaire, avaient pu y jeter?

Son séjour à Metz ne dut pas, il faut l'avouer, lui profiter beaucoup à cet égard. Les sept années qu'il y demeura d'une façon continue furent surtout pour lui un apprentissage de la vie active en même temps que du métier d'orateur. S'il lit toujours assidûment les écrits des Pères, c'est plutôt, alors, pour enrichir son fonds de connaissances théologiques et morales que pour étudier en historien et en critique la tradition des anciens docteurs.

Mais à son retour à Paris, c'est-à-dire depuis 1659, ses relations et son genre de vie durent, à ce qu'il semble, le remettre dans la voie que ses études d'écolier lui avaient précédemment ouverte, et l'y pousser plus loin.

Rien ne serait plus faux, en effet, que de se figurer les

« Vix invenires fabulam quae istam insulsitate superet... » Op. II, p. I, p. .805. Ibid., p. 304 : «i/ae su7it nugae quitus Christiana dehonestatur religio... » Ibid., p. 338 : « Superstitiosi impiis moles tiores mihi videntur. » Son biographe dit avec raison : « Exscribendae essent complures paginas, si eorum partem commonstrare vellem quae veritalis amor expressif. " Op., IV, part, n, p. 367. — Voy. en outre Ylnquisitio in charlam immunitatis quam B. Germanus suburbano monasterio dédisse fertur, 1657; Ylnquisitio in privilegium quod Gregorius P. I. Monasterio S. Medardi dédit, 1657, etc. ; ainsi que le De auctoritate negantis argumenti , curieuse application de la dialectique scolastique à la critique historique.

1. Le Camus écrit à M. de Pontchàteau (31 mai 1675) : « Nous connaissons vous et moi le bonhomme de Launoy. Il est d'un ires bon usage pour débourrer tin jeune théologien et pour le mettre dans la route, mais si ses écoliers ne se tiennent pas bien, le libertinage est fort à craindre. » Cité par Sainte- Beuve, Port-Royal, lll, p. 595-596.

membres du clergé français au dix-septième siècle comme vivant à l'écart de la société savante et restant étrangers au mouvement des esprits. Il suffirait, si Ton avait besoin de s'en convaincre, de jeter les yeux sur ces histoires où Baillet et Niceron ont exposé les vies et les ouvrages des gens de lettres de ce temps. Les « abbés » s'y rencontrent en foule, et les « religieux » n'y manquent point; ni les uns ni les autres ne paraissent avoir été empêchés le moins du monde de prendre leur part de la vie intellectuelle : les plus austères et les plus reclus, comme Rancé, s'y mêlent encore par leur correspondance'. Bossuet, par les fonctions qu'il eut à remplir, trouvait plus que tout autre l'occasion de se mêler effectivement au monde savant, et il en profita. Mais de quelle façon? Il est bon de le déterminer au juste.

Car dans la populeuse et brillante « république » que forment, durant la seconde moitié du dix-septième siècle, les lettrés français, il y a comme trois cantons bien distincts, très tranchés, au point même d'être un peu indifférents et parfois hostiles les uns aux autres : les purs littérateurs, les philosophes et les érudits. Il y a, — pour mettre sur ces catégories les noms propres de ceux qui furent, dans des genres différents et avec une autorité inégale, les chefs de file les plus en vue, — la société de Boileau; — celle de Malebranche; — celle de Mabillon. Et si nous cherchons auquel de ces trois groupes Bossuet se rattache de préférence, ce n'est pas assurément à celui des écrivains purement artistes, dont la pensée vit de fiction et dont l'effort n'a pour objet que la beauté de la forme. Amuseurs frivoles des oisivetés de l'imagination, sa piété austère n'a point hésité parfois, on le sait, à les condamner tout haut, sa raison pratique les a toujours, je crois, dédaignés tout bas^

1. LoDguerue applique même à Rancé ces mots de saint Jérôme : « Incongruum est loto latere corpore et lingiia totum per orbem vagari. »

2, Voy. Traité de la concupiscence, chap. xviii; lettre à l'abbé Nicaise, 7 net. 1686; à Saotenl, 1690 : « Fiant nourri (lepuis beaucoup d'années de l'Écriture sainte, qui est le trésor de la vérité, je trouve un grand creux dans ces fictions de l'esprit humain et dans ces productions de sa vanité. »

