‹ Bossuet, historien du protestantismeChapitre 54 sur 327 · Le Dieu, Mémoire, p · texte numérisé non relu

Le Dieu, Mémoire, p

i. Le Died, Mémoire, p. 143, 166; 168; — Longuerue, Opusc, 11, p. L72-173; — Floquet, Bosswf précepteur, p. 225 et 420-451.

5. D'Herbelot, mort en 1685, professeur de syriaque au Collège de France, auteur de la Bibliothèque orientale ou Dictionnaire contenant tout ce qui fait connaître les peuples de l'Orient (Arabes, Persans, Turcs), 1 < >'■ '7 . — Ei ;èbe Re.naldot, m. en 1720 : Continuation de la Perpétuité de la Foi, 1713; Eisloriâ patriarcharum Alexandrinorum, 17in; Liturgiarum Qrientalium Collectio, 1715-1716; Anciennes relations des Indes et de la Chine, 1718; traduction latine de la Vie arabe de saint Athanase dans l'édition de ce Père par Mont-

Et qui sont, dans le même temps, les disciples préférés de Bossuet, les privilégiés de son intimité , les protégés de son crédit épiscopal ? Quelques jeunes prêtres, d'esprit vif et ouvert, qui se tournent tous vers la recherche historique : l'abbé de Vares, un instant bibliothécaire du Roi1; l'abbé d'Espinay-Saint-Luc , dont Longuerue, ce critique revêche, faisait cas2; l'abbé Fleury, qui bientôt après, dans son Histoire de l'Eglise, devait, sinon pratiquer avec beaucoup d'exactitude , du moins énoncer avec un libéralisme méritoire, les règles de l'histoire indépendante3; enfin l'abbé de Fénelou, qui semble, à ce moment, avoir porté vers l'étude du passé les ardeurs d'une curiosité encore incertaine de sa voie, et qui travaillait à une histoire de Charlemagne 4 dans des sentiments de précision et de rigueur étonnants, et honorables, chez un si délicat lettré5.

faucon); plusieurs mémoires dans le recueil de Y Académie des inscriptions. — Pour les relations de Bossuet et de l'abbé Renaudot, voir une lettre de Bossuet à Condé, du 10 octobre 16S4; et les aulres lettres dans le t, XXVI des CÊuvres; édit. Lâchât, p. 356, 360, 307, 458, 499, 510, 512. — Antoine Galla.nd (m. en 1715) n'a pas seulement traduit les Mille et Une Nuits; il étudiait aussi l'archéologie et la numismatique orientales. Voir VHist. de l'Acad. des Jnscr. et les Eloges de Claude de Boze. — Louis de Veil, dit de Co.\inÈGNE, publie, de 1G67 à 1678, des traductions de plusieurs écrits de Moïse Maïmonide; Charles-Marie de Veil, de 1674 à 1676, le commentaire de Joël, du Cantique des cantiques, de saint Mathieu et de saint Marc. — Sur Caton de Court, v. Floquet, vol. cité, p. 425 et 437. — ïhoynard, m. en 1706 : Evangeliorum harmonia graecbtalina, 1707. — Ces trois derniers s'occupaient spécialement d'hébreu. — L'abbé Gallois, ancien directeur du Journal des savants, professeur de grec au collège de France, un instant garde de la Bibliothèque du Roi, prit aussi une part aux travaux du « petit concile ».

1. En 1684. Cf. Essai hist. sur la Bibl. du Roi, 1782, p. 63.

2. Lettres de Fleury et de l'abbé d'Espinay à Bossuet du 28 sept. 1684; de Bossuet à Rancé, 23 octobre, et à Condé, 25 octobre ; JLqnguerue, Optisc, t. II, p. 173 ; Floquet, Bossuet précepteur, p. 104, 426.

3. Préf. de VHist. ecclésiastique, t. I, p. iv et vin. Cf. Hefrle, Beitriige z. Geschichte, Arch. und Liturgik, II, p. 89 sqq.; Sainte-Beuve, Lundis, t. XII, p. 265.

