CHAPITRE XIII
la méthode de notre auteur a rapporter les blasphèmes des heretiques est contraire a l'écriture et a la pratique des saints.
Pour moi, je ne comprends pas comment M. Simon a osé répéter tant d'impiétés et tant de blasphèmes sans aucune nécessité, le plus souvent sans réfutation, et toujours, lorsqu'il les réfute, en le faisant très faiblement et par manière d'acquit. « Dieu commandait de lapider le blasphémateur hors du camp », pour en abolir la mémoire et celle de ses blasphèmes. Lorsqu'on accusa Naboth d' « avoir maudit Dieu et le roi », on n'osait point répéter le blasphème qu'on lui imputait, et on en changea, selon la phrase hébraïque, le terme de malédiction, en l'exprimant par son contraire. Saint Cyrille d'Alexandrie, écrivant contre Julien l'apostat, déclare qu'il en rapporte tout l'écrit pour le réfuter, à la réserve de ses blasphèmes contre Jésus- Christ. Ainsi l'esprit de ce Père était que nous eussions une réponse à cet apostat, sans en avoir les blasphèmes, et l'esprit de M. Simon est que nous ayons les blasphèmes sans réfutation. Pour tout remède contre les écrits des sociniens, il dit à la
4i8 == BOSSUET. — Cil AP. XII
fin que « s'il n'était pas obligé de renfermer dans un seul volume ce qu'il a à dire sur leur sujet, il aurait examiné plus à fond les raisons sur lesquelles ils appuient leurs nouveautés, ce qu'on pourra, dit-il, exécuter dans une autre occasion ». En attendant, nous aurons tout le poison de la secte, dans l'espérance que M. Simon pourra dans la suite, non point réfuter ni convaincre, car ce serait se trop déclarer, mais examiner plus à fond les raisons dont ils soutiennent leurs nouveautés : ce qui leur donne autant d'espérance qu'aux catholiques. Le terme de nouveautés dont on qualifie leurs opinions ne fait rien, puisqu'on en dit bien autant de celles de saint Augustin, qu'on ne prétend pas pour cela proposer comme condamnables ; et nous avons tout sujet de craindre que, si ce qu'a dit M. Simon est pernicieux, ce qu'il promet ne le soit encore davantage.