‹ Bossuet, historien du protestantismeChapitre 76 sur 327 · Part. II, ch. xxix · texte numérisé non relu

Part. II, ch. xxix

n'hésitant pas, même dans nn ouvrage élémentaire, à passer par-dessus les ouvrages de seconde main pour aller chercher, en face des documents originaux, une vue directe du passé. Le Discours sur l'Histoire universelle témoigne qu'il savait porter, dans l'explication de l'histoire ancienne, la logique indépendante d'un observateur à qui ses sentiments religieux n'ôtent pas la clairvoyance des causes naturelles. Ici, enfin, nous le voyons s'exercer à ces minuties de la recherche et de l'interprétation critique des faits, où la patience se rompt, où le savoir s'étend, où le jugement s'affine.

Lors donc que, vers 1688, Bossuet mettait la dernière main à cette entreprise, vaste et pleine de difficultés, de l'histoire du protestantisme, il avait déjà fait, — ne disons pas, si l'on veut, ses preuves, — mais assurément son apprentissage d'historien. Déjà préparé d'avance au goût des choses de l'histoire, d'abord par l'éducation qu'il avait reçue aux environs de 1650, puis par l'influence de la société savante, au centre de laquelle il avait vécu douze années, son esprit venait en outre d'acquérir, par un fécond exercice et d'heureux essais, les besoins, les habitudes, les vertus qui font un historien capable et digne de sa tâche \

Il ne nous reste plus, avant d'entrer dans l'étude intime de Y Histoire des Variations, qu'à rechercher à quelle date Bossuet a composé son ouvrage et s'il a eu des collaborateurs.

L'abbé Le Dieu rapporte que Bossuet commença l'Histoire des Variations « en finissant » le Discours sur l'histoire universelle , et, dans un autre endroit, que Bossuet

1. Voyez d'autres preuves de l'exactitude consciencieuse de Bossuet dans les lettres du 19 sept. 1690, à Rancé ; du 7 mars 1691, au P. Mauduit ; du 17 août 1693, à Nicole ; du 8 sept. 1701, à Brisacier.

« travaillait à revoir ce discours » en vue de L'impression prochaine pendant le voyage que firent les officiers de la future Dauphine, pour aller recevoir, à Fegersheim en Alsace. Anne-Marie-Christine de Bavière, fiancée du Dauphin, et la ramener à Paris (25 janvier-10 mars 1680) '. C'est donc au commencement de 1680 que Bossuet, d'après Le Dieu -, aurait entrepris Y Histoire des Variations.

11 est sur en tout cas qu'il dut y travailler activement cette année-là et la suivante. Le mariage du fils de Louis XIV mettait fin à la charge de Bossuet qui, en attendant un nouvel évêché 3, n'avait plus, à partir du mois de mars 1680, d'autres fonctions à remplir que celle de premier aumônier de la Dauphine. Son activité habituelle doit nous engager à croire qu'il ne laissa pas perdre ce loisir, et comme, dans la série de ses ouvrages, nous ne trouvons, aux années 1680 et 1681, que la publication du Discours sur l'histoire universelle, paru au mois de mars 1681, et, en novembre, celle du sermon sur VUnité de l'Église, composé dans le courant du mois d'octobre, il est permis de supposer que ce fut aux Variations que Bossuet consacra, durant ces deux années, le reste de son temps.

Mais à partir de l'ouverture de l'Assemblée générale du clergé, au mois de novembre 1681, il fut sans doute obligé de suspendre à peu près complètement la prépa-

1. Mémoire, p. 193 et 173 ; lettre de Bossuet à l'évêque de CasLorie, 21 janvier 1680 ; Floquet, Bossuet précepteur du Dauphin, p. 227-228, 273-279.

2. Selon M. Floquet, — qui s'appuie sur la lettre de Bossuet à Innocent XI de înstitutione Delphini (8 mars 1679), — les deux dernières parties du Discours sur l'histoire universelle ont été composées seulement en 1679. « Jamquè... hanc historiam (i. e. universam) ante perlectam... ita revolvimus ut perpetuam religion/s seriem et irtiperiorum vices earumque causas, ex alto repetitas, liquido demonstremus. » M. Jacquinet (Préf. de Védit. du Discours, n. 1) signale un texte qui est un peu en contradiction avec cette donnée. Bossuet envoyant, le 8 mai 1681, àl'évêque de Castorie, un exemplaire de soaHisloire universelle, écrit :« Quod n me nuper editum est, ad serenissî Delphini in format iunem ab aliquot jam annis compositum opus, id offerre tibi... met offieii est. » Peut-être faudrait-il avancer quelque peu l'achèvement du Discour,'; et dater d'un peu plus tôt le commencement de 1 Histoire des Variations.

'■',. Nommé à l'évèché de Meaux au commencement de mai 1681, Bossuet ne lit son entrée dans son diocèse que le 7 février de l'année suivante (Floquet, ouvr. cité, p. 541-542, 581

ration de son nouvel ouvrage. On sait en effet quelle part considérable il prit aux travaux du célèbre concile gallican, d'où sortirent, rédigés par lui, les Quatre articles. Les questions qu'on souleva dans l'assemblée sur le sujet de la Casuistique et du Probabilisme lui donnèrent lieu, en 1682, de composer deux écrits, le de Usura et le Décrétant de morali disciplina, qui, s'ils n'exigeaient pas de grandes recherches, sont du moins assez étendus1. En même temps, le projet de la Réunion des protestants était repris par le clergé avec plus d'insistance et plus de précision que jamais. On se sentait sûr dorénavant d'obtenir d'un jour à l'autre du pouvoir séculier la révocation de l'Edit de Nantes ; mais en attendant ce triomphe prochain, il paraissait indispensable de tout faire pour dissiper, s'il était possible, les résistances dogmatiques des Réformés. C'est cette préoccupation sans doute, qui, en cette même année 1682, détermine Bossuet à publier la Relation de la conférence tenue en 1678 avec Claude2 et le Traité de la communion sous les deux espèces. Il fallait, comme il le dit lui-même, « courir au plus pressé3. »

L'année 1683 put être consacrée à peu près uniquement à la composition de l'Histoire des Variations 4; mais bientôt de nouvelles obligations vinrent l'en arracher encore pour longtemps. Sur les ordres du roi, Bossuet dut entreprendre la Défense de la Déclaration du clergé ; besogne ingrate où l'évêque de Meaux, dont le gallicanisme tempéré n'allait point aux extrêmes , semble être l'avocat

1. Bossuet n'y consacra peut-être que la première partie de l'année. Voy. la lettre à Rancé du 8 juillet : « L'assemblée m'avait chargé de l'examen de la morale, et une occupation si importante remplissait tout mon temps. >< La fin de l'année fut sans doute occupée par un voyage en Normandie (lettres à Dirois et à Condé, 28 et 30 octobre) et par les soins de l'installation à Meaux. Il s'occupait cependant, malgré ses dérangements et des lectures en vue de VHistoire des Variations (lettre au Cte d'Avaux, 17 décembre).

2. Publié avec les Réflexions sur un écrit de M. Claude. Le privilège est du 12 d'août 1682.

3. Cf. la fin d'une lettre à Dirois, 28 oct. 1682 ; une lettre au cardinal Cibo : « Ad Eminentiam tuam singulari ejus benevoleniia, etc. » (Lettre sans date, mais probablement de cette époque); et la préface de l'édition Le Queux et Le Roy, p. xxxvi.

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