Même préface, iOidem
d'office plutôt que le défenseur enthousiaste d'une cause du reste contestable au point de vue des intérêts religieux ;
— besogne laborieuse aussi , où cent questions très complexes de droit ecclésiastique et de droit civil, d'histoire de l'Église et d'histoire de France, devaient être, coûte que coûte, résolues d'une manière conforme aux prétentions du pouvoir royal. Bossuet semble avoir donné presque tout son temps à cet ouvrage, que d'ailleurs il ne put finir, depuis la fin de 1683 jusqu'au milieu de 1685 \
Ce n'est qu'au mois de septembre de cette dernière année ^ qu'il se remet à l'Histoire des Variations : mais non pas tellement encore qu'il s'interdise toute occupation étrangère. Le 26 janvier 1686, il prononce VOraison funèbre de Le Tellier ; au mois de mai, il publie la Lettre pastorale aux iiouveaux catholiques de son diocèse ; au mois d'octobre, il fait paraître le grand et le petit Catéchisme de Meaiix ; il donne une seconde édition de son Traité des deux espèces, et sa correspondance le montre travaillant, en même temps, à la Défense de ce traité ^ Mais le peu que nous connaissons de sa vie particulière, de sa santé alors infatigable, de la distribution sévère de ses journées, nous permet de comprendre comment il parvenait à suffire, en dehors de ses fonctions épiscopales, à tant de travaux différents *.
1. UOraison funèbre de Marie-Tliérese îwi prononcée le l"' septembre 1683.
2. L'Oraison funèbre d'Anne de Gonzagiie 'dvaiH été prononcée le 9 août 1(385. Une lettre de Bossuet à Condé nous montre qu'elle était à peine commencée le 4 juillet. Le 19 septembre, Condé lui écrit : « Je suis ravi de la résolution que vous avez prise de travailler sans relàclie à votre grand ouvrage. J'ai une extrême impatience de le voir. » 11 s'agit de l'Histoire des Variations. Cf. une lettre de Bossuet au P. Shirburn, du (3 avril 1686.
3. Voy. plus haut, p. ISisqq. — Il faut aussi tenir compte des sermons prononcés par Bossuet de 1679 à 1688. (Voy. l'abbé Lebarq, Hist. crit. de la Prédication de Bossuet, p. 265-270, 300-.336.) — En 1685 et 1687 se placent encore deux voyages à La Trappe (où du reste Bossuet était allé déjà en 1682 et 1684). Ces voyages devaient prendre une quinzaine de jours environ (Bossuet à Hancé, sept. 1681).
— Mais malgré toutes ces distractions si diverses « il ne perdit jamais de vue durant ces années, rapportent les éditeurs de 1770 (Pré!., p. xxxviii), ['Histoire des Variations. Il y employait, dit M, Le Dieu, tous les moments qu'il pouvait dérober à ses autres occupations. »
4. Cf. Saint-Simon, iVo^/ce sur Bossuet (dans les Écrits inédits, p.p.Faugère, t. 1, 1880) : «M. de Meaux savait tant, et avec tant d'ordre et de mémoire, qu'il
Au mois de mai 1687, il semble que V Histoire des Va?nations fût terminée et l'impression déjà en train *. 11 y a lieu de croire, néanmoins, que durant toute cette année 1687^, ou peu s'en faut, Bossuet retarda l'impression pour continuer de travailler à son ouvrage. En juin, en juillet, en octobre, de nouveaux renseignements lui arrivent ^ qui l'obligent à faire des additions, et peut-être aussi des modifications imprévues. C'est pour cela que V Histoire des Va?nations, mise sous la presse, selon toute apparence, vers le mois de mai 1687, n'en sortit qu'en mai 1688. On peut donc conjecturer, en fin de compte, que Bossuet a consacré à Y Histoire des Vm^iations, à diverses reprises, de 1680 à 1688, quatre années environ*.
