‹ Bossuet, historien du protestantismeChapitre 290 sur 327 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

de la Réforme du seizième siècle. En étudiant les Albigeois, « je ne cherchais point », dit-il, « des ancêtres aux Réformés : les Albigeois ne sauraient l'être !. »

Le rapprochement n'est pas moins instructif entre les opinions exprimées par les écrivains protestants, avant et après 1688, sur le compte de ces premiers auteurs de la Réforme dont Bossuet, dans Y Histoire des Variations, avait tracé des portraits si exactement étudiés.

Il est juste de remarquer d'abord que, si l'on s'en était tenu dans la Réforme aux conseils de Luther et de Calvin, on se fût soigneusement préservé d'une déférence excessive et d'un respect outré pour les chefs de la révolution religieuse du seizième siècle. « Avant tout, disait Luther, je prie le pieux lecteur , et je l'en prie au nom de Nôtre-Seigneur Jésus-Christ lui-même , de lire ces choses avec jugement, bien plus, avec beaucoup de compatissante indulgence 2. Je suis un homme sujet à l'erreur et je me soumets à quiconque pense mieux que moi. » « Les vrais Luthériens, disait-il encore, ne croient pas en Luther, mais en Christ. Luther, ils le livrent à sa destinée, et se soucient peu que ce soit un saint ou un coquin. Dieu peut parler par Balaam aussi bien que par Isaïe, par Caïphe aussi bien que par Pierre, voire même par un âne 3. » En dépit des impérieuses tendances de sa nature, le bouillant réformateur savait, au moins en théorie, réserver et respecter la liberté de la conscience individuelle. « Ce qui me déplait dans votre

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