‹ Bossuet, historien du protestantismeChapitre 198 sur 327 · Voir la bibliographie plus haut, p. 315 et notes · texte numérisé non relu

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2. Allix, Ancient Churches of Albigenses , p. ix, x. — Basnage, Hist. de l'Église, t. II, p. 1398 : « ... Peut-on croire qu'il soit permis d'outrager ainsi les morts, parce qu'ils ne sont plus, et que Dieu ne punisse pas les médisances et les calomnies qu'on renouvelle contre sa conscience? »

3. Basnage, Hist. de laRelig.des Egl. Réf., t. I, p. 100-101, 169; Hist. de l'Église, t. II, p. 1380, 1415. (Je cite le plus souvent les deux ouvrages, et quelquefois aussi l'édition de 17--?r>, à cause des changements que Basnage a faits à cette partie fie son travail.)

4. Robert Gaguin, Compendit/m supra Francovum gcsta [composé en 1497], in l'/til ',. Aug., f. 104; Léger, Hist. des Vaudois (1669), t. I; Mézeray, Hist. de France (16i3-lGôl), règne de Louis le Jeune, t. II, p. 108.

seulement qu'ils se sont trompés1. » Il ne saurait en tout cas former la moindre contestation sur les auteurs suivants : Nicolas Bertrand, historien de Toulouse, Jean du Tillct, Jean de Serres, Nicolas Vignier et « l'illustre M. de Marca » 2 : tous « hommes savants et judicieux, zélés pour leur religion, ennemis de la nôtre, qui n'ont aucun penchant pour les Albigeois, et qui, en fidèles historiens, se contentent de rapporter ce qu'ils ont vu dans les anciens mémoires et dans les Chartes du Roi. »

La délicatesse de M. de Meaux réclame-t-elle de plus anciens témoignages? Cependant il passe sous silence l'histoire des Comtes de Toulouse écrite par Bernard Gui, dominicain, inquisiteur, évêque de Lodève 3. Il omet de consulter ce vieil historien de l'Église du Mans, récemment publié par le Père Mabillon dans ses Analecta , et qui parle du passage et des prédications de l'hérétique Henri, vers 1120, dans le diocèse du Mans4. Il ne fait pas usage des documents en langue d'oc ou en provençal, tels que le Traité de l'Antéchrist et la Nobla Leyco?i, dont il conteste, — vainement, — la date et l'authenticité \ Mais pourquoi surtout ne dit-il pas un mot de Guillaume de Puylaurens , chapelain du comte de Toulouse , lequel

1. Basnage, Hist. de la Relig. des Êgl. réf., t. I, p. 148 sqq., 153, 198; Hist. de l'Église, p. 1408, 1479, 1422. Cf. Allix, p. 171 : L'Évêque, qui a fait une découverte que personne des auteurs anciens ni modernes, protestants ou papistes, n'a été capable de faire, doit la tenir de la révélation de quelque ange, blanc ou noir, je n'en sais rien, albus an ater, nescio. Id. ibid., p. 121-127 : Baronius n'était pas sur ce point aussi clairvoyant que l'évèque de Meaux ; mais comme il arrive souvent que celui qui se tient sur les épaules d'un homme grand voit un peu plus loin que lui, etc. Cf. le même, sur Mézeray, ibid., p. 127, 180- 190. — Voy. plus haut, p. 244-245 et notes.

2. Bertrand, Opus de Tolosanorum gestis, 1515, f. 29; Jean du Tillet, Sommaire de l'Histoire de la Guerre contre les Albigeois (1590); Jean de Serres, Hist. de France (1597), règne de Louis VIII, p. 90; N. Vig.nier, Hist. ecclés.. (1601) à l'an 1206; P. de Marca, Hist. de Béam (1640), 1. VIII, c .1;«. p. 729-730,

3. Bernard Gui ou de la Guionie, Comités Tolosani , imprimé dans l'appendice de ['Histoire de Catel (1623). — Basnage, Hist. de la Iiel. des Êgl. réf., t. I, p. 153; Hist. de l'Église, t. Il, p. 1109.

