‹ Bossuet, historien du protestantismeChapitre 158 sur 327 · DU SUCCES DE L « HISTOIRE DES VARIATIONS · texte numérisé non relu

DU SUCCES DE L « HISTOIRE DES VARIATIONS

A la date où parut Y Histoire des Variations , tout écrit venant de Bossuet était assuré par avance d'un retentissement particulier dans la société laïque comme dans l'Eglise, et non seulement en France, mais en Europe.

Précepteur pendant dix ans du fils de Louis XI Y, Bossuet était resté, à l'expiration de ces importantes fonctions, attaché à la cour par la charge de premier aumônier de la Dauphine1, et le public pouvait croire avec assez d'apparence que ces grandes places lui donnaient dans les affaires d'État un crédit qu'il aurait du reste mérité. On se trompait peut-être2, mais à voir

1. Bossuet ne fui nommé conseiller d'État ([n'en 1(397. Le Dieu, Mémoire, p. 20(3.

2. Selon Bayle, l'archevêque de Paris était, à cette époque, « le seul ministre du Roi dans les affaires ecclésiastiques... 11 les gouverne comme il veut et dispose à son gré de l'autorité royale, dont on peut dire qu'il est If dépositaire à cet égard, etc. » Remarques sur le concordat entre les Jésuites et les Pères de l'Oratoire, dans le Recueil de quelques pièces curieuses concernant lu philosophie de M. Deseavtes ( 1 68 i ) . — Ézéchiel Spanheim, qui n'est pourtant pas favorable à Bossuet, dit, lui aussi, que le « conseil de conscience >» ne se compose que de l'archevêque de Paris et du confesseur du Uni. [Relat. île la Cour de France, éd. Schefer, p. 213.) — Cf. Bacsset [Histoire de Bossuet, p. 577, 583, 591, 592'. sur la queslinn de savoir -i Bossuel lui consulté pour la révocation

cependant que, dans ces graves conjonctures de 1682, c'était lui, parmi tant d'évêques bien en cour, que le gouvernement avait choisi pour porter publiquement la parole en son nom, il semblait permis de considérer Bossuet comme une manière d'homme politique, et d'attribuer à ce qui sortait de sa bouche ou de sa plume un caractère presque officiel.

Son influence religieuse était, du moins, incontestable1, et elle grandissait sans cesse. Le succès de sa première œuvre de controverse, Y Exposition, après dixneuf ans n'était pas épuisé 2. Manuel préféré de tous les convertisseurs habiles, les éditions s'en renouvelaient;

de l'Édit de Nantes, et Réaume (Histoire de Bossuet, t. III, p. 102), ainsi que les pièces publiées dans le t. XXXI de l'édition Lâchât (Correspondance avec Pontchartrain) sur le peu de crédit de Bossuet à la cour même à la fin de sa vie. II semble donc que Floquet (Études sur la vie de Bossuet, t. II, p. 502) ait tort de dire que « Bossuet fut un des membres les plus écoutés de ce Conseil de conscience établi pour la Réunion », de même que A. Peyrat (Bull, du Prot. fr., t. IX, 1889, p. 355) et Ch. Read (même collection, t. IV, p. 21G).

