‹ Bossuet et le protestantismeChapitre 77 sur 96 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

mettre tous les autres huinines sous le ^ow^ le plus pesant qui puisse être iina;4iiiê. Mais remaniuons a'aburd que ce jou*^, quel (ju il soit, il se l'impose à lui-même allègrement et pieusement ; qu'il se fait un devoir et un honneur de ne marcher (ju'en concert avec toute ri'lfçlise, et do n'avoir jamais enseigné une doctrine (jui lui soit personnelle. Kspritservile et supersiitieu.x, disent ses ennemis : esprit docile et humble, dirons-nous, amoureu.x de la vérité, de la paix et de la charité, et qui ne croit pas que le contentement de soi que donnent des sentiments particuliers puisse jamais compenser »e mal des divisions, des contestations et des haines, sans rien dire des erreurs, (ju'entraîne trop souvent l'ambition de faire prévaloir une opinion singulière. Nous savons par quels principes religieux, par quelle foi absolue en Jésus-Christ il croit trouver dans l'Eglise l'enseignement de la vérité mfaillible ; c'est là que son cœur se repose, c'est le bien quv par charité il souhaite à tous ses frères en Jésus-Christ. Ouunt à la gloire de se distinguer entre les hommes par les lumières de l'esprit» il la croit si vaine et si dangereuse, (jue le moine le plus humble n'en est pas plus détaché que lui. Que ceux qui osent condamner comme une faiblesse la modestie de cet orateur incomparable et de ce merveilleux écrivain, se donnent la satisfaction de le rabaisser au rang des esprits obéissants par indigence de pensées ou tyranni* ques par dureté naturelle: c'est un plaisir cpion ne doit pas leur envier.

Certes, dans cette Inslruction pastoraUy il n'a pas ménage' les esprits superbes <]ui se sont élevés contre IMglise en (hlferents temps par mépris ptmr les croyances du vulgaire. 11 a eu soin de leur répondre (jne

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ce vuhiairc. méprisé i)ar les novateurs, « c'éloiL tout le cler{^é et tout le peuple de l'univers (I) ». Mais il leur a montré aussi par leur exemple que les esprits les plus ambitieux et les plus hautains ne sont pas exempts d'erreurs.

« Lorsqu'on s'astreint à n'inventer ricn(2),etù suivre ce qu'on a trouvé établi, on n'avance ni absurdité ni rien de nouveau. (Consultez l'expérience. D'où sont venues les absurdités ? !)<; ceux (|ui ont suivi la ligne de la succession, ou de ceux qui l'ont rompue ? Pour ne point ici parler des marcionites, des manichéens, (les donalistes, des autres anciens hérétiques ; (|ui sont, dans le siècle précédent, ceux (jui ont outré la puissance et l'opération de Dieu jusqu'à détruire le libre arbitre, par lequel nous diiréroiis des animaux, introduire uue nécessité fatale, et taire Dieu auteur du péchi' ? Ne sont-ce i)as les prétendus réformiiteurs, comme nous l'avons démontré ailleurs plus clair (]ue le jour, et de l'aveu de vos ministres ? (3) ».

Il poursuit dans le même sens une cnuraération véhémente des erreurs les plus choquantes qu'ila reprochées en diirérents ouvrages aux chefs du protestantisme; et il résume cette sorte de réquisitoire général dans les termes suivants :

« Quelle jjlus grande absurditi' pouvoit-on inventer ? et à moins que d'être insensible à la vérité, peut-on demeurer un seul moment dans une religion où l'on croit de tels prodiges ?,..

« Ces choses sont évidentes et les plus ignorans les peuvent entendre. Mais o malheur pour lequel nous ne répandrons jamais assez de larmes! nos frères ne veulent pas nous écouter: s<juvent ils sont convaincus ; ils sentent bien en leur conscience qu'ils n'ont rien à nous réitliquer. Toute leur défense est de dire : « Si nous avions nos ministres, ils sauroient bien vous

(Il 1». :i:j.