4. Acta Episcoporum Genomanensium, dans les Vêlera Analecta (1675- 1685), t. III, p. 313 sqq. — Basnage, ibidem.

5. Basnage, Hist. de la Religion des Églises Réformées , t. I, p. 151, 157- 158, 200, 276-278; Hist. de l'Église, p. 1422; — Allix, Ancient Churches of Piedmont, p. 160, 161, 167, 168'.

vivait en 1245 '? Historien curieux et sincère, d'une seule phrase il renverse tout le système de M. deMeaux sur les croyances des Albigeois. Basnage voudrait croire que Bossuet « n'a jamais lu cet auteur, car autrement il aurait eu assez de bonne foi pour le citer ou pour effacer la pias grande partie de l'onzième livre de son histoire. » Mais plutôt n'a-t-il pas eu peur qu' « en nous l'indiquant par quelque citation, toute sa peine ne fût perdue, et que le vaste recueil qu'il a fait de tant d'auteurs ne devint inutile 2? »

D'autant que ces auteurs qu'il préfère sont, presque tous, fort sujets à caution. Eckbert, Ermengaud, Ebrard de Béthuue, Alain, saint Bernard, « quantité d'autres », ne sont bons qu'à procurer à l'historien catholique « la gloire d'une vaste lecture. » Partiaux avec naïveté et jusqu'à l'impudence, ils font éclater à chaque mot leur violence outrageante; ignorants et grossiers, ils déshonorent parfois leurs récits par des contes ridicules; mal informés, ils parlent souvent des Albigeois sur de simples ouï-dire 3.

Pierre de Vaucernay est le principal historien sur lequel M. de Meaux s'appuie. Il fut, à la vérité, le témoin oculaire des faits qu'il raconte; mais témoin passionné,

1. G. de Puylaurens, Chronicon , imprimé également par Catel; puis par du Chesne, Script., t. V. — Basnage, Hist. de la Rel. des Égl. Réf., t. I, p. 150 sqq. ; Hist. de l'Église, p. 1409. — Basnage signale aussi, parmi les sources omises par Bossuet, des interrogatoires d'hérétiques albigeois par les tribunaux de l'Inquisition, mss. appartenant à un académicien nîmois protestant, Graverol (Hist. de la Rel. des Égl. Réf., I, p. 155 sqq.) qui, en soupçonnant l'intérêt et « de peur qu'on ne les supprimât », avait refusé de les céder à Colbert. Ces mss. signalés à Jurieu par Graverol (voy. Chauffepié, Dict., art. Jurieu) furent utilisés par le P. Benoît (voy. plus haut, p. 24i, n. 3). àli.ix (Ancieni Churches of Albigenses), et Limborch (Historia inquisitionis, 1692), recoururent également aux actes de l'Inquisition. Et ils n'eurent pas à s'en féliciter. Voy. plus loin, p. 41S. — Bossuet se préoccupa lui aussi plus tard de consulter ces documents. Voy. plus loiû, chap. iv, n° iv.

2. Basnage, Hist. de la Rel. des Égl. réf., t. I , p. 151 sqq. ; Hist. de l'Église, p. 1386, 1409.

3. Basnage, Hist. de la Rel. des Égl. Réf., t. I, p. 162 sqq.; Hist. de l'Eglise, t. II, p. 1413-1416. — Allix , Albigenses (p. 143-159) ne rejette pas le témoignage d'Alain; mais il essaie de le tirer à lui. Les deux adversaires de Bossuet ne s'entendent pas toujours entre eux.

qui accable le comte de Toulouse des plus calomnieuses injures; témoin crédule et superstitieux, qui multiplie les récits de miracles extravagants. Voilà l'homme à qui Bossuet accorde tant de crédit! Basnage a peine à le croire : « Les allégories subtiles , par lesquelles M. de Meaux tâche d'accorder ce moine avec les autres historiens, ont pu plaire à l'auteur des Variations lorsque son imagination était échauffée : elles doivent, à présent, lui faire honte '. »