4. Entreprise probablement entre 1678 (date où Fénelon fut nommé supérieur des Nouvelles catholiques de Paris) et 1685 (date de sa mission de Poitou). A la fin de 1683, il était déjà en relations avec Bossuet. (Bausset, Hist. de Fénelon, t. I, p. 50, n. 1.)

5. <( On ne peut suppléer à ce qui manque (dans les textes originaux) et il vaut mieux laisser une histoire dans toute sa sécheresse que de l'égayer aux dépens de la vérité. » Lettre (antérieure à 1695) au duc de Beauvilliers, citée par Bausset, ibid.. p. 229 sqq.

Correspondant du fameux abbé Nicaise ', l'officieux « chargé d'affaires » de tous les érudifs de l'Europe 2, Bossuet est en rapport, par son intermédiaire, avec les savants les plus éminents parmi les étrangers ou parmi les réfugiés : Bayle3, Justel, Spon, Graevius, Cuper, Turretin 4, Leibniz : tous dévoués serviteurs de la science désintéressée, et qui, en dépit des dissensions politiques et religieuses, s'efforcent de fonder une « république des lettres5 » internationale et sereine6. Bossuet,

1. Lettres du 9 février 1679, du 8 juillet 1681, du 7 octobre 1686 (Œuvres de Bossuet, éd. Lâchât, t. XXVI.)

2. Cf. Leibniz, lettre du 7 sept. 1676, citée par Cousin, Fragm. philosophiques, t. 11,3e édit., p. 269; Baillet, dans la Correspondance inédite de Nicaise (Bibl. Nat., Mss., t. 111, p. 97) ; La Monnoye, ibid., t. 1, p. 185; lettre de Jean-Robert Chouet à J. A. Turretin, 15 juin 1693, dans les Lettres de Turretin, p. p. E. de Budé, t. I, p. 285-286. — La Monnoye fit à Nicaise une épitaphe où il l'appelle le « facteur du Parnasse. » Cf. les publications de Lettres de l'abbé Nicaise par V. Cousin (F. supra), E. Caillemer (1885), E. de Budé (1886), L. G. Pélissier (1889), E. du Boys (1889).

3. Bossuet écrit à Pellisson, le 27 déc. 1692, à propos du Projet de dictionnaire critique, publié tout récemment par Bayle : « J'en fais ma récréation la plus agréable. » Œuvres de Leibniz, éd. Foucher de Careil, I, p. 345.

4. Henri Justel, protestant, réfugié à Londres vers 1680, mort en 1693, publia avec Guillaume Voël la Bibliotheca juris canonici veteris, 1661. Sur son influence dans la société érudite à Paris, vers 1676-1677, voy. Ancillon, Mélange critique de littérature. — Jacob Spon, protestant, réfugié en Suisse, en 1685 ; épigraphiste et numismate : Recherches des antiquités de Lyon, 1674 ; Jgnotorum alque obscurorum Deorum arae, 1677 ; Voyage de Grèce et du Levant. 1677 ; Histoire de Genève, 1680 ; Recherches curieuses d'antiquité, 1683, etc. V. Lettres de Bossuet à Spon (1679), Œuvres, éd. Lâchât, t. XXVI, p. 269 et 270. — Jean-Georges Graevius, professeur à Utrecht, mort en 1703 : Thésaurus antiquitatum romanarum. 1691-1699, 12 vol. in-f° ; Inscviptiones antiquae tolius orbis romani, 1702; Thésaurus antiquitatum et historiarum Ita/icarum, 1704, 6 vol. in-f° ; nombreuses éditions d'auteurs grecs et latins. Bossuet est l'une des trois personnes de France à qui nous voyons Graevius envoyer en 1693 un de ses livres, les Notae in Lactanlium de mortibus persecutorum (Cf. ses lettres de nov. 1691 et de janv. 1693, Corrcsp. de Nicaise, Bibl. Nat., mss., t. 1, f. 148). — Gisbert Cuper, hollandais, membre associé de l'Académie des Inscriptions, philologue et historien, mort en 1716 : Observationum libri III, 1670; libri IV, 1678 (remarques de critique verbale sur différents auteurs grecs et latins); Harpocrates, 1687 (traité sur la mythologie de l'Egypte): Ilistoria t'ium Gordianorum, 1697. — Jean-Alphonse Turretin, mort en 1737, théologien et historien : Abrégé de l'Histoire ecclésiastique, et nombreux Mémoires et opuscules. Voy. sa Correspondance, publiée par E. de Budé (1888); et plus loin, livre III, chapitre i.)

