N° xlv
reconstitue ainsi le ])oint de départ et le progrès subséquent. Au moment où ils se séparèrent, « ils n'avaient encore que très peu de dogmes contraires aux nôtres, et peut-être môme point du tout1. » « Il semble que Waldo ait eu d'abord un bon dessein 2. » Quant à ses disciples, « secte obscure, timide et ignorante3, » étrangère aux spéculations ambitieuses et subtiles de certains hérétiques, « on ne remarquait chez eux, au début, que l'affectation d'une superbe et oisive pauvreté 4. » Tout ce qu'il y avait lieu de leur reprocher dans ces commencements, c'est qu'ils refusaient, en certains cas, obéissance aux pasteurs établis par l'Eglise ; qu'ils contestaient l'utilité de l'intercession des vivants pour les morts et de la prière faite dans les églises ; qu'ils rejetaient tout serment comme illégitime et déniaient à la société le droit de punir ; c'est surtout, enfin, qu'ils revendiquaient pour tout laïque de bonne vie le droit de prêcher librement. Plus tard même, « leur audace croissant, » ils réclamèrent le droit de conférer les sacrements et de « consacrer le corps de Jésus-Christ ;i. »
Cinquante ans après leur naissance, ils ne se croyaient pas encore sortis de l'Eglise. En 1212, ils viennent à Rome demander avec candeur l'approbation d'Innocent III 6. Il est vrai que vers le milieu du treizième siècle, « remplis d'un zèle amer contre le clergé et contre toute l'Eglise catholique, irrités de la défense qu'on leur fit de prêcher, ils ne gardèrent plus aucune mesure 7. » Mais alors même les seules erreurs dont on les accuse sont celles qui viennent d'être citées, en y ajoutant le rejet de la hiérarchie sacerdotale, des cérémonies extérieures du culte catholique et de l'honneur rendu aux
i. N° LXXIII.