Reprenons une à une ces diverses critiques. La première n'a pas besoin de se discuter sérieusement. 11 ne faut pas justifier Bossuet d'être allé droit aux sources. Quelles sûretés peuvent offrir sur un point quelconque de l'histoire du Moyen âge un compilateur comme Robert Gaguin, un rhéteur tel que Mézeray? Ce n'est pas de Jean de Serres ou de ses continuateurs , ni de Léger qu'il faut attendre des recherches plus méthodiques et plus approfondies. Leur seule originalité, c'est que déjà se trahit chez eux le zèle intéressé des Réformés de France pour ces hérétiques mal connus où ils auraient voulu trouver d'honorables devanciers. Quant à du Tillet, deMarca, Bertrand, Yignier, les uns ont vu, parait-il, et même « feuilleté », les autres ont connu des gens qui avaient vu « de fort anciens manuscrits » et « des Chartes2. » Le malheur est qu'ils ne citent rien. Il faudrait

1. Basnaqe, Hist. de la Rel. des Égl. Réf., t. I, p. 154, 166 sqq., 169, 172; Hist. de l'Église, p. 1410, 1411, 1415.

2. De Marca avait « feuilleté les mss. et les Bibliothèques du Languedoc. » Basnage, Hist. de l'Église, t. II, p. 1408. Malheureusement Baluze qui a revu et corrigé plusieurs ouvrages de ce prélat, n'a pu rendre le même service à YHisloire de Béarn qui est de 1610 (Baluze était né en 1630).

Bertrand « est fabuleux, dit !a Bibl. histor. de la France, t. III, n° 37762, dans ce qu'il dit des comtes qui ont vécu avant Raymond , comte de Saint- Gilles; pour ce qu'il a dit de ceux qui suivent, il l'a emprunté de Guillaume de Puylaurens et de Bernard de la Guionie, évêque de Lodève. »

Vignier même n'a rien vu; de l'aveu d'ALLix, p. 170-172, il a seulement connu « un Gascon, homme de réputation » qui lui « assura qu'il avait lu une des confessions de foi » des Albigeois, écrite « en vieux langage gascon r> et « prêchée devant le chancelier de l'Hospital un peu avant les seconds troubles de France. »

admettre aveuglément que , quand ils ont réellement consulté des textes originaux, ils ont bien lu et bien compris. Or Bossuet se refuse à cet acte de foi, même pour Jean du Tillet, « qui fut greffier du Parlement de Paris, » même pour « l'illustre M. de Marca, qui était archevêque. » C'est s'il avait autrement procédé, que Basnage n'eût pas manqué d'attaquer plus vivement encore, et plus justement aussi, sa méthode. Pour une fois par hasard que Bossuet a invoqué, sur un point de détail, l'opinion de Vignier, Basnage, qui tout à l'heure le blâmait d'avoir fait fi de cet historien, se hâte maintenant de lui reprocher de s'en être servi \

Ce qui serait plus grave, c'est si parmi les documents originaux relatifs à l'hérésie albigeoise, il en était échappé d'importants à l'attention de Bossuet.

En ce qui concerne d'abord la Nobla Leycon et les autres « vieux livres » provençaux alors connus, c'est sciemment, nous l'avons vu, et de dessein formé que Bossuet les rejette 2. Basnage apporte-t-il quelque fait nouveau propre â infirmer les préventions raisonnées de son adversaire? En aucune façon. Il se borne à lui apprendre où l'on peut voir ces documents, à maintenir qu'ils sont albigeois aussi bien que vaudois, antérieurs et non postérieurs à Waldo3.

Quant à l'histoire des comtes de Toulouse de Bernard Gui et à la Chronique des Evoques du Mans , le motif pour lequel Bossuet ne s'en sert pas '" est simple : c'est qu'il n'y trouvait rien pour le sujet qu'il étudie. L'historien anonyme des Evoques du Mans se contente, ainsi que Basnage le remarque lui-même , de narrer avec une indignation abondante les obscènes débauches que l'on

1. Hist. des Var., I. XI, nos xxm et xxv ; Basnage, Hist. de la liel. des Égl. Réf., t. I, p. lia; Hist. de l'Eglise, t. II, p. 1408.

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