5. Expression qui revient fréquemment dans la correspondance de l'abbé Nicaise.

6. (in.F.virs écrit à Nicaise : « Non minus nobis, qui doctrinae sapieritiaeque similis tenemur, haec bella quam matribus sunt detestata, quibus « spernitur orator bonus, horridus miles amatur. » Née quicquam nobis longius est quam

par les renseignements qu'il échange avec Nicaise, fait, pour ainsi dire, sa partie dans cette association d'aide et d'information mutuelle dont les membres, sans doute, n'étaient pas tous des hommes supérieurs, mais qu'animait comme d'un souffle fécondant et que soulevait, pour ainsi dire, de terre l'esprit de Leibniz, avec sa haute et suggestive philosophie, sa tolérance, sa curiosité enthousiaste et avide, en tous les ordres de connaissances, même les plus humbles, de progrès et de vérité1.

Le projet conçu par les maîtres du Dauphin2 de faire composer, en vue de son éducation, un certain nombre d'ouvrages d'histoire, dut également mettre Bossuet en rapports fréquents avec plusieurs savants distingués dont il avait à surveiller le travail. Géraud de Cordemoy était chargé de composer la vie de Charlemagne ; Jean Rou, celle de Charles Y ; Jean Doujat, un abrégé de l'histoire

at oplatissima par orbi terrarum reddatur, non modo ut aliis molestiis et angoribus levemur, sed ut lilteraria commercia refloreant. » — L'hostilité religieuse n'était pas moins complètement bannie des relations de ces « honnêtes gens ». « Je n'ai pas plus envie de m'ériger en controversiste que vous en convertisseur. » Spon à Nicaise, 3 février 1682, Corresp. de Nicaise, t. III, p. 141, Bibl. Nat., Mss. — Ailleurs, le même Spon (lettre du 8 juillet 1683, au même), lui dit que Jurieu lui reproche « qu'il est impossible, d'après ses ouvrages, de savoir de quelle religion il est. » Ibid., t. 11, p. 153. Cf. Lettres de Nicaise à Huet, p. p. L. G. Pélissier, p. 17. — Une seule fois l'abbé Nicaise se prêta à servir d'intermédiaire au Père de La Chaise qui voulait convertir Spon et qui en fut pour ses frais. (Ibid., t. Il, p. 151 et 165; lettres du 9 janvier 1683 et du 12 sept. 168 i). — Voyez les témoignages d'estime de Bayle, de Basnage, de Jean de Witt pour Nicaise, dans les Lettres choisies de Bayle, passim ; dans la Corresp. de Nicaise, t. IV, p. 59, et passim alibi. — Au reste ces dispositions tolérantes n'étaient pas nouvelles dans le monde savant : « Je vous proteste, mon cher Monsieur, écrivait déjà Balzac à Conrart, que je n'ai pas plus d'aversion pour les huguenots que vous en avez pour les catholiques. Puisque la bonne persuasion est un don de Dieu et une pure grâce du ciel, je ne suis pas si injuste que d'accuser un homme de sa pauvreté ; que de vouloir mal à un courtisan parce qu'il n'est pas en faveur ; que de lui être contraire parce que le prince ne lui a pas été libéral. » « Ces honnêtes gens, dit avec raison le protestant David Ancillon (Mélanges, p. 119) ne vétillaient pas sur la religion. » Cf. Bourgoin, Valentin Conrart et son temj>s, p. 292-293.

