‹ Bouddhisme [microform]Chapitre 124 sur 186 · Bodhicaryâvatâra, vii · texte numérisé non relu

Bodhicaryâvatâra, vii

4. Anguttara, I, p. 27 (01denberg5,p. 385) nie l'existence de deux Bouddhas en même temps dans le même cosmos. — Kathâvatthu xxi.6 semble nier la coexistence de Bouddhas même dans des univers distincts, contre l'opinion des Mahâsânighikas. Les Lokottaravâdins, d'après Vinîtadeva, disent : « Beaucoup de Bouddhas apparaissent en même temps. »

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encore que de six prédécesseurs de Çakyamuni, les seuls aussi qui figurent sur les bas-reliefs de Bharhut [200 av. J.-G.]; mais, avant la clôture du canon pâli, ce nombre avait été porté à vingtquatre... La série y commence avec Dïpamkara aux pieds duquel le futur Çakyamuni prononce et fait agréer son premier pranidhàna ou vœu solennel de devenir un jour, lui aussi, Bouddha et commence en attendant sa carrière de Bodhisattva [ou de futur Bouddha]. » Mais interviennent les spéculations sur les périodes cosmiques ' et sur la pluralité des mondes ; les « supranaturalistes » et les écrivains du Grand Véhicule reculent vers l'infini l'origine de la carrière du futur Bouddha; ils peuplent l'éternité et l'étendue de Bouddhas souverains; la tradition des vingt-quatre prédécesseurs est « comme étouffée par une végétation parasite... On pouvait en énumérer des milliers, on savait positivement qu'ils avaient été en nombre infini... Comme le Lalitavistara et d'autres livres sanscrits, le Mahàvastu fait grand usage de ces interminables énumérations. C'est par douzaines qu'il nous les sert d'un bout à l'autre et que, sans se lasser, avec une joie enfantine, il se plaît à enfler ces creuses vessies. Quand l'addition ne suffit plus, il y ajoute la multipli-

1. Déjà développées dans Dîgha, II, p. 2 et suivantes. Voir 01denberg'i, p. 384.

cation : Çàkyamuni se souvient d'avoir honoré et servi huit mille Buddhas du nom de Dlpamkara, cinq cents du nom de Padmottara [Sublime Lotus], dix -huit mille Maradhvajas [Étendards de Mâra], quatre-vingt mille Kâçyapas... trois cents millions de Çakyamunis, et ainsi de suite à travers des pages. Au besoin on multiplie simplement par l'infini, car les Bouddhas sont en nombre infini, non seulement dans le temps, mais aussi dans l'espace : leurs kshetras ou champs d'action, dont chacun comprend des milliards de mondes, sont en quantité illimitée, et, de ce chef, bien que chacun de ces domaines ne soit occupé qu'à d'immenses intervalles, le nombre des Bouddhas coexistants à un moment donné est incalculable ^ » .

Cette cosmologie présente de multiples avantages : elle permet, notamment, de mettre en tête à tête ces êtres merveilleux ; elle ouvre le panthéon à des personnalités plus sublimes encore que Çàkyamuni. Parmi les innombrables Bouddhas, la plupart ne sont que des noms, de vaines images accumulées par la rêverie mythologique ; mais plusieurs sont de vrais dieux, chers à la piété.

1« Barth, /. des Savants (août 1899), pp. 17 et 20,

AMITABHA aÔ^

Dès le début de notre ère, Amitabha, « Lumière infinie », d'un autre nom, Amitàyus, «Vie infinie », efface singulièrement Çakyamuni, du moins dans certains milieux. Celui-ci, même dans le Lotus, reste tant soit peu anthropomorphe; il réside sur le double céleste du Pic des vautours, montagne voisine de Bénarès ; il parle ou feint de parler. D'autre part, son univers, — le nôtre, — est mêlé de bien et de mal : en dessous du paradis où s'édifie la mère de Çakyamuni en écoutant Maitreya, le prochain Bouddha, s'agitent les générations des dieux sensuels, des hommes, des animaux et des damnés. N'existet-il pas un Bouddha plus glorieux ou plus bienveillant que le nôtre, qui règne sur un univers parfait et bienheureux? N'existe-t-il pas une « terre bienheureuse », uneSukhàvati,ipe\ip\ée d'élus et de saints? Sans doute, et ce sera, analogue à r « Heureuse » du régent de l'ouest, à la « Cité du couchant » de la littérature brahmanique, la terre occidentale et solaire où trône Amitabha.

