‹ Bouddhisme [microform]Chapitre 96 sur 186 · PETIT VÉHICULE PALI · texte numérisé non relu

PETIT VÉHICULE PALI

—Mais quand bien même les Presbytres auraient compris que le nirvana du Bouddha est un très grand vide, ils affirment qu'un Bouddha n'est pas un sauveur : « C'est à vous-même de faire effort», a dit le Maître, « les Bienheureux ne font qu'expliquer le chemin du salut », et ailleurs : « Soyez à vous-même votre île (ou votre lampe), votre recours ; ne cherchez pas d'autre recours. Que la Loi soit votre île, votre recours, votre seul secours*. »

Mais, en raison d'une touche particulière au génie hindou, — en raison aussi de l'influence exercée par les foules bouddhiques et peut-être certaines fractions dissidentes de la Communauté qui adoraient dans Çâlcya un sauveur et un dieu vivant, — les sentiments que nourrissent les rédacteurs des livres pâlis pour le Maître disparu sont pénétrés d'une profonde affection. Il demeure ce qu'il était jadis, le chef de la confrérie; il règne dans les cœurs, non pas à titre de modèle, — cette notion ne germera que plus tard, dans le Grand Véhicule, — mais comme la bontéet la sagesse personnifiées. On n'est pas bouddhiste si on ne prend pas recours dans le Bouddha ; si on ne l'entoure pas d'une perpétuelle commémoration ianusmrti) ; si, en propres termes, on n'est pas un « fils du Bouddha », un « fils de Çâkya ». — Mais le

1, Dîgha, II, p. 101.

Maître est « éteint » ; l'objet du culte est insensible ou irréel : quels fruits le culte pourra-t-il porter? Cette question inévitable fut posée de bonne heure, semble-t-il, et la réponse, identique chez tous les docteurs, sort du fond même de la doctrine ^ .

D'après le principe de l'acte personnel et irréversible, — il y fut fait d'ailleurs, nous le verrons, des dérogations notables, — tout bien comme tout mal nous vient de nous-mêmes; c'est une hérésie de croire que quelqu'un donne : mon bienfaiteur, dieu ou homme, n'est que le délégué de mon mérite. Ilenrésulte que le culte du Bouddha entré dans le nirvana porte les mêmes fruits que les hommages et les services rendus au Bouddha vivant.

Le grand saint ni n'accorda ni n'accorde aucune faveur aux orants, et à la vérité on ne le prie pas ; mais la piété est féconde parce que l'esprit se recueille, se purifie, se prépare au nirvana quand il se repose et se complaît dans la contemplation du saint.

La commémoration du Bouddha est distincte de la commémoration de la Loi, laquelle estaussi un objet de culte, le deuxième « joyau». Sans doute Çakyamuni mourant disait que la

1. Le Milinda, l'Abhidharmakoça et Çântideva sont d'accord. — Sur l'utilité du culte des reliques, voir Milinda, pp . 95 et 117 (trad . I, 144, 246). C'est d'ailleurs une opinion canonique qu'on obtient le ciel en vénérant les stupas, Mahâparinibbâna, v, 12.

PETIT VÉHICULE PALI aOQ

Loi le remplacera ; à plusieurs reprises, reprenant des dévots exaltés, il expliquait qu'on voit le Bouddha quand on voit la Loi, mais que le moine même qui touche le vêtement du Maître est très loin de lui s'il ne voit pas la Loi^. Cependant, — pour ne pas parler des deux marchands qui reçurent de Çâkyamuni quelquesuns de ses cheveux sacrés et qui furent les premiers adorateurs et les premiers fidèles laïcs 2, pour négliger tout ce qu'il y a de latrie dans le plus ancien culte, — la piété du moine philosophe s'attache au Grand Disparu non seulement parce qu'il fut la Loi personnifiée, le fondateur de la Confrérie, la porte du salut, mais aussi parce qu'il est le saint par excellence, riche de tous les mérites, orné de toutes les perfections: « Quand on prend recours dans le Bouddha », dit un texte, « on prend recours dans les qualités que possède le Bouddha, dans les qualités qui font un Bouddha^ ». Le fidèle se réjouit de cette sainteté aussi agissante et efficace aujourd'hui qu'au temps de la sublime prédication : car si le Maître n'est plus en relation avec les hommes, ceux-ci sont en relation avec lui tous les jours et à l'heure dernière ; il est ce qu'il était jadis, un « champ » où croissent merveil-

1. Oldenberg, Buddh. Studien. p. 677; J, R. A. S. 1906, p. 947.

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