1. Lettre de Leibniz à l'abbé Nicaise : « Les savants ne devraient avoir que des pensées grandes et généreuses et dignes de l'honneur des lettres » (6 sept. 1676). « Je ne méprise rien, pas même les découvertes de grammaire » (9-12 janvier 1693). — Huet lui-même déclarait (Huetiana, p. 72) qu* « il n'y a point de science qui ne soit digne de l'esprit humain et qui puisse être épuisée. »

2. Voy. sur ce point, Floquet, Bossuet précepteur du Dauphin, p. 81-108, p. 217-228, etc.

universelle et une édition de Tite-Live1. Or Jean Doujat2 était à la fois un jurisconsulte et un philologue, dont les travaux sur l'histoire du droit canonique et sur le dialecte toulousain peuvent servir encore aujourd'hui ; le protestant Jean Rou était un érudit, d'immense savoir et de méthode précise, dont l'exil, à la Révocation, fut une perte pour la science française3; Géraud de Cordemoy, cartésien fervent , avait le mérite assez rare de daigner appliquer à la science des faits l'esprit d'examen prêché par le maître '', et le premier il sut comprendre qu'avant d'aborder la vie de Charlemagne, il fallait essayer de débrouiller, dans les documents originaux, l'histoire si emmêlée des deux premières races5.

Mais le service le plus appréciable sans doute que l'entreprise des classiques du Dauphin rendit à Bossuet fut de lui faire connaître de plus près le seul historien vraiment marquant qu'ait produit l'école janséniste : Le Nain de Tillemont. Quand « M. Le Nain » fut chargé de préparer les matériaux d'une vie de saint Louis0, Bossuet entra pro-

1. Notons encore parmi les hommes de lettres qui travaillèrent pour le Dauphin, Ch. Bui.teau de Préville, auteur, entre autres ouvrages, des Annales francici ex Gregorio Turonensi et Fredegario, 1699.

2. Professeur de droit canon au Collège de France, historiographe de France, Jean Doujat (mort en 1688) avait une connaissance des langues modernes rare pour l'époque. Principaux ouvrages : Dictiohn. de la langue toulousaine, à la suite des éditions du poète Goudouli, 1638 ; Spécimen juris ecclesiastici apud Gallos usu recepti, 1671 ; Synopsis conciliorum et chronologia Patrum, pontifieum, imperatoruni, 1674 ; Histoire du droit canonique, 1677; Praenotioinitii canoniearum libri V, 1687.

3. Cf. sur la suppression de ses Tables chronologiques, E. Benoît, Hist. de l'Edit de Nazi tes, t. V, p. 828 ; Mémoires et opuscules de Jean Rou, p. p. Waddington, 1857.

4. Voy. l'Épitre dédicatoire de l'Hist. de France, par le fils de Géraud de Cordemoy ; Racine, Discours pour la réception de Thomas Corneille et de Bergeret à l'Académie ; d'Olivet, Hist. de l'Académie française, éd. Livet, II, p. 215 ; Bayle, Noue, de la Républ. des Lettres, oct. 1685 ; la Bibliothèque historique de la France, etc. — Cf. Floquet, Bossuet précepteur du Dauphin, p. 104 sqq. ; E. Bourgeois, Le Capitulaire de Kiersy-sur-Oise, p. 182 sqq.

5. Son Histoire de France (1685-1689), 2 vol. in-f°, ne va que jusqu'à la lin de la seconde race.

6. Vie de M. Le Nain, y. 13 : Sainte-Beuve, Port-Royal, t. III et t. IV, passim; Floquet, Bossuet précepteur du Dauphin, p. 106-107. Les «. Mémoires » de Tillemont sur le règne de saint Louis ont été publiés par M. de Gaulle en 1*17 pour la Société de l'histoire de France. (Voir, sur les sources de Tillemont, l'introduction.) — Sur les relations de Tillemont avec Bossuet, voir sa Vie, p. 20-21 ; et dans les Réflexio?is morales, p. 374, lettre à M. de Meaux.

bablement en correspondance, à cette occasion, avec le savant solitaire, ce hardi et solide chrétien qui ne craignit jamais rien pour sa foi de la recherche la plus poussée et la plus sincère ' ; ce travailleur d'abnégation héroïque, dévot de la vérité jusqu'à y sacrifier son nom, qui, dans sa modestie, ne retrouvait de l'opiniâtreté que pour défendre énergiquement cette vérité sainte2: type exemplaire de probité et d'exactitude 3, pesant tout, dit un contemporain, au poids du sanctuaire '.

