ViGi\'eul-Marvillf., Mélanges, t. II, p
2. Relation sur le Quiétisme, sect. V, xvai. Cf. Le Dieu, Mémoire, p. 138, 166.
3. L'Histoire de France pouvait être présentée, à la grande rigueur, comme l'œuvre personnelle du Dauphin, en ce sens qu'elle a eu pour point de départ et
nom et à l'honneur de son royal élève. Si l'on se rappelle et l'origine modeste et la destination pratique de ces deux ouvrages, on ne pourra évidemment pas reprocher à Bossuet de n'y avoir point fait ce qu'il ne voulait ni ne devait y faire.
Mais, en revanche, à observer d'un peu près la composition de Y Histoire de France, il s'y découvre un mérite de tout temps assez rare, et même dans des ouvrages de visées plus hautes : celui d'être fait d'après les textes originaux. C'est ce que d'ailleurs Bossuet déclare expressément dans la lettre célèbre où il expose au pape Innocent XI le plan d'études qu'il avait fait suivre au Dauphin. La matière de son enseignement historique, il l'a, dit-il, puisée aux « sources » et dans les histoires « les plus approuvées » : ex fontibus ac probatissimis quibus-
pour base les rédactions d'histoire que le Dauphin soumettait à Bossuet. Bossuet y conserve le plus qu'il peut le tour simple et purement narratif d'une rédaction d'élève; mais cependant il y a, malgré lui, substitué plus d'une fois sa phrase ample et brillante, tout en l'éteignant et en la modérant de son mieux. C'est ce que montrent divers manuscrils conservés soit à la Bibliothèque nationale, soit à la bibliothèque du grand séminaire de Meaux. Parmi ces derniers, nous trouvons, par exemple, la rédaction du règne de Charles IX écrite toute entière de la main de Bossuet. Bu reste, les renseignements donnés par lui à Innocent XI (De Insl.it. Del/ph., c. iv) sur sa méthode de, professeur d'histoire nous font clairement comprendre comment VHistoire de France s'est peu à peu formée, grâce à cette collaboration assez inégale du maître et de l'élève. « Ea (c'est-à-dire les faits tirés ex fonlibus ac probatissimis quibusque sçriptoribus) nos principi viva voce narrare, quantum ipse memoria facile retineret (c'est la leçon orale) ; inox eadem recitanda reposcerc (l'interrogation) ; is postea gallico sermone pauca conscribere (ce sont les rédactions résumées, soit d'histoire générale de l'Europe, — où l'on a voulu voir la continuation du Discours sur l'histoire universelle : cf. plus loin, 1. Il, ch. i,n° n ; — soit d'histoire de France, qui ont formé le premier fond de l'ouvrage qui nous occupe) ; mox in latinum vertere ; in thematis loco esse (ce sont les thèmes du Dauphin dont nous avons aussi des mss.) ; nos utraque (c'est-à-dire les thèmes latins et les rédactions françaises) pari diligentia emendare ; ultimo hebdomadis die, quae per totum scripta essent, uno tenore relegere ; in libros dividere, libros ipsos iterum iterumque revolvere. Hinc assiduilate scribendi factum est, ut historia nostra Principis manu styloque gallice simul et latine confecta, ad postremajam régna devenerit ; et latina quidem, ex quo eu lingua salis Principis nu/a, <nnisiiuu.>; ; reliquam ltisl<>ri<n,i </<il//<-r eodem studio persequimur. » Donc le fond même de l'histoire de France appartient tout entier a Bossuet, et la forme, pour l'arrangement cl pour le style, a été, pour le moins, très soigneusement revue et corrigée par lui. On ne peut que prendre au pied de la lettre la déclaration de Bossuet : « principis manu styloque confecta. » Cl'. sur ce point les conclusions de M. Floquet, ouvr. cité, p. 196-206.
que scriptoribus \ Or il ressort de l'examen de l'ouvrage qu'il recourt bien plutôt aux sources mêmes qu'à ces historiens de « seconde main », dont son docte entourage lui avait sans doute appris à se méfier toujours , quelque « approuvés » qu'ils pussent être.
