SUR
« Nous nous attendons à toutes les attaques , à la mauvaise foi et à l'ignorance dont la critique courante nous a déjà donné tant de preuves.»
Préface des Soirées de Médan.
Le Figaro, 19 avril 1880 (Albert Wolff).
«Le récit est curieux; on est un soir d'été sous les grands arbres, l'un a pris son bain, l'autre a flâné dans la campagne avec des idées grivoises, voyezvous cela! Tous sont étendus sur le dos contemplant les étoiles qui brillent là-haut. On parle de Mérimée : c'est un imbécile, s'écrie un petit naturaliste. L'autre bâille et affirme que la campagne l'embête. Voilà ce qu'ils pensent et voilà comment ils écrivent; et c'est cette petite bande de jeunes présomptueux, qui dans une préface d'une rare insolence, jette le gant à la critique. Cette rouerie est cousue de fil blanc; le fond de leur pensée est : Tâchons de nous faire éreinter, cela fera vendre le volume.
« Les Soirées de Médan ne valent pas une seule ligne de critique. Sauf la nouvelle de Zola, qui ouvre le volume, c'est de la dernière médiocrité. »
Le Temps, 7 mai 1880 (Le Reboullet).
« Que penser après cela du défi qu'une demi-douzaine de jeunes gens groupés à l'ombre de M. Emile Zola viennent de jeter à la critique. Mais qu'importent la préface et le défi? Si ces nouvelles avaient quelque originalité, si elles tranchaient par un trait, fût-il grossier, sur la banalité des productions contemporaines, il y aurait plaisir et profit à s'y arrêter. Par malheur, l'ambition s'arrête précisément au préambule; en dépit du panache dont il est coiffé, le livre est des plus ordinaires. Les jeunes gens qui se réclament de M. Zola ont hérité de sa suffisance, mais non de son talent. »
Evénement, 19 avril 1880 (Léon Chapron).
«Où la pathologie perdrait son latin, en supposant que cette vieille dame ait jamais su le latin, c'est dans le cas de MM. les naturalistes. Ces gens-là, parmi lesquels il est des gens de valeur, sont littéralement enfiévrés de vanité. Ils viennent de publier un volume : Les Soirées de Médan. Une vingtaine de lignes s'étalent en manière de préface. Cette préface est purement et simplement une grossièreté. Remarquez que je n'en suis pas autrement surpris... Outre que cette préface est assez mal bâtie, elle est d'une inconsciente bêtise, qui doit ravir les amateurs de la vieille gaieté française... Eh bien, pathologie ou non, nous voudrions bien qu'on ne trouvât plus d'éternelles excuses poulies assassins, les nymphomanes, les joueurs et — surtout — pour les naturalistes. »
Le Voltaire, 20 avril 1880 (Edouard Rod).
«...M. Guy de Maupassant, dont la nouvelle est placée immédiatement après celle de Zola, s'est fait connaître autrefois dans la République des Lettres par des poésies d'allure franche et forte. Le sujet choisi par lui — le voyage pendant la guerre d'une société d'honnêtes gens en compagnie d'une courtisane — est peut-être le plus original du volume. Mais ce qui frappe dans les détails, c'est la bonne humeur inaltérable du conteur. II n'a aucune amertume... La bêtise et la lâcheté humaines, loin de l'irriter l'intéressent, peut-être même l'amusent. II n'a pas cherché à peindre une grande douleur ni une grande passion, il a simplement raconté une histoire assez ridicule et un peu odieuse, en homme habile à découvrir et à débrouiller les intrigues de la vie courante. Son indifférence est celle d'un tempérament bien équilibré, d'un homme sans aucune sentimentalité qui, étant fort, ne souffre point de la vie, ne la trouve ni belle ni laide et la prend comme elle est.
« L'union de ces jeunes écrivains montre la force; sans aucun doute elle inquiétera les adversaires passionnés du naturalisme, ceux qui font de l'esprit au lieu de comprendre, qui rient au lieu d'étudier. Ceux qui, au contraire, s'intéressent au mouvement moderne salueront avec plaisir leur œuvre collective toute pleine de promesses et déjà de réalisations. »
Gil Blas, 1e1 juillet 1883 (Théodore de Banville).
« A Guy de Maupassant. — Vous êtes devenu célèbre tout de suite, parce que d'instinct vous avez deviné que
la condition unique de l'art, c'est de donner aux délicats et à la foule ce dont ils ont également soif : la sincérité. Etre sincère, tout est là; il n'y a pas d'autre règle, il n'y a pas d'autre poétique, et tous les fatras qui disent le contraire en ont menti. Oh! quelle lut la charmante et réconfortante et heureuse surprise des lecteurs, lorsqu'on vous vit arriver exempt de toute affectation et de tout mensonge, ne cherchant pas du tout à donner aux gens des vessies pour des lanternes, ou à leur faire voir en plein midi trente-six chandelles. On ne se lassera pas de relire cette Boule de Suif où vous avez montré la laideur de l'Egoïsme humain, sans vous laisser séduire par les sirènes de l'antithèse et sans être tenté de faire de votre héroïne une ligure sublime. »
Correspondance de Gustave Flaubert (i 869-1880).
A Guy de Maupassant.
«...Mais il me tarde de vous dire que je considère «Boule de Suif» comme un ebef-d'eeuvre. Oui! jeune homme! Ni plus, ni moins, cela est d'un maître. C'est bien original de conception, entièrement bien compris et d'un excellent style. Le paysage et les personnages se voient et la psychologie est forte. Bref, je suis ravi, deux ou trois fois j'ai ri tout haut (sic).
« Le scandale de Mn,c Brainne me donne le vertige! Je rêve!...
«Je vous ai mis sur un petit morceau de papier
mes remarques de pion. Tenez-en compte, je les crois bonnes.
«Ce petit conte restera, soyez-en sûr! Quelles belles binettes que celles de vos bourgeois! Pas un n'est raté. Cornudet est immense et vrai ! La religieuse couturée de petite vérole, parfaite, et le comte «ma chère enfant», et la fin! La pauvre fille qui pleure pendant que l'autre chante la Marseillaise, sublime. J'ai envie de te bécotter pendant un quart d'heure! Non! vraiment, je suis content! je me suis amusé et j'admire.
« Eh bien , précisément parce que c'est raide de fond et embêtant pour les bourgeois, j'enlèverais deux choses, qui ne sont pas mauvaises du tout, mais qui peuvent faire crier les imbéciles, parce qu'elles ont l'air de dire : «Moi je m'en f. ..» : i° dans quelle fosse, etc., ce jeune homme jette de la fange à nos armes; et 20 le mot tétons. Après quoi le goût le plus bégueule n'aurait rien à vous reprocher.
«Elle est charmante, votre fille! Si vous pouviez atténuer son ventre au commencement, vous me feriez plaisir. »
E. Fasquelle, éd.