< Il Al'l IKi: Vli tll

rt'ponilre : « Vous r«'cliime/ \os rniiiislrcs, nos cliers fnMes ! Tous !•;» Jouis nous vous Taisons voir a quoi vns minisires vous onl cnga^,"'S, môni»; dans les d/îcrets de vos synoiies... - Press«'S dt; tcK aiLTurncfis, vous laissez là vos ministres et vos synodes; i^uQ nous importe, dites-vous/* Nous nous eu tenons a la soûle parole de Dieu, ({ui nous est très claire. Vous lit-on dans i'Kvun- •/i\i' les promesses de .lésus-Clirist, où vous n'avez rien à répondre ? vous eu app''I''/ :i vos ministres (jue vous veniez de rejeter (1) ».

Il aura boau i(îs tourner et retourner détruites farons, il rencontrera toujours en eux une insurmontable répuj^nance, quand il s'agira de se rapprtK'lier de celle Kfîlise qu'ils ont répudiée ; et celte résistance esl bien naturelle. Que doivent donc faire ceux (|ui entreprennent (le les con(]uérir?

«» Voulez-vous gagner les .rrans, aidez-les principalement i»ur vos bous exemples ('2). n

Celait assurément le meilleur et peut-être le seul moyen efficace pour les attirer. (!ar au reste les o.xcMises et les défaites ne leur manquaient pas : c'élait les perbéculions, (pn les ai^xrissaient ; c'était leurs miniï>tres, (U)nt on les |)rivait; c'était rKci'iture Sainte, (pTon ne hîur laissait pas lire. Bossuet a réponse à tout. Mais aiicime de ses exbortalions ne pouvait valoir ce dernier conseil adressé aux catholiipies :

« Lire rF''crlture avnc un fviprit dncjl»' ei sounio, p"ur >>n servir sans osleiilatiou .t dans l'esprit «le l'H^^lise, p.»ur la r. • duiro en pratique «H prouver par nus hunnes œuvres, cumuK* disait l'apôtre Saiut-.lar«|ue», que la vraie fol est en nous. »

(DPiB.- IJl.

ri) I'. 147.

lIOSiiUhT bi Ll. IKUlliSIArtTIbMk tb

■2-28 nOSSUET HT LE PROTESTANTISME

Ce sont là les exemples que l'illustre prélat donnait de sa personne, et qui certainement n'étaient pas stériles. 11 les donnait encore dans les derniers temps de sa vie: car cette Instruction pastorale fut imprimée en 1700 : Tévèque de Meaux, âgé de 73 ans, n'avait plus que quatre ans à vivre; et « averti par ses cheveux blancs » et par la maladie, se préoccupait plus que jamais « du compte qu'il devait rendre de son administration «. Les protestants à ramener, au milieu de tant de grandes occupations, formaient encore son principal souci. 11 leur ménageait les grâces du pouvoir royal, et obtenait pour ces infortunés des faveurs dont Tintendaut de sa province se plaignit quelquefois, les trouvant excessives.

Seconde Instruction pastorale sur les Promesses de Jésus-Christ.

La première Instruction fut attaquée par Basnage, et nous n'en sommes pas surpris, en considérant combien elle devait irriter tout le monde protestant par la doctrine qu'elle contenait, et par les conséquences qui en rcssortaient. Bossuet répondit à Basnage par une nouvelle Instruclion pastorale, adressée aux nouveaux catholiques (1) :

« Heureux qui Irouve un ami lidèle, et qui annouce la justice à une oreille attentive. » C'est à cette béatitude que j'aspire dans cette Instrucl'iDU, .l'ai proposé dans la i)réci''dcnte les promessps de Jésus-Clnist prêt à retourner au ciel..., et j'ai montré

il) Tome XVli, |). li.J.