1. Cf. les textes cités par Floquet, Bossuet précepteur du Dauphin, p. 387.

2. Aux réfutations signalées p. 77, n. 3, d'après M. Floquet, ajouter celles-ci : en Allemagne, [Fn. de Gaultier] Réflexions générales sur le livre de M. de M eaux, intitulé l'Exposition, Cologne de Brandebourg, 1685; Alberti Examen Expositionis fidei catholicae ; HasemannI Defensio Vrofessionis fidei catholicae et ejus Expositionis Bossueti, opposila Examini V. Alberti ; Alberti Epistola apologetica ad J.-B. Bossuetum in qua ostenditur quam frivole ac inepte G. Uagemannus contra Albertum et pro Bossuelo scripserit; (1691-1696.) Cf. en Angleterre : traduction anglaise de Y Exposition, Londres, 1685, citée par Lowndes, Bibliographers's Manual, t. I, p. 241 ; An Exposition of the Doctrine of the Church of England (réplique anglicane), 1686 ; Vindication of the Bishop of Condom's Exposition (1686) ; Defence of the Exposition of the Church of England against the exceptions ofMT de Meau.r and his Vindicator (16S6). — L'Exposition fut traduite en néerlandais en 1715. — Sur le succès et les résultats positifs de VExposition, voir les lettres du protestant Jacob Spon à l'abbé Nicaise dans la Corresp. de ce dernier. (B. N., Mss. fr., t. 11, f. 117, 118, 125, 126, 131, 134, 135, 136, 139, 141); les lettres de Bossuet et de Leibniz, du mois de mai 1679, OEuv. de Leibniz, éd. Foucher du Careil, t. I, p. 29-31 ; Mathurin, les Feuilles de Figuier ou les vaines excuses de ceux qui ont succombé dans la persécution (16S7), cité dans le Bull, de la Soc. du Prot. fr., t. VI (1858), p. 285; la Bibliothèque universelle et historique, 1688, p. 451; les Monatliche Un'terreduntge.\' de Leipzig, t. II, p. 491 (mai 1690); les paroles de Jacques Basnage en 1707, rapportées par d'Artigny (Méni. de Littérature, t. I, p. 165), et, du même Basnage, l'Histoire de l'Église, t. I, p. 2 ; enfin Burnet, Hislory of his own lime (1725), t. III, p. 121, à l'année 1685 : '< ... The priests were everyvvhere making conversions in France. The hopes of pensions and preferment wrought on many. The plausible colours that the Bishop of Coudom put on ail the errors of the Church of Rome furnished others with excuses for changing. »

et les protestants, que les « Condomistes » harcelaient, ne se lassaient pas de la réfuter. Et ce n'était pas seulement en France que, selon le mot de .lurieu, « le monde s'était entêté de ce livre ». En Angleterre, en Allemagne la discussion de V Exposition était encore à l'ordre du jour, et pour longtemps.

Les autres écrits, que, depuis 167|, Bossuet avait dirigés contre les protestants , n'avaient pas fait sans doute autant de bruit qu'elle dans le grand public; mais ils soulevaient cependant, parmi les hommes compétents, à l'étranger comme en France, presque autant de polémiques1. Enfin les négociations iréniques avec les luthériens, où Bossuet avait été, deux fois déjà, mêlé2, le faisaient paraître aux Allemands tout ensemble comme l'apôtre modéré d'un catholicisme conciliateur et comme le représentant officiel du clergé gallican3.

Car à cette date il n'y avait plus guère que lui qui fût très en vue dans l'Eglise de France. L'importance de son rôle théologique bénéficiait alors d'une circonstance fortuite : des nouveaux malheurs du Jansénisme. C'est, nous l'avons vu4, à la suite de JNlcole et d'Arnauld, presque sous -leur conduite, que Bossuet, plus jeune et moins connu, s'était engagé dans la lutte contre le protestantisme. Mais, en 1688, les Jansénistes persécu-

1. Cf. plus haut, p. 78-81 et p. 135. — Cf. A Conférence with M. Claude (1687); A Treatise of Communion under both kinds (1687). — Le Catéchisme de Meaux fut traduit, eu 1688, en néerlandais ; le Discours sur l'Histoire universelle, en 1715, en italien. Lord Perth pouvait dire à Bossuet sans trop d'hyperbole : « Vous êtes comme un autre saint Paul ; vos travaux ne se bornent pas à une seule nation, et vos prosélytes publient vos triomphes en des langues que vous n'entendez pas. » Lettre du 12 nov. 1685 (Edit. Lâchai, t. XXVI, p. 361). Cf. une lettre de M. de .Menize, gentilhomme écossais, à Bossuet, 10 oct. 1695 : « ... Quelque scythique que soit notre pays, votre réputation et vos écrits se trouvent en grande vénération dans les montagnes et dans les neiges de cette idtima tellus. » (Édit. de Versailles, t. XXXVIII, p. 18.)

2. Négociations entreprises d'abord par l'évêque de Tina, Spinola, continuées par le surintendant des églises de Hanovre, Molanus, et par Leibniz (1678-1670, 1683, 1690 sqq.). Bossuet y fut d'abord mêlé moins que Pellisson.

3. On disait en Allemagne (voy. Acla Erudit. Lipa., 1689, p. 65), que Louis XIV destinait à Bossuet la succession du cardinal de Furstenberg à Strasbourg.

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