A-t-il eu des collaborateurs? Ses adversaires ne se sont pas fait faute de le répéter"*, et l'on serait assez porté à les
écrivait avec une facilité étonnante. Comme les poètes, il n'avait point d'heures de travail. Quoiqu'il travailUU beaucoup tous les jours, la nuit il avait du feu et de la lumière, un pantalon et une robe de chambre auprès de son lit, et presque toutes les nuits il se levait seul et travaillait ainsi plusieurs heures. Des gens qui ignoraient celte coutume étaient souvent très surpris qu'il n'était pas encore jour chez lui à onze heures du matin ; ... c'est qu'il avait travaillé quelquefois jusqu'à six, sept et huit heures du matin, emporté par son abondance et par sa matière.» — Cf. Le Dieu, Mémoire, p. 135. — Sur son dégoût pour les relations mondaines et les obligations de la vie de cour, voy. Le Dieu, Mém., p. 135, et V Histoire critique de la Prédication de Bossuet, de l'abbé Lebarq, p. 319, n. 8. — En 1692, à propos des Réflexions de Bossuet sur l'Écrit de Molanus , Leibniz s'étonne (lettres du 17/27 octobre) comment « parmi tant d'autres occupations, le prélat a pu fournir en si peu de temps un travail de celte force, où les réflexions sont appuyées de grandes recherches. » Œuvres, éd. Toucher de Careil, t. I, p. 321.
1. «Les Variations s'avancent et vous en aurez les premiers.» Lettre du 21 mai 1087 à un disciple de Malebranche. — Le privilège est du reste daté du 16 janvier 1687.
2. UOraison fune1)re de Condé fut prononcée le 10 mars 1687. — En 1687 aussi, il commença à travailler aux Prières ecclésiastiques, et peut-être à l'Explication de l'Apocalyjise, deux ouvrages qui parurent en 1689.
3. Lettres de Lefeuvre, 13 mai; de Pirot, 7 juin; d'Obrecht, 20 juin et 14 juillet ; de l'abbé Renaudot, 13 octobre 1687.
4. JcRiEu(Le;//vs pastorales, t. III, p. 158, lettre vu) suppose que l'Histoire des Variations a coûté à Bossuet un travail « de douze ou quinze années.» D'autres parlaient de trente ans. V. plus loin, p. 309, n. 3.
5. « C'est le traiter favorablement que de dire de son histoire que c^st un ouvrage de pièces rapportées ou un ramas de divers extraits que d'autres lui ont fournis et dont il s'est servi le mieux qu'il a pu, mais sans les examiner... (M. de Meaux n'aurait pas dû continuer à s'occuper de matières de fait, ayant été si mal servi (dans le traité des Deux Espèces) par son faiseur d'extraits... Les
en croire, quand on évalue la somme considérable de recherches que suppose cette histoire du Protestantisme européen pendant un siècle et demi. Il faut song-er toutefois que ces recherches étaient rendues à Bossuet beaucoup plus faciles par les études étendues d'histoire moderne qu'il venait tout récemment de faire en vue de l'éducation du Dauphin \ Ce qui est certain, c'est que nous ne trouvons nulle trace d'une collaboration proprement dite. La correspondance de Bossuet nous apprend seulement que l'abbé Renaudot", le docteur Lefeuvre^ le docteur Pirot*, à Paris; le préteur Obrecht , à Strasbourg^; lord Perth, en Angleterre et en Ecosse'', lui communiquèrent des documents sur quelques points assez obscurs de l'histoire de la Réforme anglaise et allemande; par exemple, sur les diverses éditions de la Confession cï Aucjsbourg, sur la bigamie du Landgrave de Hesse , sur le divorce d'Henri VIIL D'autres de ses amis, — Dirois, Brisacier, Hermant,les bénédictins Mabillon , Ruinart, Montfaucon, Devert , consultés par lui plusieurs fois pour d'autres ouvrages ; Nicole et les obligeants travailleurs de Port- Royal ; l'abbé Fleury\ qui, à ce moment, préparait, sous l'inspiration de Bossuet, son histoire de l'Eglise; — l'ont-ils, encore en cette occasion, aidé de leurs recherches? L'abbé de Vares, dans le peu de temps qu'il fut garde de la Bibliothèque du Roi ; Géraud de Cordemoy,
extraits que ses secrétaires lui fournissent, etc. » BaR.\ET, Critique de l'Hist. des Variations, trad. fr., p. 4, 5, 6.