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que ci'Hii promesse, qui rend l'Eglise infaillible, emporte la (lt''(;ision do toutes les «ontroverses qui sont nées, ou qui pourraient naître parmi U's lidèles.

a Les minisires demeurent d'accord que si rinicrprétalion des paroles de Jésiis-Clhrlst est tell»* que je la propose, ma fonscqu»'iice est lé^'iiiiiie, mais ils soutiennent que je l'ai prise dans mon «'spril, et que la promesse de J •'■sus-Christ n* a pas le sens que nous lui donnons. Il mV'St ais»'* défaire voirie contrains et si vous voulez m'écouter, mes chers frères, j'e8i)ère de la divine misi'ricorde de vous rendre la chose ••vidente. »

Rien n'est plus inalai>»3 (jue dï'xplicjuer des choses qui sont parfaitement claires pour tout le monde, excepté pour ceux (|ui sont résolus à ne pas les entendre. Si Basnage a cru devoir semer des difficultés sur les interprétations que Ik)ssuet avait données aux promesses en question, c'est (ju'il avait ses raisons pour cela ; mais une nouvelle explication aurait-elle paru nécessaire ù Bossuet, s'il ne s'était fait un devoir de ne laisser sans réponse aucune des atta(|ues des ministres ? Mais il n'avait aucune difficulté nouvelle à éclaircir, ou au moins nous n'en savons pas apercevoir dans les objections (pie le ministre lui a opposées. Cette discussion nous semble donc manquer d'intérêt, puis(|ue nous ne voyons ni ce que liasna;;e introduit d'important dans la di>cussion, ni ce (pu; le prélat y apporte de textes ou de pensées nouvelles à recueillir. L'un conteste la doctrine catholi(|ue par un intérêt de parti, l'autre la maintient avec sa précision ordinaire ; mais, à nos yeux, (jui a lu la première Iiisirurlion, connaît assez bien la sectuide pour ne plus s'y intéresser : la considération du nom de Bossuet nous impose seule la tâche de lire encore la seconde. Mais nous avouons (|uc nous n'y trouvons aucun fruit ni aucune suiveur. On est catholique avec Bos>uet,

.'iîO liO.s.-UET tT L1-: PROTESTANTISME

OU on ik; l'c^l pas: voiliK nous scinbli'-l-il, toiHe hi (|ut'slioii.

On ne peut pas demandera des hommes qui sont les ennemis nés de l'I^i^lise, de reconnaître (ju'elle a toujours eu, qu'elle a et qu'elle aura toujours uneassistance divine, et cela pour les condamner. Quanta des con- Iroverses plusieui's fois répétées sur des membres de phrase et des mots (\u\ nous paraissent clairs, nous avouons que nous en avons assez. Que les ministres protestants s'arrogent tous les avantages (lu'ils voudront devant Dieu et devant les hommes, nous ne nous mêlerons pas d'en juger. Nous respectons leur foi sans la partager: nousserions trop heureux s'ils en voulaient bien faire autant poui' la nôtre, mais nous ne l'espérons guère. Bossuet, ;comme on sait, se tient le plus près possible du sens littéral des Ecritures; les protestants y cherchent le sens qui parait plausible à leur raison ; ce sont deux méthodes à peu près inconcilial)les : celle de Bossuet prête assurément moins à l'arbitraire; mais elle oblige à croire des choses qui semblent dures à digérer; celle des protestants contente davantage les esprits qui l'emploient, mais elle ne supprime pas le mystère, et ne fait guère qu'ouvrir le champ aux interprétations personnelles les plus diverses. Ainsi, quand Jésus-Christ dit, dans l'Evangile: « Je serai toujours avec vous », Basnage veut qu'on entende : « A moins que je ne vous abandonne à vos erreurs et à vos vices » ; et ainsi l'Eglise n'a pas le droit de se prévaloir d'une assistance continuelle et invariable, ni d'une pureté p(M'pétu(.'lle (liuis la doctrine et dans les nio'urs ; mais .lu-bi la piomesse de Jésus-Christ se trouve renfermer une tanioioLTic. Les ennemis de l'Eglise auront donc

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pri?<j sur elle ; mais alors l'Evangile ne si«^nilie rien. Les protestants triom|)ljent. mais aux tlêp<;ns de l'Kcriiur<*, (jui est leur unique autorité. S'ils sont contents de cette méthode, c'est leur alïaire.