Mais ce n'est pas non plus dans la compagnie des philosophes qu'il s'attarde : ces penseurs, surtout au dix-septième siècle, professent en la certitude et en l'utilité de leurs spéculations une foi passionnée et exclusive dont Bossuet ne fut jamais touché'; de plus, voués alors à la métaphysique la plus ambitieuse, ils y portent une rig-ueur d'abstraction, une profondeur et une témérité d'hypothèse dont son esprit, il est juste de l'avouer, ne semble pas avoir été capable ^

C'est chez les savants proprement dits que, soit par goût, soit par hasard, soit par nécessité, Bossuet parait avoir vécu davantage; c'est parmi les érudits qu'il a le plus souvent et le plus intimement fréquenté.

L'érudition, il la trouvait tout d'abord chez les jansénistes, quand il commença, vers 1665, à nouer avec eux des relations qui furent durables. Non pas, certes, que pour aucun des « Messieurs » de Port-Royal, — Tillemont mis à part, — la recherche historique ait été une affaire de goût naturel et d'ardente vocation. Tous profondément mystiques, et presque tous cartésiens, ils avaient ainsi un double motif d'éloignement pour la science positive. Leur piété craignait, avec Pascal, la distraction de ces «concupiscences» de l'esprit, de ces «curiosités» séductrices inutiles au salut; leur philosophie méprisait, avec Malebranche, les investigations menues qui détournent des solidités de la pensée pure^.

1. Traité de la concupiscence, ibid. : « Un philosophe blàroe ces arts... Mais ce philosophe est-il lui-même plus sérieux?... Enflés de leur vaine philosophie, etc. » Cf. les sermons sur la Loi de Dieu (vers 1656, prem. point) ; sur la Providence (de 1656, prem. point); sur la Divinité de la religion (1665, passim); le Panégyrique de sainte Catherine (vers 1661, second point).

2. Cf. lettre du 21 mai 1687, à un disciple de Malebranche, et du 17 mai 1692 à Leibniz. (Voir cependant une lettre au même, d'août 1693.)

3. Voy. Jaxséxius, cité par S.vinte-Beuve, Port-Royal, t. II, p. 478-480. — Pascal, Pensées, art. viii et xxiv. — iMalebra\che, Rech. de la vérité, part. II, 1. II, ch. IV. — Arnacld, Lettre d'un théologien à Polémarque (OElvres, t. XXIX, p. 155), et Nicole, Essais de ynorale, II, p. 6 et 101; Pensées diverses, LXXXII, ibid., p. 291. « H y a une erreur et une ignorance dans toute curiosité, qui est beaucoup plus blâmable que la vérité qu'elle nous découvre n'est estimable. >- Lettre LXXXII.

Mais si les jansénistes ne paraissent pas , pour la plupart, s'être adonnés par inclination et par nature aux recherches historiques, toujours est-il qu'ils se rendirent savants par devoir. Il le fallut bien, quand, vers 1660, ils entreprirent de restaurer contre les calvinistes la controverse qui languissait. Pour relever enfin les doctes provocations d'Aubertin, deBlondel, de Daillé^ le seul moyen était de faire, comme eux et contre eux, de l'histoire'. Certainement Arnauld et Nicole eussent préféré l'emploi continu d'une façon de controverse plus raisonnante, plus abstraite, plus philosophique, où la fougue dialectique de Tun se fût donné carrière, où l'autre eût trouvé mieux la mise en valeur de sa psychologie consciencieuse. Ils n'en comprirent pas moins qu'aux faits allégués par leurs adversaires, c'était des faits qu'il fallait opposer, et il est curieux de suivre, dans quelques-uns de leurs ouvrages, le courageux effort de cette érudition obligatoire, où la controverse les engage, les retient et les enfonce toujours plus avant.

Dans la première Perpétuité, publiée en 1664, mais composée dès 1660, l'érudition ne perce encore que timidement, comme honteuse d'elle-même^. C'est un ouvrage d'exposition et de raisonnement bien plus que de discussion. Mais déjà, dans la Réfutation de Claude, qui s'y trouve jointe et qui, elle, venait d'être tout récemment écrite, Nicole consent à entrer dans l'examen détaillé des faits qu'on lui conteste ; le voilà déjà qui disserte longuement sur le deuxième concile de Nicée, sur la vie et sur les écrits de Jean Scot et de Bertram^ Enfin, en 1669, dans le premier volume de la Perpétuité défendue, tous

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