‹ BouddhismeChapitre 7 sur 192 · O INTERET DES ETUDES BOUDDHIQUES · texte numérisé non relu

O INTERET DES ETUDES BOUDDHIQUES

systèmes ou instituts religieux pour le rapprocher, sousquelquesaspects,desEgliseschrétiennes. Il y a là une trèsbelle question d'histoire religieuse, bien plus instructive que la controverse un peu niaise et anodine des emprunts des Evangiles canoniques ou apocryphes, ou que la comparaison forcée de la charité chrétienne et de la maitrl ou «bienveillance » bouddhique^ Des problèmes, non sans analogie avec ceux qu'étudie l'historien du Christianisme, se posent pour le Bouddhisme et nulle part ailleurs dans le monde antique avec la même précision : l'authenticité des livres, le rôle du fondateur, l'influence des spéculations prébouddhiques, l'économie de l'enseignement primitif et si cet enseignement constitua un système ; comment se formèrent les diverses orthodoxies doctrinales, religieuses et mystiques; les principes de l'exégèse : droits du libre examen et droits de la tradition; comment l'homme qui s'appelait Gautama, et qu'on surnomma Çâkya l'ascète, Çâkyamuni,fut divinisé ; les combinaisons de la philosophie et de la religion; les tendances ascétiques etles concessions qu'imposèrent le développement de l'Ordre et l'adhésion des laïcs; l'influence exercée par les milieux où le culte du Bouddha se propagea; la spiritualité bouddhique dans ce qu'elle a de per-

1. Voir Oldenberg, Buddhhmus und ChristUche Liebe dans Deutsche Rundschau, 1908, et Orientaliscken Religionen, p. 68.

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manent et ses variations. — J'ai cru que Ton ne devait pas négliger ces divers aspects de notre enquête et, sans prétendre les examiner tous, avec le modeste espoir de poser les questions, fussent-elles insolubles, j'ai eu la confiance de choisir parmi tant de problèmes plus faciles et plus pittoresques un des plus austères et des plus obscurs : l'histoire des théories philosophiques et religieuses.

Deux mots sont peut-être utiles pour prévenir un malentendu. Il ne paraît pas douteux que l'étude du Bouddhisme, ainsi comprise, ne puisse fournir de légitimes présomptions en faveur de la transcendance du Christianisme et, en même temps, de vaines objections. Mais ceci n'est pas notre affaire et nous demeurerons étranger à cette préoccupation, si légitime soit-elle. L'apologétique réclame des théologiens et veut, pour étayer ses raisonnements, des conclusions claires et certaines : or les indianistes prudents se refusent à considérer comme tels les résultats de leur enquête. Qu'ils travaillent sur leur terrain propre, sans arrière-pensée et sans se mêler de ce qui ne les regarde pas. S'ils débrouillent le Bouddhisme, ce sera évidemment au gain notable de l'histoire

HISTOIHE DU BOUDOHISMK

universelle et nous posséderons quelques aperçus intéressants et, comme disent les Anglais, suggestifs, sur la genèse, l'économie et les développements des instituts religieux et philosophiques. Mais il s'en faut que le Bouddhisme soit éclairci, et le fût-il, cette chimérique discipline qu'on appelle l'histoire des religions serait encore très loin d'exister. Ceci n'est pas notre impression personnelle. Le temps est passé oii, suivant la présomptueuse formule des Hibbert Lectures, de savantes gens expliquaient « l'origine et la croissance de la religion » à la lumière des religions de l'Inde ou de l'Assyrie. Les philologues ont appris à être modestes, et ils abandonnent de plus en plus aux ethnographes et aux sociologues les spéculations sans garde-fou.

Il faut loyalement définir les réserves qui s'imposent à l'historien du Bouddhisme. La nature même des sources et l'état actuel de la recherche indianiste marquent des bornes étroites à son ambition.

En premier lieu, — nous reviendrons sur ce point, — il est évident que le Bouddhisme ne réside pas tout entier dans les littératures, dans les systèmes plus ou moins artificiels, de la communauté des moines. Or, sauf de rares ex-

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