Enfin c'est à partir de 1675 que nous trouvons des témoignages positifs et nombreux du commerce régulier de Bossuet avec l'illustre compagnie des Bénédictins. Dom Martène, dom Michel Germain, dom Bernard de Montfaucon lui écrivaient. Dom Thierry Ruinart et dom Mabillon

1. « Il faut (dans l'histoire des Saints) ne rien avancer que de véritable, et même, s'il est possible, qui ne soit indubitablement vrai. » Réflex. mor. de M. Le Nain, p. 114. « Il (l'auteur) ne s'engage point... à examiner les conséquences que l'on pourrait tirer des faits qu'il trouve établis par de bons auteurs ni à répondre aux objections qu'on y a faites ou que l'on y pourrait faire... Il se contente de chercher la vérité des faits, et pourvu qu'il la trouve il ne craint pas que l'on en abuse ; étant certain que la vérité ne peut être contraire à la vérité, ni par conséquent à la piété. » Mémoires pour servir à l'hist, ecclés. des six premiers siècles, t. I (1G93), p. ix. Cf. p. xiv : « Notre piété, comme dit S. Augustin, n'est point dans l'illusion et dans le mensonge. »

2. Tillemont fournissait de « Mémoires », autrement dit de textes, la plupart des Janséoistes occupés à des travaux sur l'histoire ancienne de l'Église (Vie de M. Le Nain, p. 50). Il communiqua ses notes sur saint Louis à Filleau de la Chaise, à la seule condition de n'être pas nommé dans l'ouvrage. — Sur sa fermeté scientifique, voir cette Vie, p. 17, 50, 55, etc.

3. Hist. des Empereurs, Avertissement : « L'auteur a fait sa principale étude des histoires anciennes et originales... Il aurait bien souhaité de pouvoir tout prendre des anciens et ne rien dire du tout de lui-même. » Mém. pour servir à l'hist. ecclés., t. 1, p. iv-v : « L'auteur ne donne pas une histoire suivie et continue, mais divisée par titres où l'on ne voit qu'une chose à la fois... Il a eu principalement en vue ceux qui veulent s'instruire des choses à fond... » Ibid., p. xii : « On avoue qu'on s'est servi de quelques autres pièces qui, ne paraissant pas tout à fait authentiques, ont néanmoins des choses édifiantes et dignes des saints jointes à un air d'antiquité qui fait présumer qu'au moins le fond vient de pièces originales. Mais on a eu soin de distinguer celles-ci des premières, et de marquer, ou dans le texte, ou au moins dans les notes, le jugement qu'on en doit faire, afin de ne point tromper la piété des fidèles en prétendant l'édifier. » — Cf. p. xv, sur le moyen de discerner les pièces véritables des fausses.

4. Bailu-.t, Jugements des Savants, éd. de 1725, t. II, p. 89; cf. Dufossé, cité dans la Vie de M. Le Nain, p. 4-5; Gessner, Isagoge in Eruditionem (1784), I, p. 420, et Gibbon, cités par Sainte-Beuve, Port-Royal, t. IV, p. 32, 34-35, 40. Sur la « critique » de Tillemont, voir les restrictions du protestant Beausobre, Hist. crit. de Manichée, t. I, p. 2 ; de Sainte-Beuve, ouvr. cité , p. 12, et de Benan, Nouv. Êtud. d'hist. religieuse, p. 459.

furent ses amis1. Mabillon, en particulier, parait avoir entretenu avec Bossuet une correspondance régulière, et nous savons qu'il allait lui-même, soit à Saint-Germàin, soit à Meaux, faire séjour auprès du prélal *.

