Voir ea particulier, part. I, la sixième époque
2. Pour ce qui est de l'importaiice donuée par Bossuet à l'histoire d'Israël, la justesse de cette vue, déjà reconnue par Fli.\t [La Philosophie de l'Hisloire en France, trad. L. Carrau, 1878;, l'est indirectement, mais plus expressément encore, par E. Renan [Histoire du peuple d'Israël). Voyez, sur ce point, comme sur l'omission, tant critiquée, des civilisations arabe et chinoise, Bhunetière, Revue des Deux Mondes, 1"" février 1889.
3. Sur les recherches faites par et pour Bossuet en vue de ÏHistoire universelle, voy. Floqcet, ouvr. cité, p. 71-73, 225, 416, etc.
On sait quel est le principe qui a inspiré le Discours et qui en fait Tunité. Toute l'antiquité n'est, pour Bossuet, que la préparation du Christianisme. Soit que l'on suive les destinées du peuple juif, dépositaire de la parole divine, soit que l'on considère les vicissitudes des Empires qui se sont succédé chez les Gentils, tout, dans le monde païen comme en Israël, parait ordonné de Dieu en vue de l'avènement de Jésus-Christ. Ainsi, pour considérer l'ensemble des événements antérieurs à l'ère chrétienne, c'est uniquement au point de vue de la religion révélée que Bossuet se place; c'est à sa foi de chrétien, à sa métaphysique religieuse qu'il demande le secret de la marche de l'humanité. Il admet franchement le surnaturel clans la science du passé; il reçoit, en principe, le mystère et le miracle à expliquer l'histoire.
Une telle conception est, semble -t-il, peu propre à encourager l'effort de la recherche et à en favoriser la liberté. Du moment que l'on entreprend l'étude de l'histoire avec l'intention de montrer que Dieu mène irrésistiblement le monde au but fixé par lui de toute éternité, l'on se donne par là-même comme une licence de tenir pour inutile l'investigation des causes secondes. Que sont-elles après tout que des phénomènes, des apparences? Qu'est-ce que l'activité humaine^ qu'une agitation vaine, masque illusoire de l'activité divine, seule efficace et seule réelle? Quand une fois on a transporté, du domaine de la conscience religieuse dans celui de la science, la croyance à l'action perpétuelle d'un Dieu partout et toujours présent, il est à craindre que l'on puisse difficilement échapper à la tentation de faire intervenir à chaque pas cette cause toute-puissante et surnaturelle dont, pour ainsi dire, on dispose, et dont l'impénétrable volonté peut toujours être invoquée pour justifier toutes les contradictions et pour résoudre tous les problèmes. Un chrétien qui introduit sa foi dans l'histoire parait destiné à se faire bien plutôt l'historien de la Providence que celui de l'humanité.
Il s'en faut cependant, et de beaucoup, que Bossuet donne en cet excès. Dans la troisième partie du Discours, où il promet d'exposer « les causes des grands changements arrivés dans les Empires » du monde antique, nous ne trouvons, tout compte fait, qu'un seul événement dont il consente à donner comme explication les vues inconnaissables de Dieu, ses desseins incompréhensibles, son bon plaisir. C'est quand il veut rendre compte de la prise de Rome par les Barbares : « ici » l'historien croit indispensable d'invoquer les secrets jugements de Dieu^ et de demander « à un livre révélé du Saint-Esprit» l'explication de ce « mystère. » Mais c'est « ici », notons-le, le seul endroit où, chez lui. Dieu intervienne. Partout ailleurs, c'est par des causes humaines que Bossuet explique les faits humains. Qu'on retranche ce passage de la troisième partie du Discours, qu'on fasse aussi abstraction du chapitre d'introduction et du chapitre de conclusion, il ne restera qu'une suite de déductions appuyées sur l'observation et sur la comparaison des faits : déductions que des connaissances plus étendues ont pu modifier de nos jours en quelques points, mais dont l'esprit, on doit le reconnaître, est celui de la science historique telle que nous la comprenons désormais.
L'auteur, parmi les anciens, qus Bossuet suit de plus près et avec une prédilection évidente, c'est Polybe^, celui de tous qui, dans sa pratique, se rapproche le plus de ces procédés d'observation rigoureuse que nous exigeons de l'histoire. On sent une sorte d'admiration et d'enthousiasme dans la façon dont Bossuet met eu lumière la justesse infaillible de ses raisonnements : « Polybe a très bien conclu que Carthage devait à la fin obéir à Rome par la seule nature des deux républiques... Polybe, qui a vécu dans le temps le plus florissant de la république, a prévu par la seule disposition des araires, que l'Etat de Rome, à la longue reviendrait à la monarchie. » Et
1. Part. III, ch. I, p. 448, d'après V Apocalypse de S. Jea.n, xvii, xvhi.