Bodhicaryâvatâra, iii
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Tîle du nirvana]. J'adopte pour mère, pour père, frères, fils, sœurs et parents, toutes les créatures. Désormais, de tout mon pouvoir, pour le bonheur des créatures, je pratiquerai le don, la moralité, la patience, l'héroïsme, la méditation, le savoir, l'habileté [dans les moyens de salut]. Je suis un futur Bouddha. Que mon maître m'accepte comme futur Bouddha! »
Alors le maître se prosterne devant les idoles des Bouddhas et devant tous les Bouddhas des dix points cardinaux, et il dit : « Je suis témoin qu'un tel a prononcé le vœu de devenir Bouddha. Je le fais savoir aux très nobles [Protecteurs du monde] et à toutes les créatures ^ »
A partir du moment où il a prononcé le vœu, le bouddhiste est monté, disons-nous, dans le Grand Véhicule : trois « périodes incalculables », plus de siècles qu'il n'y a de grains de sable dans un million de Ganges, s'écouleront avant qu'il ne soit transporté au terme, à l'état de Bouddha parfait. Cette longue carrière se divise en deux parties : durant la première, du moins en théorie, le fidèle n'est encore qu'un candidat à la sainteté, « un commençant » {àdikarinikd) ;
A. D'après le Bodhisattvaprâtimokça, manuscrit de G. Bendall.
3o4 CARRIÈRE DU BODHISATTVA
il n'est pas impeccable; même il arrive qu'il commette de grands péchés et mérite l'enfer ; ses fautes sonttoujours graves, car il s'est engagé à sauver le monde et le bonheur universel repose sur lui. Quel malheur et quelle responsabilité s'il frustrait de sihautes espérances! Quel péché pour les hommes qui, ignorant sa sainteté latente, le mépriseraient à cause de ses défaillances! Mais, en fait, le «futur saint » est déjà un saint. Les prières et les résolutions qu'il renouvelle trois fois par jour le purifient de toute souillure; Il évite le péché ; il pratique le don, la force, la patience, la méditation. Il n'oublie pas que la crainte est le commencement de la sagesse et considère les dangers de la mort, les douleurs de l'enfer, la nécessité de mettre à profit cette courte vie. Il se familiarise avec la douleur, si utile puisqu'elle dissipe l'orgueil, inspire le dégoût de l'existence, engendre la pitié pour tous ceux qui souffrent et l'affection pour les Bouddhas charitables. Il comprend que la patience est, de toutes les austérités, la meilleure ; combien il est insensé de s'irriter contre nos ennemis, car ils ne sont que les délégués de nos anciens péchés, car ils contribuent grandement à notre salut : « Un ennemi est aussi utile qu'un Bouddha. » Surtout, il s'efforce de détruire l'idée du « moi », non seulement par la recherche philosophique et la méditation du
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vide, mais surtout par la pratique de l'aumône, de l'humilité, du renoncement sous toutes ses formes.
Deux vertus très difficiles sont absolument nécessaires ^ ; d'abord « ne pas faire de différence entre le prochain et soi-même » . Ne sommes-nous pas tous au même titre des êtres vivants, des membres de ce grand corps qu'est la communauté des êtres qui souffrent? Ma douleur, en soi, diffère-t-elle de la douleur de mon frère ? Car nous sommes frères, et le Bouddha, qui aime tous les êtres comme un père aime ses enfants, chérit surtout ceux qui sont malades, ceux qui sont coupables. Si les Bienheureux pouvaient souffrir, ils souffriraient de la douleur des créatures. — Ne méprisons personne ; les plus humbles ont de redoutables vengeurs dans les Bouddhas : de même la foule s'écarte avec respect devant un soldat du roi, car elle sait que le roi punira sévèrement le moindre affront fait à ses gens. — Mais la crainte ne doit pas seule nous animer. N'avons-nous pas à obtenir des Bouddhas le pardon de nos péchés, à leur montrer notre reconnaissance? Et comment remplir ce devoir sinon par le service des créatures ? Il faut traiter tous les êtres comme s'ils étaient des Bouddhas.