SAINT JEROME
En général, il fait passer saint Jérôme pour un esprit emporté, outré, excessif, qui ne dit rien qu'avec exagération, même contre les hérétiques. Il y avait ici bien des correctifs à apporter, qui auraient donné des idées plus justes de ce Père. On aurait pu contre-balancer ces défauts, en remarquant la précision et la netteté admirable qui accompagnent ordinairement son discours, et les marques qu'il a données de sagesse et de modestie en tant d'endroits. Il eût été bon de ne pas dire si crûment, « que le travail, les jeûnes, les austérités et les autres mortifications, la solitude et les pèlerinages sont le sujet de presque tous ses conseils et de ses exhortations » ; comme s'il n'avait pas insisté incomparablement davantage sur les autres vertus chrétiennes et cléricales. H semble qu'on ait voulu le faire passer pour un bon moine, qui n'avait en tête que les pratiques de la vie monastique; ce qui est encore confirmé par ce qu'on ajoute, qu'il parle souvent de la virginité et de l'état monastique, d'une manière qui ferait presque croire qu'il est nécessaire de mener cette vie pour être sauvé. En général on ne doit pas supporter dans M. Dupin la liberté qu'il se donne de condamner si dure-
(1) Cette Bibliothèque avait paru avec les approbations ordinaires. Bossuet s'adresse au chancelier pour protester contre les approbations et obtenir la suppression de l'ouvrage.
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ment les plus grands hommes" de l'Église. Le monde est déjà assez porté à critiquer et à croire que les dévots de tous les siècles sont gens faibles ou excessifs. Que si l'on rabat l'estime des Pères jusque dans l'esprit du peuple, on ne laisse aucune ressource à la piété contre les préventions des gens du monde. Les hommes s'attacheront toujours, selon leur coutume, à ce qu'on leur aura montré de défectueux dans les saints docteurs : les hérétiques en triompheront ; et il est indigne d'un théologien d'aider leur malignité, et celle du siècle et du genre humain.