Tous ces faits prouvent que, depuis le moment où Bossuet s'établit à Paris jusqu'en 1682 au moins3, il a vécu presque constamment dans la compagnie des érudits et des historiens. Ce ne sont pas les philosophes, les Malebranche, les Bernard Lamy qu'il hante ; ce ne sont pas les beaux esprits, les Boileau, les Bouhours, qui l'attirent;

1. Lettres de Bossuet à Mabillon, 28 mai 1675; 12 août 1685; 29 janvier 1688; 9 octobre 1688; 3 septembre 1700; 11 juillet 1700; 26 avril 1702; 22 mars 1703; 22 août 1703; —de Mabillon à Bossuet, 9octobre 1685; 29 octobre 1686 ; date inconnue en 1700 ; 5 juin 1700 ; — de Bossuet à Montfaucon, 10 avril 1690; — de Bossuet à Ruinart, 11 juin 1686; — de Ruinait à Bossuet, li juin 1686 ; — de Bossuet à Martène, 26 janvier 1700 ; — de Bossuet à Bancé, 2 janvier 1690; — de Claude Devert à Bossuet, 20 juillet, 10 août, 26 septembre 1686; 28 juin 1687; — de Martène à Bancé, 2 janvier 1690 ; — de Ruinart a Rancé, 11 juin 1686; ■ — de Raucé à Ruinart, 14 juin 1686. — Cf. Correspondance des Bénédictins, p. p. Valéry, II, 159, 245, 218, 332; Mabillon1, Traité des Études monastiques, t. I (éd. de 1692), p. 263-270; Le Dieu, Journal, t. I, p. 157, 153, 186, 293; II, 49, 50, 51; Floquet, Bossuet précepteur du Daicphin, p. 434.

2. Sur la sincérité historique de Mabillon dans les choses même où l'Église paraissait intéressée, voy. sa Vie, par Ruinart, éd. de 1709, p. 59, 65, et le Traité des Études monastiques, t. I, p. 52, 63, 336, 347; t. II, 67 sqq. — Sur ses idées touchant les études auxiliaires et la méthode de l'historien, v.ihid.,], p. 327, 331; II, p. 25, 30, 32, 35, 40. — Sur son influence érudite, v. Ruinart, ibid., p. 7i, 75, 76 : « Je ne dis rien ici des liaisons que le P. Mabillon a eues avec toutes les personnes savantes qui ont été à Paris depuis plusieurs années... Il consultait lui-même ceux qu'il connaissait avec une docilité surprenante ; il en était aussi consulté à son tour... Il y avait de certains jours où plusieurs de ces savants hommes avaient coutume de se trouver à l'abbaye, et ils s'y entretenaient pendant quelques heures de leurs propres ouvrages, ou de ceux des autres qui paraissaient de nouveau dans le public. C'est là où on voyait ordinairement MM. d'Hérouval, du Cange, Cotelier, Baluze, Faure, d'Herbelot, Bigot, Renaudot... Quelques prélats même et d'autres personnes de la première considération ont souvent honoré ces assemblées littéraires de leur présence et de leurs lumières. » Cf. Baillet, Jugements des savants, t. II, p. 88 ; et surtout E. de BaoGLiE, Mabillon et la société de l'abbaye de Saint-Germain des Prés. — Notons enfin, pour bien montrer les liens de tout genre qui pouvaient rattacher Bossuet aux Bénédictins, que les savants religieux étaient, comme lui, suspects de sympathies jansénistes : voy. la Lettre de l'abbé *** aux RR. PP. Bénédictins delà Congrégation de S. Maur sur le dernier tome de leur édition de S. Augustin, Col., in- i , ss. d.

:;. Bossuet resta à la cour jusqu'en 1682 (Floquet, Bossuet précepteur du Dauphin, p. Mi). Ensuite ses fonctions d'aumônier de la Dauphine, ses affaires privées ou épiscopales le rappelèrent fréquemment à Paris, à Versailles ou à Saint-Germain.

il se plait et se renferme bien plutôt dans la société recueillie des savants proprement dits, et c'est aussi parmi eux, dans la même catégorie que Sirmond, Petau, Launoy, Luc d'Achery, Baluze et Montfaucon, que le classeront, au commencement du siècle suivant, les historiens de la littérature '.

