Nouvelles de la Rép. des Lettres, sept. 168S
Renoult, Schultz, no font qu'appliquer1, dans leurs réfutations de l'ouvrage de Bossuet, la même méthode. C'est à qui d'entre eux fermera le plus victorieusement la bouche à Bossuet en lui montrant, chez les catholiques, et plus profond encore, le mal dont il avait prétendu que le protestantisme souffrait. Ils fouillent à l'envi dans le passé de l'Eglise romaine pour y découvrir le plus grand nombre possible de ces « inconstances » dont son hardi champion la proclamait exempte.
C'est bien aussi le même dessein que poursuivent, dans une certaine mesure, quelques-uns des autres critiques de Bossuet que nous venons d'énumérer. Basnage, — surtout dans sa grande Histoire de l'Eglise de 1099, — Burnet, Turrettin, consacrent une partie plus ou moins considérable de leurs écrits à signaler des changements de la foi romaine. Mais ceux-là, du moins, ne se contentent pas de cette réponse indirecte et détournée. Ils nient aussi, en revanche, que depuis le premier jour de la Réformation, les diverses communions du protestantisme aient vraiment changé de croyance. Ils attaquent donc VHistoire des Variations en face et la prennent corps à corps ; ils en contestent les récits ; ils en discutent les raisonnements, et c'est en infirmant les preuves de leur adversaire qu'ils cherchent à ruiner ses conclusions.
Ceux-là seuls, évidemment, ont de l'intérêt pour qui cherche à se rendre compte de la valeur scientifique de VHistoire des Variations. Quelque grande que soit, pour les théologiens, la légitimité et la portée de la méthode de récrimination, les contradicteurs de Bossuet qui l'emploient à l'exclusion d'une discussion plus directe ne peuvent rien nous apprendre sur un ouvrage qu'ils se contentent de combattre de loin, sans l'entamer. ?vTous n'avons pas à vérifier ici ce que les protestants peuvent objecter, à tort ou à raison , à l'Eglise catholique ; nous n'avons qu'à examiner ce qu'ils peuvent reprocher, justement ou non, à Bossuet historien du Protestantisme.
Mais avant d'examiner, parmi ces nombreux controversistes qui ont attaqué Y Histoire des Variations , ceux qui ont positivement réfuté Bossuet sans se borner à le contredire, il y a lieu de signaler un trait commun à tous : je veux dire le témoignage qu'ils rendent, les uns volontiers, les autres malgré eux, au mérite et au succès de l'ouvrage dont ils font la critique.
11 en est sûrement à qui cet aveu coûte : ce sont les auteurs calvinistes français'. Et de bonne foi, étant donné les circonstances et dans la situation du parti qu'ils avaient charge de défendre, on ne saurait leur en vouloir s'ils manquent parfois un peu de générosité et de justice. Mais il n'en faut pas moins noter les contradictions mal dissimulées où se trahit, en dépit d'eux, leur sentiment véritable.
On a déjà vu celles de Jurieu , qui proclame bien haut que YHistoire des Variations ne vaut pas une réponse, qui commence par en faire une lui-même, et qui engage encore les autres à la réfuter de plus près. Basnage est aussi peu conséquent. Malgré sa modération native, malgré la réelle estime qu'il éprouve pour son adversaire, il croit devoir, à son tour, le déprécier, et il rivalise avec Jurieu de mépris outrageants 2. « Comme il y a des personnes dont la laideur éclate à proportion des ornements dont elles sont revêtues, tous les traits d'éloquence, les déclamations, les figures de rhétorique dont
1. Les Nouvelles de la République des Lettres de novembre 1688 déclarent, six mois tout juste après la mise en vente de l'Histoire des Variations, que « parmi les protestants et dans les pays étrangers », cet ouvrage « ne s'attire pas la foule et l'empressement des lecteurs, et qu'en général il ne fait rien moins que ce qu'il avait semblé promettre. » — J'omets les insinuations calomnieuses, comme celles d'ALLix qui accuse Bossuet (Remarks i/pon the Churches of Piedmont) d'avoir entrepris les Variations en vue de déterminer la Cour à révoquer l'Édit. Cf. les mêmes allégations chez le revêche Ézéchiel Spanhëim, Relation de la Cour de France, p. p. Ch. Schefer, p. 271-277.
2. Basnage va jusqu'à mettre Bossuet au-deSsous de Maimbourget à déclarer, comme Jurieu, le livre très ennuyeux. (Édit. de 1690, part. I, cb. I, p. 1-2; cf. éditions de 1721, ibid., et de 1725, t. I, part. II, p. 2.)
M. de Meaux s'est servi pour donner plus de force aux Variations, ont fait mieux sentir la sécheresse et l'inutilité de cette matière '. » Mais alors ce misérable avortement d'un si grand effort ne devait-il pas, comme il le dit luimême, <( l'empêcher d'y répondre » ? Il répond cependant, et comment? « Ce gros livre », assure-t-il, « peut être réfuté par un seul raisonnement L>, » qui tiendrait en trois lignes. Va-t-il se borner à cette exécution expéditive, d'autant plus efficace et plus écrasante? Point du tout. Il honore cette œuvre qu'il méprise d'une discussion eu « quatre parties » et en deux volumes. — En 1G90, imitant les dédains de Jurieu avec la gaucherie d'un modéré qui se guindé à la fanfaronnade et à l'insulte, Basnage déclarait s'être hâté de répondre à. YHistoire des Variation*, de peur que, s'il eût trop attendu, ce mauvais livre ne fût auparavant tombé dans l'oubli3. Et, en 1721, lorsqu'il croit voir « se réveiller » en France « la conscience des peuples », lorsqu'il veut « dissiper les sophismes et les préjugés » qui ont pu séduire en 1685 les protestants infidèles, il ne croit pas pouvoir rien faire de plus propre à ce dessein que de rééditer son examen de YHistoire des Variations ; sans se rappeler qu'apparemment elle devait être bien oubliée à présent , cette histoire parue depuis plus de trente ans, et dont l'auteur, depuis dix-sept ans déjà, était mort.
Eu cela, les théologiens des pays étrangers qui attaquèrent Y Histoire des Variations sont parfois 4 plus sin-