« Tous les êtres, sauf les aveugles, possèdent la vue, et tous voient le soleil couchant. Assieds-toi, regarde à l'ouest, prépare ta pensée à une profonde méditation sur le soleil. » C'est dans ces termes que Çakyamuni expliquait à Ananda les méditations qui révèlent aux voyants, aux voyants de la foi, le royaume

d'Amitàbha. — Nous ne décrirons pas, malgré rimportance de cette imagerie dans les cultes de l'Extrême-Orient, les merveilles de cette cité* ; la lumière qui réjouit la peau et l'esprit; la fantasmagorie dont le dieu, grand de milliers de lieues, remplit son auréole de figures saintes et magiques ; ni comment tous les habitants de ce paradis, miraculeusement conçus dans le cœur des lotus parfumés, j grandissent nourris de l'écho du divin enseignement, en sortent radieux, fils du Bouddha, en présence du Bouddha, quand les doigts ou les rayons du Bouddha ont enfin mûri la fleur.

Tout Bouddha a le domaine ou « champ »

qu'il mérite. Si Amitâbha, dont l'éclat rayonne à travers les cosmos de ses confrères, a obtenu ce privilège de posséder la « Terre bienheureuse » et d'y appeler, de partout, les êtres destinés à l'éternel salut, c'est par la vertu du vœu sublime qu'il a jadis prononcé.

Au temps jadis, il y a très longtemps, certain moine qui s'appelait Dharmàkara, « Mine de la Loi », s'adressa au Bouddha alors régnant, Lokeçvararâja, « Roi souverain du monde » : « Je fais vœu », dit-il, « de devenir un jour Bouddha et de gouverner un univers exempt de souffrances et peuplé de saints. Si mon « champ » ne doit

1. Gomme l'a observé M. Rhys Davids, elle rappelle la ville du roi « Beau à voir » (ci-dessus, p. 244).

AMITABHA 269

pas être une Terre bienheureuse, plutôt ne j amais devenir Bouddha! » De cette résolution, dite « originelle » , qui se divise en 46 ou en 48 articles, tous plus « prometteurs » et sublimes les uns que les autres, sont issues, après de longs siècles de charité et de méditation, et la gloire d'Amitàbha, transformation dernière de Dharmàkara, et la Terre bienheureuse, et l'efficace qui y fait renaître les élus. — D'après quelques écoles, la grâce du dieu est non seulement prévenante, mais suffisante. Quiconque prononce le nom d'Amita, fût-ce par distraction, fût-ce dans un blasphème, est assuré du paradis ; les plus grands pécheurs, ceux qui ont commis un des péchés dits « immédiats », punis, dans l'ancien Bouddhisme, par une chute immédiate dansles enfers, ne sont pas exclus des lotus-matrices, purgatoires parfumés, où mûrissent les élusembryons. Seulement ils y resteront enfermés plus longtemps, privés du spectacle sublime auquel ils aspirent, purifiés par l'enseignement qui perce les pétales opaques. — D'autres théologiens, et plus orthodoxes, sont moins accommodants : soit qu'ils écartent les grands pécheurs ; soit qu'ils exigent la piété et les bonnes œuvres ; soit que, plus subtils et voisins, si je ne m'abuse, des théories luthériennes, ils demandent à défaut des œuvres que le fidèle « s'approprie par la foi » le vœu originel de Dharmàkara-

Amitàblia. Il faut, à tout le moins, se reposer dans la vertu salvatrice du dieu^.,

Cependant Amitâbha, — plus exactement les anciens mérites d' Amitâbha et l'efficace de son vœii ne sont pas les seules ressources du fidèle. Innombrables sont les « futurs Bouddhas » qui accumulent les bonnes actions et nous en appliquent le mérite. Maitreya, le premier en date, n'est ni le meilleur ni le plus puissant-. Plus proche et plus actif est Avalôkiteçvara, le « Compatissant » par excellence, le « Seigneur qui regarde d'en haut », ou bien « le Seigneur qu'on regarde », ou encore « le Seigneur des défunts ». Premier ministre d'Amitâbha, ce futur Bouddha a résolu de ne pas devenir Bouddha avant d'avoir introduit toutes les créatures dans le nirvana : « Puisse, a-t-il dit, ma tête se briser en dix morceaux si j'éprouve une pensée de découragement. » — 11 y a aussi des divinités féminines, d'une tendresse maternelle, qui portent le nom de Taras, « Sauveuses » ou « Etoiles ^ ». — En principe, tout Bouddha a pour associés, en qualité de « dau-

1. Sur la religion d'Amitâbha, Toir les Sukhâvatîs et le Sûtra d'Amitâyus (traduits dans SacredBoohs, vol. xlix) ; De Groot, Code du Ma/iâyÂna et surtout Religious persécution in China; Fujishima, Bouddhisme japonais ; Foucher, Iconographie bouddhique, I ; Hastings, Encycl. of Religions S" Ethics, article Avalokiteçfara .

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