‹ Bouddhisme [microform]Chapitre 51 sur 186 · Barth, Bulletin, 1900, p · texte numérisé non relu

Barth, Bulletin, 1900, p

1 14 l'enseignement de çakyamuni

Ces récits et ces strophes donnent une idée très concrète de la vertu et du salut; ils révèlent, sous l'ingénieux agnosticisme de Çàkyamuni, sous les spéculations volontairement abstruses des littératures savantes, — paradis du « monde de la forme » et de la « non-forme », étapes de la sainteté, etc., — des notions beaucoup moins raffinées, plus humaines, plus terre à terre aussi, un Bouddhisme différent de celui dont nous avons parlé jusqu'ici : un utilitarisme égoïste qui résout le problème du bonheur par le farniente du cloître, le problème métaphysique par l'ignorance et le quiétisme. La science de salut consisté à savoir que nous devons mourir; la sainteté se résume dans le rien faire et la résignation ; le nirvana n'est que l'attente paisible et béate de la fin. Sans se préoccuper d'une félicité mystérieuse, sans la nier aussi, le « délivré-vivant » se réjouit tout uniment d'avoir conquis le repos, la certitude de la non-renaissance, après les effroyables fatigues de la transmigration.

Pour apprécier la vraisemblance historique et l'importance de ce Bouddhisme, il faut d'abord se dégager des préjugés européens.

L'idée de métempsychose est trop étrangère à notre esprit pour que nous en pénétrions toute l'horreur : nous disons « renaissance », les

PESSIMISME Il5

hindous disent « re-mort ». D'après la sagesse occidentale, la terre est une vallée de larmes; mais l'image bouddhique est plus forte : « Que pensez-vous, ô moines, qui soit plus, l'eau qui est dans les quatre océans ou les larmes que vous avez versées, tandis qu'en ce long voyage vous erriez à l'aventure de migration en migration, et que vous gémissiez, et que vous pleuriez, parce que vous aviez en partage ce que vous haïssiez et que vous n'aviez pas en partage ce que vous aimiez? » — La mère se lamente sur la mort de sa fille, et s'en va criant le nom chéri : « Jivâ Î.Jlvà ! », c'est-à-dire « Vie » ; on lui dit : «De quelle Vie parles-tu ? Quatrevingt-quatre mille jeunes filles qui toutes s'appelaient Vie ont été brûlées à cette même place de crémation M » — - Partout la mort et la douleur; jamais un moment de répit :

« Vous étes-vous jamais trouvés soit un jour, soit une nuit, soit un demi-jour, soit une deminuit, entièrement heureux? » A cette question du Bouddha, ils répondirent « Non^ ». Le sommeil sans rêve, que l'Upanisad considérait comme le bonheur parfait, est gâté par Thorreur de la veille.

Là perspective de la renaissance ou de la « re-mort » est insupportable; on se sent

Page 1