De tout ceci, convient-il de conclure que Bossuet devait nécessairement devenir, lui aussi, un érudit et un savant? On a, du moins, le droit de supposer que cette fréquentation coutumière d'hommes de talent, dont la vie était vouée aux recherches exactes de l'histoire, eut sur son esprit et sur son travail une action réelle. A voir autour de soi, dans tous les ordres d'étude, tant d'efforts précis et minutieux, n'est-on pas insensiblement conduit à se faire une juste et salutaire idée des conditions sévères qu'exige la poursuite de la vérité dans les faits, à se pénétrer malgré soi des principes et des procédés de la saine méthode historique? Il va de soi que, pour être l'ami d'un Tillemont ou d'un Mabillon, on n'est pas pour cela leur émule ; mais il est vrai de dire aussi que de telles amitiés obligent. Le jour où Bossuet avait à faire lui-même œuvre d'historien , il devait se sentir tenu de suivre, autant que possible, les traces de ces consciencieux chercheurs et de contenter de son mieux leurs exigences.

Et puis, il est sûr que jadis les relations personnelles entre les gens de lettres étaient plus fructueuses et plus fécondes qu'elles ne le sont peut-être aujourd'hui, où la presse et les livres permettent à la rigueur à un travailleur de s'isoler. A ce moment du dix-septième siècle, où les journaux, quoique déjà florissants, ne paraissaient qu'à de longs intervalles et n'étaient sans doute pas encore d'un usage universel, où les livres savants, surtout quand ils avaient paru à l'étranger, étaient souvent rares et d'une acquisition difficile 2, les hommes de science sentaient da-

1. Par exemple, l'abbé Lambeht, HisL littéraire du rèijne de Louis XIV, 1751.

2. Toutes les correspondances du temps l'attestent; voy., par exemple, dans celle de Nicaise, Bibl. nat., Mss., t. III, p. 23-24, des lettres de l'abbé Bignon.

vantage le besoin de se rapprocher les uns des autres et de se secourir mutuellement1. Tous, assurément, ne comprenaient pas cette nécessité. Il y eut, par exemple, en ce temps-là, un homme d'esprit, laborieux, curieux, instruit, sachant composer, sachant écrire, qui s'appelait Antoine de Varillas. Il fit de l'histoire, et, malgré ses talents, malgré son ardeur à fouiller les bibliothèques et à compulser les manuscrits, ses ouvrages et son nom furent bientôt méprisés. Or les contemporains s'accordent à nous représenter le trop fécond auteur de tant de livres sans valeur comme un esprit fermé qui ne se souciait pas de l'appui des habiles, comme un entêté qui dédaignait leurs conseils2. Bossuet, avec plus de génie, n'avait pas tant d'orgueil. Le peu qui nous reste de sa correspondance suffit à l'attester 3. Pour chacun de ses ouvrages, il consulte les hommes compétents qu'il connaît, il demande aux plus habiles et aux mieux informés des renseignements et des avis. Si, comme on l'a dit avec raison, « il est difficile de s'imaginer la quantité de choses qui s'apprenait alors par la conversation 4 », par la communication des idées et des recherches, par ce commerce de confidences intellectuelles « également utile aux forts et

i. Longuerue à J. A. Turretin, 13 janvier 1694 : « ... S'il plaisait a Dieu de nous renvoyer la paix et de faire cesser cette malheureuse guerre, je crois que les savants de ce pays-là (d'Angleterre) ne dédaigneraient pas de rétablir le commerce avec nous ; car, monsieur, soyez persuadé qu'on ne peut rien faire de bon dans les sciences que lorsque les savants se communiquent mutuellement leurs connaissances, et que la république des lettres ne peut pas se passer du commerce non plus qu'une république politique. » (Corresp. de Turretin, éd. de Budé, II, p. 235). — Cf. sur l'influence d'érudits, comme Vyon d'Hérouval, du Chesne, du Cange, Le Cointe, Mabillon, un passage de la Biblioth. franc, de du Sauzet, III, i, 8, relatif à l'abbé de Camps, dans la Bibliothèque historique tir la France, t. III, xi. — Tillemont, Mejm. sur l'hist. eccléa., t. I, Avert., p. xvi. — Hoet, Mémoires, éd. Nisard, p. 198. — Turretin, lettre à Nicaise, du 21 août 1693, Corresp. de Nicaise, Bibl. nat., inss., t. IV, f. 136.

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