CHAPITRE V
aux malheureuses expressioas de Jurieu sur la prétendue inégalité du Fils b l'égard du Père, celles des Pères : ■< Loin de le faire inégal, ils le raisoteot en tout et par- « tout un avec lui aussi bien que le Saint-Esprit : » et afin qu'on prit l'unité dans sa perfection, comme on doit prendre tout ce qui est attribué à Dieu, ils déclaroient que t Dieu étoit une seule et même ciiose, une « chose parfaitement une, au delà de tout ce qui est un < et au-dessus de l'unité même. >
C'est ainsi qu'il faisait la leçon an sévère Jurieu, qui trouvait toujours à bl&mer dans lesPèresetdanstoutle monde, mais qui ne trouvait pas pour lui-même moyen de se mettre à l'abri des reproches d'impertinence et d'inconséquence. Si le sujet n'était pas si grave et si difficile, on pourrait quelquefois se divertir à voir reprendre ainsi un homme si présomptueux et si prodigue d'injures. On peut lire en particulier les articles VI, VII et VIII (1), où l'auteur examine le reproche que le ministre fait au concile de Nicée d'avoir consacré l'inégalité dans les Personnes divines, ce qui lui sert à soutenir que les siècles précédents n'ont pas connu l'égalité entre ces mêmes personnes. Il y a là une réfutation des urguments du ministre qui serait passablement humiliante pour un jeune homme sans expérience.
nLeminîstre, dit-Il (2), estdoncconvaJDcad'avoircaloinnJé, non pas des docteurs particuliers, mais tout un concile œcuménique ; et encore quel concile ? Celui que les cbrëtiens ont toujours le plus révéré, et celui qu'on reçoit expressément dans In profession de foi des prétendus réformés... »
Après une telle réfutation, et tant d'autres d'égale conséquence, nous serions étonné que le ministre Ju-
riea eût pu conserver quelque coDSidération dans hou Église, si nous ne nous con vainquions, par les discours de quelques-uns de nos contemporains, qu'ils ont pour ses arguments la plus parfaite estime, et que c'est Bossuet qu'ils accusent de sopMsmes. Où donc se trouvera, dans le genre humain, la raison qui peut servir d'arbitre entre les partis, s'il est toujours possible d'opposer un non à un oMt, et réciproquement, selon la communion qu'on a épousée dès le début? Pour nous, il nous semble que, quand Bossuet a poussé jusqu'au bout une de ses grandes réfutations, la cause est entendue, el qu'il faut plaindre celui qui ne se rend pas. Mais tandis que nous écrivons ces paroles, nous croyons entendre derrière nous quelqu'un que nous devinons, qui les retourne contre nous, et dit de nous en ricanant: «Quelle imbécillité I quel stupide aveuglement!» Laissons donc dire, et poursuivons notre analyse sans nous laisser intimider.
Donc le ministre Jurieu, d'après le raisonnement de Bossuet, trouve des partisans de l'arianisme et dans les Docteurs des trois premiers siècles, et jusque dans ceux qui ont rédigé les canons du concile de Nicée ; d'où il s'ensuit évidemment que l'arianisme n'est pas contraire aux fondements du christianisme, et que les ariens peuvent être reçus dans l'Église (1).
Notre conscience nous a fait entendre depuis longtemps qu'il ne convient pas à un profane tel que nous de débattre à fond de pareilles questions. Mais puisque Bossuet adresse ses Avertissements à tout le peuple des protestants, il ne dédaignerait sans doute pas des iec-
(«VoirArl. IX, p. 8î.