DIFFÉRENCE DES PERILS QU'ON CHERCHE ET DE CEUX QU'ON NE PEUT ÉVITER
D compare les dangers où l'on se met dans les comédies à ceux qu'on ne peut éviter qu'en fuyant, dit-il, dans les déserts. On ne peut, continue-t-il, faire un pas, lire un livre, entrer dans une église, enfin vivre dans le monde, sans rencontrer mille choses capables d'exciter les passions. Sans doute la conséquence est fort bonne : tout est plein d'inévitables dangers : donc il en faut augmenter le nombre. Toutes les créatures sont un piège et une tentation à l'homme : donc il est permis d'inventer de nouvelles tentations et de nouveaux pièges pour prendre les âmes. Il y a de mauvaises conversations qu'on ne peut, comme dit saint Paul, éviter sans sortir du monde : il n'y a donc point de péché de chercher volontairement de mauvaises conversations, et cet apôtre se sera trompé en nous faisant craindm que les mauvais entretiens ne corrompent, les bonnes mœurs? Voilà votre conséquence. Tous les objets qui se présentent à nos yeux peuvent exciter nos passions : donc on peut se pré-
parer des objets exquis et recherchés avec soin, pour les exciter et les rendre plus agréables en les déguisant : on peut conseiller de tels périls ; et les comédies, qui en sont d'autant plus remplies qu'elles sont mieux composées et mieux jouées, ne doivent pas être mises parmi ces mauvais entretiens, par lesquels les bonnes mœurs sont corrompues. Dites plutôt, qui que vous soyez : il y a tant dans le monde d'inévitables périls ; donc il ne les faut pas multiplier. Dieu nous aide dans les tentations qui nous arrivent par nécessité; mais il abandonne aisément ceux qui les recherchent par choix : et celui qui aime le péril, il ne dit pas, celui qui y est par nécessité, mais celui qui Vaime et qui le cherche, y périra.