L. ix, p. 19G
5. « Quoique la Réformation ait commencé en France sans l'autorité des souverains, cependant elle ne s'est point établie sans l'autorité des Grands, et si les rois de Navarre, les princes du sang et les grands du royaume ne s'en fussent mêlés, la véritable religion aurait entièrement succombé. » Tableau du Socinianisme (1691), 1. vin, p. 505.
G. Lett. past., t. III, 1. ix , p. 200 sqq ; 1. xvn , loco cit. — Jurieu va même jusqu'à invoquer, en faveur de la résistance, l'exemple de Jésus-Christ : « C'est sans doute ce que le Seigneur a voulu signifier quand, allant au jardin où i! savait que les Juifs devaient venir l'enlever avec violence, et comme on lui eût dit : Voici deux épées, il répondit : C'est assez. » « ... C'était assez pour son but, qui était de faire voir que ses disciples, dans une telle occasion, ont le droit de se servir des armes. »
ironie ', il se produit également sur ce point un changement pareil. En 1682, alors qu'il réfutait Maimbourg, il employait fort sincèrement, à ce qu'il semble, toutes les astuces de sa logique et toutes les richesses de son érudition à prouver que la Réforme n'était pour rien dans les guerres purement politiques du seizième siècle. En 1690, au contraire, écrivant ce fameux Avis aux réfugiés, où, sous le masque d'un catholique, il exprime en réalité ses propres idées du moment, il se proposait de prouver que, dès le règne de François Ier en France, dès le temps de l'écrit de Magdebourg2 en Allemagne, Luthériens et Calvinistes « étaient convaincus au fond du cœur qu'ils pouvaient et devaient défendre leur foi par les armes3. » Voilà donc un premier point où nous trouvons, après 1688, un changement d'idées réel et grave chez les trois interprètes les plus marquants du Protestantisme français d'alors, chez les trois écrivains qui en représentent le mieux, à cette date, les directions diverses4.
Sur la question des Albigeois, des Vaudois, et des autres hérétiques du Moyen âge, nous avons suffisamment fait voir quelle était, en 1688, la théorie favorite des controversistes protestants. La foi protestante, suivant eux, n'était pas une religion récente éclose au seizième siècle d'un miracle subit. La Réforme préexistait à Luther, à Zwingle, sous forme d'Eglises, considérables
1. Avis aux Réfugiés, t. II des Œuvres diverses, p. 592, 593, 608, 620, etc.; Entretiens sur la Cabale chimérique, ibid., p. 658, 661, etc.
2. 11 s'agit du De Jure magistralum in subditos et officio subditorum crga magistratus, publié probablement en 1550 à Magdebourg. (Voir sur ce livre, Pole.nz, Geschichte des franzôsischer Calvinismus, t. III, p. n, p. 76 sqq., 420 sqq.)