‹ Bossuet, historien du protestantismeChapitre 293 sur 327 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

Wittenberg se considéraient de bonne foi comme une dynastie. Sur leurs dissertations s'étale, comme une orgueilleuse affirmation de vérité, la devise : « ex cathedra LutJicri, » et leur ville se compare publiquement à Jérusalem. On jurait, comme au temps de la scolastique, sur la parole du « Megalander », du « Theander, » qui était l'Aristote et le Galien de la théologie ; on s'attachait obstinément à la lettre du dogme, telle qu'elle se rencontrait clans ses écrits *. On n'apprendra pas, dans la Saxe électorale, à partir de 1624, d'autre catéchisme que le sien; on n'enseignera au prune que sa Postille, on ne chantera que ses cantiques. « C'est un troisième Elie, » disait déjà de son temps Hospinien 2 ; et quand le père Garasse raconte , sur la foi d'un pamphlétaire catholique, qu'il existait « un livret allemand composé en la louange de saint Martin Luther, où se lisait au long la légende de ce nouveau béat canonisé 3, » l'on ne doit peutêtre pas trop se hâter de crier à la calomnie.

Dans le Calvinisme, — il faut le dire à la louange de la pensée française, — on avait gardé plus de mesures. « Nous honorons, » disait en excellents termes Drelincourt *, « la mémoire de Calvin comme d'un excellent serviteur de Dieu, qui a grandement servi à l'avancement de son règne... Mais à Dieu ne plaise que nous le recon-

1. « Nos gens s'imaginent, — disait Levser, théologien luthérien, — que Luther et Philippe ayant enseigné ici, nous sommes au-dessus de toute erreur. » Cité par Colani, Revue de Théologie, t. VI, p. 353.

2. « Quid igitur hodie dicturum Lutherum existimabimus si revivisceret, his qui ipsum tertium Heliam facientes, non hominem, nedum monachum fuisse meminerunt? Quid item his theologis qui libros ejus normam esse volunt doctrinae in omnibus Eeclesiis et decisionis controversiarum omnium; a cujus sententia quicunque discedani, eos etiam a Scriptura et catliolica Ecclcsia dissentire, ac proinde haereseos juste condemnari concludunt?» Hospinien, Hist. sacr., II, 5.

3. Garasse, Doctrine curieuse des Beaux Esprits de ce temps, p. SS9-890 : « Quirinus Cnoglerus a remarqué en son Symbole luthérien qu'il a vu un livret allemand composé en la louange de saint .Martin Luther, qui portait tout au long la légende de ce nouveau béat canonisé par les ministres d'Allemagne » avec ces vers : « (In ri tu aeterna) Christus habet primas, habeas libi, Paule, secundas, At loca post illos terlia huilier habet. » Cité par Bayle, Dict., art. Luther, rem. D.

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