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LE BOUDDHA. DU LOTUS

jecture, demeurer ici-bas jusqu'à la fin de cette période du monde, mais il considère sa tâche comme remplie et il abdiqué. C'est un dogme que tout Bouddha s'en va lorsqu'il a constitué la confrérie. — Les « supranaturalistes » du Petit Véhicule, et aussi du Lalitavistara, cherchent à tâton une solution plus conforme à la dignité du grand saint; mais, si haut qu'ils le placent, ils gardent quelque conscience de son humanité : sauf surprise, ils lui reconnaissent un corps réel, impassible et transcendant, mais qui a laissé de vraies reliques ; ils distinguent les deux périodes, celle qui précède et celle qui suit l'illumination ; ils croient à l'historicité du grand drame de Gàyâ, la lutte avec Mâra, la conquête de l'Arbre et de l'ambroisie. En un mot, Çakyamuni est un dieu de forme humaine qui devient Bouddha.

Le Çakyamuni du Lotus de la Bonne Loi — et, en général, des sûtras du Grand Véhicule — remplit, au contraire, toute cette période cosmique. De la genèse de sa qualité de Bouddha nous ne savons rien, sinon qu'il est devenu Bouddha « au commencement », c'est-à-dire, pour rester orthodoxe, au commencement de cet âge du monde; — mais cependant il se vante d'enseigner la loi pendant un nombre incompréhensible de dizaines de millions de périodes cosmiques. Il possède le vrai corps d'un Bouddha,

le corps dit de « jouissance » [sambhoga)^ marqué des trente-deux signes dont il révèle la magnificence aux nombreux saints qui l'entourent. Cette langue « longue et mince » que Brahmâyu et Sela furent anxieux d'apercevoir, manifeste sa splendeur ignée. Un des plus curieux chapitres du livre lui est consacré. Le bienheureux Çàkyamuni, lisons-nous i, et le bienheureux Puissant-Joyau qui était entré dans le complet nirvana^ se mirent à sourire ensemble : leur langue sortit de l'ouverture de leur bouche et atteignit jusqu'au monde de Brahma. Il s'en échappa en même temps plusieurs centaines de mille de myriades de dix millions de rayons.

De chacun de ces rayons s'élancèrent plusieurs centaines de milliards de futurs Bouddhas dont le corps était de couleur d'or, et qui étaient doués des trente-deux signes. . . Les Bienheureux opérèrent cet effet de leur puissance surnaturelle pendant cent mille années complètes.

Ensuite, à la fin de ces cent mille années, ils ramenèrent leur langue, et ce fut un bruit formidable accompagné d'un tremblement cosmique :

des milliards de « champs » de Bouddha en furent secoués. Et Çàkyamuni reprit ses discours métaphysiques un instant interrompus par cette admirable exhibition.

1. Burnouf, Lotus, p. 234. Kern {Lotus, p. xxxi) compare Bliagavadgitâ, xi. 30.

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