‹ Bossuet et le Protestantisme: étude historiqueChapitre 21 sur 122 · CHAPITRE tl · texte numérisé non relu

CHAPITRE tl

ces conditions étaient la prédication de la vraie foi et l'administration droite et entière des sacrements. Pour ce qui regardait la pureté de la foi, les ministres étaient obligés d'accorder que les articles fondamentaux se trouvaient dans la prédication de l'Eglise romaine. Pour l'administration des sacrements, les ministres avaient beau contester, Bossuet leur prouvait qu'ils n'élevaient que des chicanes. La plus grosse question était celle de la communion sous une seule espèce. Bossuet démontrait que les (exemples mêmes des protestants donnaient lieu de croire que le sacrement tout entier se trouvait sous la seule espèce du pain ou du vin. Des disputes interminables eurent lieu sur ce sujet; mais Bossuet savait tirer parti des inconséquences de ses adversaires ; et ils ne purent jamais prouver que la pratique de l'Église romaine anéantissait le sacrement, puisqu'une pratique analogue était admise par eux dans certains cas.

Enfin quelle était donc la nature de l'autorité de l'Église î Fondée sur la propre parole de Jésus-Christ, avec la promesse d'une assistance perpétuelle et d'une durée sans bornes, l'Église avait toujours conservé sans interruption et sans changement la doctrine des Apôtres, et maintenu l'unité de la foi dans tout le monde chrétien, grâce à la suprématie du siège de Pierre, qui était d'institution divine. Toujours assistée du Saint-Esprit, elle n'avait jamais pu errer ; sa foi avait toujours été pure, en dépit de quelques troubles momentanés, mais annoncés d'avance, et toujours réprimés et terminés par des décisions infaillibles. Il n'y avait donc pas d'autre vraie foi que la sienne, et nul ne pouvait être admis à la contester, à plus forte raison à la renverser. Toutes les

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querelles soulevées par les novateurs ne pouvaient donc être que des révoltes, et tous les schismes des crimes.

Cette doctrine, admirablement déduite et développée, fermait la porte à toute innovatiou, et il n'était possible d'y opposer qu'un prétendu droit laissé à chacun de constituer sa foi à sa convenance, c'est-à-dire l'anarchie absolue des croyances. C'était là qu'il fallait nécessairement aboutir; mais les réformateurs s'en défendirent longtemps. Leur prétention n'était pas de proclamer la liberté absolue des consciences, mais de restaurer l'Ë^lise, qu'ils déclaraient corrompue. Ils auraient biea voulu maintenir l'unité parfaite de la foi, mais sous l'autorité de leur propre Église, qu'ils prétendaient ê;re la seule vraie Église.

A cette prétention s'opposaient beaucoup de difficultés, premièrement la diversité de la croyance dans leurs diverses Églises, qui étaient nombreuses, et ne parvenaient jaraais'à s'accoj'der parfaitement, en dépit de tous leurs efforts et de toutes leurs confessions ; secondement et surtout le fait que leur religion était réellement nouvelle, et née d'un schisme, de sorte qu'ils ne pouvaient sérieusement prétendre qu'elle fût la continuation de l'Église unique subsistant depuis les Apôtres.

Mais là-dessus ils avaient aussi leur théorie. Il n'était pas trop malaisé de prononcer que l'Église romaine n'était pas une vraie Église, puisqu'elle était, à leur dire, infidèle : mais c'est ce qu'il aurait fallu prouver ; il était facile de se donner pour les seuls vrais successeurs des Apôtres ; mais que faire de tous les siècles où les églises protestantes! n'avaient pas existé, puisqu'on somme ils ne pouvaient nier qu'on connût la date de leur com-

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