L. V, n° xx
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ments, naturelle destinée d'un esprit critique1, qui voit trop de choses , ou trop de côtés des choses , pour s'arrêter obstinément à une opinion exclusive, et qui se contente trop malaisément en lui-même pour ne pas se transporter volontiers en autrui?
Outre cela, Mélanchton manquait de volonté. Il est impossible de ne pas le juger ainsi sur les exemples que Bossuet accumule. 11 n'avait pas le ressort d'un conducteur d'hommes. Avec des dons supérieurs, avec une double facilité, un double titre à conquérir dans l'Allemagne nouvelle une prépondérance méritée, — lui qui donnait au dogme luthérien sa forme, lui qu'Erasme jugeait seul capable d'hériter de sa royauté littéraire2, — il reste cependant un des acolytes subalternes de Luther ; il se met, avec les autres, à la suite3; il n'obtient pas, parmi les siens , plus d'autorité que les violents comme Amsdorf, ou que les brouillons comme Carlostadt. Dans les colloques, « le plus éloquent et le plus savant de tous les disciples de Luther4 » se tait et s'efface5. Il ne sait pas s'imposer, et l'on s'impose aisément à lui. Il ne pense pas comme ses collègues, et il agit d'ordinaire comme eux; il est, presque toujours, celui qui cède6, et une fois seulement, d'après Bossuet, il refuse publiquement et en face de souscrire à une décision de Luther7. Ce n'est pas
1. Mélanchthon regrettait que Luther n'eût pas une éducation littéraire plus complète : « Fortassis ad leniendam vehementiam naturae mitiora studia verae Philosophiae et cura formandae orationis ■profuissent. » {Corp. Reform., t. VI, p. 157.) Luther, au contraire, accusait la « philosophie » de Mélanchthon d'être la source de toutes ses inquiétudes. « Je hais ces lourds soucis qui, d'après ce que vous m'écrivez, vous consument. Si votre cœur en est si plein, il ne faut pas l'attribuer à la grandeur de notre cause, mais à la grandeur de votre incrédulité... Ce n'est pas votre théologie, c'est votre philosophie qui vous accable ainsi. » (Lettre du 27 juin 1530.) Texte cité et traduit par Kuhn, Vie de Luther, t. II, p. 458; cf. p. 456, 461, 465. Cf. Coltoquia Lutheri, éd. Bindseil, t. II, p. 72, 77, 199, 328.
2. L. V, nos n et Xvn. — « Doctor ilber aile Doctores. » Colloquia Lutheri, éd. Bindseil, t. III, p. 203.
3. « Si peccat, lenitate peccat... Nimis modestus est... Vult ex charitate omnibus servire. » Colloquia , t. III, p. 201.