Sans doute pour établir la suite des événements et la trame fondamentale de sa narration, Bossuet a dû s'aider des abrégés chronologiques qui existaient alors : le P. Labbe et le P. Petau2en avaient naguère publié d'excellents. Mais pour ce qui est du détail des faits, il va constamment le chercher jusque dans les historiens du temps3. C'est ainsi qu'il expose la première moitié du seizième siècle français principalement à l'aide des mémoires de Martin et de Guillaume du Bellay, le règne de Louis XI avec Commines , celui de Louis IX avec Joinville. Et il ne se contente pas de l'auteur qu'il a
1. De Instit. Delph., c. iv. — Cf. Floquet, Bossuet précepteur du Dauphin, part. I, ch. v et ch. xn. — Féneloa paraît avoir compris autrement l'enseignement de l'histoire, et n'avoir pas persisté, comme professeur, dans les bonnes dispositions d'exactitude à tout prix, qu'il avait autrefois manifestées. (Voir plus haut, p. 112.) « On peut, » écrit-il, « montrer (au duc de Bourgogne) quelque chose des auteurs de notre histoire jusqu'au temps de saint Louis, dont il a lu la vie écrite par M. de la Chaise. Ces auteurs sont assez ridicules pour le divertir. » Lettre à Fleury, Œuvres, éd. de 1850, t. VII, p. 517. Il y recommande la lecture de plusieurs bons auteurs de seconde maiD, mais presque jamais l'étude des sources.
2. Le P. Labbe, Chronologie française, 1666; Francorum regum Annales accuratissimi, continué par le P. Briet, imprimé dans la Chronologie historique du P. Labbe, 1636-1670.— Le P. Petau : Epitome historiae regum Franciae,... ex Dionysio Petavio excerpta per Aegidium Lacarry, 1672.
3. Sur les recherches faites dans les Bibliothèques par divers érudits en vue de fournir à Bossuet des matériaux , voir Floquet, ouvr. cité, p. 73. Bausset, Histoire de Bossuet, 1. IV, ch. ix, déclare avoir vu de nombreux cahiers d'e.rtraits faits soit par Bossuet, soit par d'autres personnes sur ses indications, et annotés par lui. « Nous avons, » dit-il, « entre les mains les extraits que Bossuet avait ainsi recueillis tle Monstrelet, de Belleforest, de Christine de Pisau, de [Jean] d'Auton, de Godefroy, de Saint-Gelais, de Commines, de Seyssel, de [Boj vin du] Villars, de Guichardiu, de Davila, de Thou, de Matthieu. » Les extraits de Christine de Pisan avaient sans doute été faits pour Bossuet par quelque érudit sur les mss. conservés soit dans la Bibliothèque du Roi, soit dans celle des Avocats (voy. la Bibl. histor. de la France). — La plupart des autres extraits peuvent avoir été faits par Bossuet lui-même ; ce qui permet de le supposer, c'est : l°la présence dans sa bibliothèque personnelle de presque toutes les éditions d'auteurs originaux dont il pouvait avoir besoin pour son histoire de France; 2° l'existence de recueils et d'extraits analogues, — autographes, — relatifs à V Histoire des Variations (voir, sur ces deux points, la fin du présent chapitre, n° v).
choisi, pour chaque époque, comme son guide principal : sur le règne de Louis XII, il combine ensemble les renseignements fournis par Jean d'Auton, par Jean de Saint- Gelais et par Claude de Seyssel ; — sur le règne de François Ier, aux du Bellay, il ajoute Guichardin; — sur le règne de Charles VII1, il complète Monstrelet par Jean Chartier, par Jacques le Bouvier et par la Chonique anonyme de la Pucelle2 ; — sur le règ-ne de saint Louis, il ne consulte pas seulement Joinville, mais aussi Guillaume de Nangis, Guillaume de Puylaurens, Guiart et les autres chroniqueurs édités par du Gange, du Chesne et d'Achery 3.
Touchant les premiers temps de notre histoire , où la lumière était encore si peu faite, il suit généralement la tradition des Grandes Chroniques, mais il profite aussi des documents nouveaux sur lesquels des publications récentes avaient attiré l'attention : plusieurs traits de son chapitre sur Charles le Chauve s'inspirent évidemment de la lecture des Capitulaires et de l'interprétation nouvelle qu'un ami de Bossuet, Géraud de Cordemoy, allait proposer, dans son histoire des deux premières races4, du fameux acte de Kiersy-sur-Oise.
Par contre, les historiens si nombreux de la fin du seizième et du commencement du dix-septième siècle pa-