‹ Bossuet (volume 2)Chapitre 91 sur 329 · Edit, LACHAT, t. XXV, p. 492; cf. p · texte numérisé non relu

Edit, LACHAT, t. XXV, p. 492; cf. p

ments du discours. » Dans les Variations, on dirait qu'un instant il soit tenté de faire son profit de ces pièces d'une indiscrétion assez compromettante pour la Réforme; il se souvient de tant d' «invectives sanglantes», de «placards séditieux,» pleins d' « amertume » et de «fierté*.» 11 s'abstient toutefois d'en user. Il songe que ces écrits sont Toeuvre « des plus ignorants et des plus emportés des protestants; » il considère que ces productions, anonymes ou clandestines , ont été désavouées par le parti^, comme l'expression des passions particulières et non point du sentiment unanime de l'Eglise calviniste. Très pénétré des obligations que lui imposent le caractère pratique et le dessein persuasif de son œuvre, il s'en tient strictement, ici encore, à ses maximes ; et il ne consent pas plus à employer les pièces de tout genre que les Mémoires de Condé lui offrent, qu'il ne veut tirer avantage, — pour incriminer les calvinistes du seizième siècle, — des livres révolutionnaires de Buchanan, d'Hotman et d'Hubert Languet'.

1. L. X, nos L, Li. — Ailleurs (n" xlii) il reproche à l'Anglais Burnet d'être allé chercher daus des pamphlets de ce genre la vérité de notre histoire. — Les qualifications que Bossuet donne à ces écrits conviennent bien à un grand nombre de pièces insérées dans le recueil dit des Mémoires de Condé. Voy. par ex., t. 1, p. 40 i, une Complainte au peuple français, qui est une sorte de Marseillaise huguenote.

2. Cf. dans les Mém. de Condé, t. I, p. 4 et 5; Rég.vier de la Plasche, cité dans ces Mémoires, t, I, p. 490.

3. Voir le désaveu formel de ces auteurs dans Claude, Apologie pour la Réformation, 1683, t. II, p. 286 sqq.; dans B. de Daillon, Examen de l'oppression des Réformés, 1687; dans Larrev, Rép. à l'Avis aux Réfugiés, 1709, p. 151. — Sur les inconvénients de l'emploi de ce genre de documents originaux, officiels ou populaires, voir Le Gendre, Hist. de France, t. I, p. 28, 169 ; Dauxou , Cours d'études historiques, t. VII, p. 12, 13, 332. — C'est pour la même raison vraisemblablement que Bossuet s'abstient de citer, sur cette période de l'histoire de France, le Martyr ologe,\.vhs vivant sans doute, mais très passionné, de Jeax Crespix ^1554 sqq.) Il le connaît pourtant, cf. 1. XI, n» cxix ; 1. XIII, n» xv et plus haut, p. 153, note 1. Mais les protestants eussent été les premiers à lui reprocher d'abuser contre les huguenots du seizième siècle (comme récemment le controversiste Sùclier dans son Histoire du Calvinisme) , d'un livre d'édification chaleureuse et, comme on l'a dit, d' « hagiographie ». Cf. de Ruble, édit. des Co7nmentaires de Montluc, t. II, p. 360, n. 1. — De même pour le Recueil des Choses mémorables advenues en France sous le règne d'Henri II, François II, Charles IX, Henri III, Henri IV ou Histoire des Cinq Rois (1598) (attribué à Jeax de Skrres; ce recueil se trouve dans la Bibliothèque de Bossuet, n» 1424); et pour les Commenturn de Statu religionis et reipublicae (1570-1580), qui paraissent être également de cet auteur, mais qui n'en portent pas le nom.

Bayle, dans son Avis aux Réfugiés \ sera, sur ce point, moins délicat et moins équitable que lui.

Mais ce n'est pas seulement à l'opinion des protestants que Bossuet a égard dans le départ de ses informations. Par ce terme d' «auteurs suspects», il ne désigne pas seulement les historiens partiaux dont ses adversaires religieux pouvaient à bon droit se défier : il entend aussi les historiens légers et inexacts que les critiques de son temps tenaient en mauvaise estime.

Il est remarquable, en effet, que jamais nous ne trouvions cités chez lui des auteurs très populaires au dixseptième siècle, et, — bien que catholiques, — considérés cependant par les protestants comme des hommes impartiaux que l'on pouvait consulter sans crainte sur l'histoire de la Réforme en France : Mézeray" et Davila, par exemple, — que Jurieu lui-même, dans sa controverse, allègue à chaque pas'. — Mais au moment où Bossuet composait son ouvrage, le crédit de ces deux historiens baissait de plus en plus. Pour ce qui est, d'abord, de Mézeray, c'est tout justement vers ce temps que se déclarait sa décadence. De son vivant, son amour pour le bien public, sa haine bruyante des « maltùtiers, » le ton d'indépendance* et de sincérité qui survivait encore aux retranchements des censeurs dans sa prose éloquente et bourrue, tout cela lui avait acquis dans le public bourgeois une popularité

L'autorité de ces compilations hâtives et anonymes, sortes d'annuaires contemporains, pouvait légitimemeot être suspectée par les protestants et Bossuet a raison de les éliminer. — Soulier, au contraire, se sert volontiers (p.24,39sqq.) de l'Histoire des Cinq Rois.

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