Sorel, ibid., p
5. Réflexions sur l' hist o/)-e de Davila, à la suite des Mémoires de Beauvais- Nangis (1665), t. I, pp. 123-286.
CflAPITRK PREMIER. 177
Bossiiet écrivait, quelques savants conservassent toujours une tendresse indulgente pour l'historien dont l'élégance, le bel ordre, et surtout les « réflexions » politiques et morales avaient enchanté les contemporains de Balzac et de La Rochefoucauld, néanmoins l'opinion des critiques, à la fin du dix-septième siècle, sur Davila, se reflète dans l'appréciation défiante que Fénelon exprime à son sujet\
Ces revirements de l'opinion savante, Bossuet était, on ne peut mieux, à même de s'en instruire des premiers, grâce à ses relations quotidiennes avec presque tous les érudits de son temps. En tenait-il compte? On a tout à fait le droit de le croire. S'il est une vertu d'esprit qu'il possède, c'est cette docilité de bon sens, toujours désireuse et capable de redressement et d'instruction. Tout nous permet donc d'attribuer à une déférence intelligente pour ce qu'on appelait alors les « jugements des savants » bon nombre des omissions qu'il fait, dans Y Histoire des Variations , d'auteurs connus, et assez impartiaux sur le sujet du Protestantisme, mais médiocres et peu sûrs.
Et dans de certains cas, c'est, tout à la fois, ce respect de l'opinion des critiques et cette complaisance pour les susceptibilités protestantes qui contribuent de concert à imposer à Bossuet des omissions, inexplicables sans ce double scrupule. Telle est, dans les chapitres' relatifs à
1. Lettre à Dacier sur les occupations de l' Académie française : « Davila se fait lire avec plaisir, mais il parle comme s'il était entré dans les conseils les plus secrets. L'historien qui veut m'apprendre ce que je vois qu'il ne peut pas savoir me fait douter sur les faits mêmes qu'il sait. >< — Cf. le P. Rapin, Réfl. sur l'histoire (1709); Vioneul-Marville, Mélanges, 1725, 1. 1, p. 65; (prera. édit. : 1699-1701); plus tard le P. Griffet, Traité des preuves de la vérité de l'histoire (1770), p. 81, et Bibl. hist. de la France, t. III, Mém. hist., XIV. — Davila conserve de nos jours encore, en histoire (cf., par exemple, A. de RuBLE, Ant. de Bourbon, t. III, p. 8, 9, 33, 73; t. IV, p. 3, 82) un crédit excessif, ce me semble, étant donné que, né en 1576 et amené en France en 1582 ou 1583, il n'a pas pu être, comme on le répète, le favori et le confident de Catherine de Médicis, morte en 1589. — Il quitta du reste la France, pour n'y jamais revenir, en 1589, à quatorze ans. Pour les vingt premières années des guerres civiles, en tout cas, son autorité est très médiocre. — Cf. plus loin, même livre, chap. ii, n° m.