‹ Bossuet. Préf. de V. GiraudChapitre 7 sur 47 · X PRÉFACE · texte numérisé non relu

X PRÉFACE

il était passionnément épris d'ordre et de certitude : le scepticisme, le dilettantisme où plusieurs de ses contemporains se sont complu avec tous les raflinements les plus exquis de la volupté la plus abandonnée lui étaient littéralement en horreur : il avait besoin d'un terrain solide où asseoir sa vie morale. VA comme Hossuet enfin, Hrunetière a été un adversaire acharné, une sorte d'ennemi personnel de Ijadividualisme sous toutes ses formes : il n'a jamais pu admettre qu'un homme, fùt-il un Henan ou un Napoléon, se fît le centre du monde, s'opposAt et se préfénU. lui tout seul, à l'humanité tout entière, li l'innombrable armée des vivants et des morts : ces revendications insolentes du moi lui paraissaient odieuses, inhumaines: elles avaient le don de provoquer toutes les fureurs de sa verve sarcastique, de son indignation, de son mépris. Il a prononcé dans les dernières années de sa vie, à Bordeaux, je crois, un f^rand discours de combat (|u'il avait intitulé bravement Conirc nndividualismc, et j'ai plus d'une fois regretté qu'il ne l'eût pas rédigé et publié. Mais, à vrai dire, ce discours, il l'a prononcé durant toute sa carrière, Bossuet lui-même n'a pas revendiqué avec plus d'éloquence les droits sacrés de la tradition: il n'a pas dénoncé plus fortement le scandale de tous ceux qui se sont orgueilleusement insurgés contre elle.

PRÉKACE XI

La ressemblance'ne s'arrêtait pas là; elle n'était pas seulement d'ordre moral; elle était aussi d'ordre intellectuel. Brunetière est un esprit de la même famille que Bossuet. Je me rappelle avoir lu, il y a quelques années, une intéressante et curieuse étude d'un philosophe contemporain, M. Albert Leclère, qui a pour titre Essai critique sur le droit d'affirmer. Ce droit, que nous avons tous, mais que, philosophiquement parlant, nous ne devrions exercer que dans certaines conditions et sous certaines réserves, Brunetière, comme avant lui Bossuet, en usait, je ne dirai pas avec indiscrétion, ni avec intempérance, mais enfin avec une complaisance qui pouvait paraître excessive à des esprits construits un peu différemment. Il existe une lettre de Renan où Bossuet est qualifié d' « idole de l'admiration routinière », la Politique tirée de V Ecriture Sainte, d' « ignoble/ parodie de la Bible au profit de Louis XIV », qV où le subtil écrivain s'emporte jusqu'à dire : « Pour ma part, la destruction de cette superstition-là (dans la mesure, bien entendu, où une superstition se détruit) a toujours été une de mes idées fixes! » Cette violente aversion de l'auteur de la Vie de Jésus pour celui des Variations, et, bien entendu, — il ne s'en cachait point, — pour le critique du Roman naturaliste, ne s'explique que trop bien. Les esprits ondoyants

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et divers, indécis, lout en nuances, en demi-mots et en demi-teintes, tels que Renan, ne peuvent sentir les esprits résolus, catégoriques, épris d'idées nettes et de solutions fermes, tels que Bossuet ou Hrunetière. « Tu dilTères; donc, je le hais! » Que d'ailleurs ces derniers, les esprits dogmatiques, soient parfois un {)eu trop impatients dans leur enquête ; que, dans leur besoin de croire et d'affirmer, ils brusquent la recherche, et se précipitent, quelquefois trop vite, à des conclusions prématurées, (ju'en un mot, suivant la parole de Pascal, ils ne sachent pas toujours « douter où il faut, assurer où il faut, en se soumettant où il faut », il est possible : la vérité est chose si difficile à atteindre qu'il ne faut ni s'en étonner, ni s'en indigner, ni peut-être même s'en plaindre, (".iiaque esprit va à la vérité comme il peut, suivant son allure propre, sa structure intime, sa pente originelle. Pourquoi la méthode d'un Bossuet ou d'un Hrunetière ne vaudrait-elle pas celle d'un Henan? Une seule chose est sûre : c'est qu'il y a opposition entre les deux méthodes, entre les deux formes d'esprit, et qu'autant, en lisant Henan, Brunetii're a dû sentir s'accuser et se préci.ser la foncière contradiction de sa propre nature, autant, en lisant Bossuet, il a dû se reconnaître et s'aimer en lui.

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