‹ Bossuet, historien du protestantismeChapitre 304 sur 327 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

Bossact; c'est que les écrits, où nous surprenons les preuves déclarées de ce grave changement, sont précisément des réponses à Y Histoire des Variations , composées sous l'impression toute présente et toute chaude d'une lecture avide et', pour ainsi dire , en face des pages ouvertes. Les Lettres pastorales de Jurieu nous en ont fourni un curieux témoignage. Dans les premières, à la date où Y Histoire des Variations n'a pas encore paru, le docteur protestant s'en tient encore, sagement, aux sentiments traditionnels des théologiens de sa communion sur la plupart des questions où Bossuet allait tout à l'heure porter de nouveau le combat. Mais dans les dernières Pastorales, alors qu'il est en train de lire Bossuet et de le méditer, alors il se lance tête baissée dans les solutions très hardies que je viens d'exposer sommairement. Il est donc légitime de voir dans l'ouvrage considérable que les controversisftes protestants * sont occupés à combattre de 1G88 à 1G91, une des causes des nouveautés d'opinions où ils donnent en ce temps-là.

Je dis une des causes; je ne dis pas la seule. Môme en tenant compte de l'intensité d'attention qu'accordait à la polémique religieuse le public éclairé de cette époque, et de l'état de « réceptivité » involontaire qui résultait de cette attention chaleureuse, il serait bien invraisemblable qu'un livre, si fort et si beau qu'il fût, ait eu tout seul tant d'efficace. Il est d'ailleurs possible de dégager, sur quelques-uns des points que j'ai pris pour exemples, les autres faits qui ont dû contribuer à ce même changement d'idées.

C'est en premier lieu cette Révolution anglaise de 1088 qui modifia brusquement la, direction des destinées politiques de l'Europe.

1. Il est bon de se rappeler également qui' le théologien de Genève qui, dans la première moitié du dix-huitième siècle, a poussé le plus loin la réaction contre les étroite ses de l'orthodoxie calviniste, est précisément ce Jean Alphonse Turretln qui réfuta Bossuet (cf. A. Sayous; Le XVIII0 siècle >'/ l'étranger,

1861, t.. (, p. 65-68, et ci-dessus, p. 319.)

L'expédition de Guillaume de Nassau, venant, à l'appel des protestants anglais et aux applaudissements enthousiastes de toute la Réforme, détrôner son beau-père, le très catholique Jacques II, qu'était-ce autre chose qu'un éclatant démenti aux prétentions qu'affichaient partout les docteurs protestants, de respecter l'ordre établi, d'être des sujets dociles jusqu'à la servitude et jusqu'à la mort, de s'interdire impitoyablement l'usage de la force, même pour défendre leur conscience, à plus forte raison pour accroître l'empire de leur religion? Mis en demeure de renier, soit Guillaume d'Orange, assurant l'Angleterre à la Réforme, soit la doctrine traditionnelle de l'obéissance passive prescrite par l'Evangile, les controversistes furent sans doute bien embarrassés. Fallait-il s'en tenir obstinément à cette ancienne rigidité qui eût condamné le nouveau et précieux champion de la cause? Ne valait-il pas mieux fournir au conquérant du trône d'Angleterre une orthodoxie nouvelle qui justifiât son entreprise et légitimât son triomphe? C'est assurément là l'un des motifs qui ont déterminé Jurieu, Rurnet1, d'autres encore2 à changer d'avis sur les guerres de religion et à proclamer, sinon le droit de conquête, tout au moins le droit de défense pour la foi 3.

1. Voy. dans Lowndes, Bibliographer's Manual, l'indication des ouvrages de Burnet sur cette question : An Inquiry info the measures of submission to the suprême authority and of the grounds upon which it may be lawful or necessary for subjeets to défend their religion, lives and liber ties; — An Inquiry into the présent state of affairs and in partkular, whether we owe allegiance to the King in thèse circumstances? (1688). — Cf. les Lettres sur les matières du temps de Tronchin du Breuil (les treize premières lettres.)

2. « Au commencement de 1688, Jacques Abbadie, prêchant au sacre de l'électeur Frédéric III, soutient que la puissance royale est de droit divin. Passé en Angleterre la même année, il pose résolument, dans sa Défense de la nation britannique, le droit de résistance des peuples. » Sayous, La Littérature française à l'étranger, t. II, p. 281.

3. Lett. past., t. III, 1. ix (1" janvier 1689), p. 194 : « Les circonstances du temps présent nous obligent à nous étendre un peu sur cette question, non seulement dans la vue de répondre à M. de Meaux et à ses pareils, mais surtout dans le dessein de satisfaire quelques consciences tendres et mal instruites du sens de cette maxime : Il ne faut pas se servir des armes en faveur de la religion. » P. 201 : « Quand une nation voit son prince dans la résolution d'extirper la religion dominante, il doit l'arrêter dès les commencements : c'est pourquoi la nation anglaise ne sera blâmée dans la conduite qu'elle tient aujourd'hui contre son Roi que par des gens pleins de leurs préjugés ou esclaves des grands

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