C'est pourtant en vertu de cette méthode qu'ils accusent Hossuetde sophisme : entre eux, il est comme convenu (jue l'évéque de Meaux n'est (ju'un orateur (ils n'osent |)as lui contester ce titrei, qui abuse d«» son élo- (juence pour «'blotiir le^ simples :

« >l. d»! .M»^aux, 'cnl iJasu.if,'!- ^ilans aoii Trailr lU s /

faux et légitimes , sail choisir ses malièros; celle do . ^

lui a paru suscf'|)lible de tous les •)rnements qu'il a voulu lui donner; el si les arinéos ont diminué le teu de son esprit ««i la vivacitt'' de son styl»*, ellss ne l'ont pas éleini. On a Uichi^ d»» prévenir les elTets qu«' ft-loquence et la subliiité de ce pn'dal jtouvoi«*nt faire dans l'esprit des peuples, on faisant... une discussion assez t>\uie des avanta<;*'S qu'il donne h rÉ^lisc el à ses |)asteurs '<) m.

Les lecteurs (jui ont lu de bonne foi la première Instruction pastorale savent bien (jue Hossuet n'y a fait usaj^e ni de subtilit(i ni d'éloquence, hormis cette éloquence i|ui réside dans les faits et dans les textes simplrment exposés; mais n'importe, on met les gens en j^arde l'oiiime on peut contre un adversaire d'un esprit suptîri(^ur, et l'on fait do la force du raisonnement un artdice, et un sujet de detiance, quand on n'a pa-> d'autre réponse à lui opposer.

Hossuet croit donc devoir» dans cette réponse, remeitif sous b's yeux du lecteur les paroles déjà citées <!♦' .lésus-Cbrist qui se trouvent dans saint .Matthieu :

II > .\|iu>i Milles., i. XVII, p m.

•J.'Î'J Rossnr/r i:t i.v. l'iiOTr.sTANTisMC

« Toule piiissauto nrcst doiiiK-c! dans If <iol l'I dans la terro. Aile/ donc cl onsoigne/ tontes les nations... El voilà, je snis tous les jours avec vous jus(|u'à la lin du monde (1). (Cli. wviii, 18, :20) ».

Cette citation u provoqué l'incli«:natioii du ministre, a M. de Meaux, dit-il, réduit tout ji un seul point deconnoissance, (}ui est Tautorité de l'Eglise. Tout, dit-il, consiste à bien conccvoii- six lignes de l'Evangile, où .lésus-Christ a promis en termes simples, précis, aussi clairs que le soleil », d'être tous les jours avecles pasteurs de son Église jusciu'à la fin des siècles ». Le ministre s'écrie ici : « Dieu adoncgrandtort d'avoir fait desigros livres et de les avoir mis entre les mains de tout le monde ». Ce n'est pas là, sans doute, une objection bien sérieuse, mais une ironie, telle que Basnage s'en permet de temps en temps pour réfuter par l'absurde la doctrine de Bossuet. Celui-ci y répond sans peine; mais ce que le ministre se propose surtout, est de prouver que l'assistance de Jésus-Chi-ist n'est pas promise seulement aux pasteurs de l'Eglise apostolique, mais à tous les fidèles: opinion qu'il pousse jusqu'à des excès qui la rendent tout d'abord invraisemblable; comme si Jésus- Christ avait promis son assistance continue, même à ceux qui le méconnaîtraient. Nous ne nous arrêterons pas ici à des paroles qu'il attribue faussement à son adversaire, ni à des suppositions gratuites qu'il rend volontairement ridicules. Par exemple, il prétend que pour maintenir la doctrine de Bossuet sur l'infaillibilité de l'Église, il faut croire que tous les évéques et tous les curés sont infaillibles. Or puisqu'on parle desophis-

(i) Cité p. 14S.

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