SCÈNE III
DES RILLETTES, LES BOULINGRIN
DES RILLETTES. — Madame et monsieur Boulingrin, je suis bien votre serviteur.
noirLiNoiuN. Eh! bonjour, monsieur des Rillettes.
M.voAME BOULINGRIN. — C'cst fort aimable à vous d'être venu nous voir.
BOULINGRIN. • — • Vous tomicz à propos.
DES RILLETTES. Bah!
MADAME BOULINGRIN'. Coillinc luaréo
en carême.
DES RILLETTES. — J'en suis bien aise.
MADAME BOULINGRIN. DiteS-moi,
monsieur des Rillettes...
DES RILLETTES. — Madame?...
BOULINGRIN, le tirant par le bras gauche. — Pardon! moi d'a.bord.
MADAME BOULINGRIN, Ic tirant par le bras droit. — Non. Moi!
BOULINGRIN. — Non !
MADAME BOULINGRIN. — N'écOUtez paS,
monsieur des Rillettes. Mon maii ne dit que des bêtises.
BOULINGRIN. — Que des bêtises!...
MADAME BOULINGRIN. Oui , quC deS
bêtises.
BOULINGRIN. — Tu vas voir un peu, tout à l'heure, si je ne vais pas aller t'apprendre la politesse avec une bonne paire de claques. Espèce de grue!
MADAME BOULINGRIN. VoyOU !
BOULINGRIN. — Comment as-tu dit cela?
MADAME BOULINGRIN. J'ai dit :
« Voyou ».
BOULINGRIN. — Tonnerre!... Et puis tu embêtes monsieur. Veux-tu bien le lâcher tout de suite !
MADAME BOULINGRIN. Lâche-le toi-
même.
BOULINGRIN. — Non. Toî !
MADAME BOULINGRIN. Non !
DES RILLETTES, écartelé. — Oh !
MADAME BOULINGRIN. — Tu entends.
Tu le fais crier.
DES RILLETTES. — Excusez-moi, madame et monsieur Bovilingrin, mais je vois que vous êtes en affaires et je craindrais d'être importun.
BOULINGRIN. — Nullement.
MADAME BOULINGRIN. Point du touf,
BOULINGRIN. — Au contraire.
DES RILLETTES. — Cependant...
BOULiMGRiN. — Au coiitiairc, vous disje. {J.ui aniuçant une chaise.) Tenez!
MADAME BOULINGRIN, même JtU.
C'est cela. Prenez un siège.
DES RILLETTES. Meici.
BOULINGRIN. — Nou. Pas celui-ci ; celui-là !
DES RILLETTES. — Mille grâces.
MADAME BOULINGRIN. — NoU- PaS Ce-
lui-là; celui-ci.
BOULINGRIN. Noil.
MADAME BOULINGRIN. Si.
BOULINGRIN. NoU.
MADAME BOULINGRIN. Si.
BOULINGRIN. — Est-ce qxie ça va durer longtemps? Vas-tu tâcher la paix à M. des Rillettes?
DES RILLETTES. — En vérité, je suis désolé.
M.\DAME BOULINGRIN. PourqUOi
donc?
BOULINGRIN. - — Il n'y a pas de quoi.
MADAME BOULINGRIN et BOULINGRIN, ensemble. — Asseyez-vous.
MADAME BOULINGRIN, qiii a réussi à amener une chaise sous les fesses de des Rillettes. — Là!
BOULINGRIN, qui se -précipite. — Pas 3ur celle-là, je vous dis!
Il enlève, d'un tour de main, la chaise avancée par sa femme, en sorte que des Eillettes, qui allait justement s'y asseoir, tombe, le derrière sur le plancher.
MADAME BOULINGRIN, triomphante. — Tu vois ! {Pendant tout le couplet qui suit, madame Boulingrin, calme et exaspérante, s'obstine à répéter :) Imbécile! Imbécile !
Tandis que :
BOULINGRIN, léf/itimemevf indigné. — Eh ! c'est de ta faute, aussi ! Pourquoi as-tu voulu le forcer à s'asseoir sur une chaise qui le répugnait? Tu serais bien avancée, n'est-ce pas, s'il s'était cassé la figure?... Imbécile?... Imbécile toi-même! Quel monstre de femme, mon Dieu !
Pourquoi faut -il que j'aie trouvé ça sur mon chemin? (.4 des Rillettes.) Vous ne vous êtes pas blessé, j'espère?
DES RILLETTES, qui Se frotte mélanco-
liqueme/it le fond de cidotic. — Oh!
si peu que ce n'est pas la peine d'en parler.
BOULINGRIN. — Vous ni'cn voyez ravi.
Approchez-vous du feu.
DES RILLETTES, ù 2>'t>'t. — ■ Je SUIS fâché d'être venu.
MADAME BOULINGRIN, empressée. — Prenez ce cousein sous vos pieds.
DES RILLETTES. — Mcrci beaucoup.
BOULINGRIN, que la civilité de sa femme commence à agacer, et qui fourre un second coussin sous le premier. — Prenez également celui-ci.
DES RILLETTES. — Bien obligé.
MADAME BOULINGRIN, qui ne saurait sans déchoir accepter de son mari une leçon de courtoisie. — Et celui-là.
Elle glisse un troisième coussin sous les deux autres.
DES RILLETTES. — En vérité...
BOULINGRIN, armé d'un quatrième coussin. — Cet autre encore.
DES RILLETTES. Non.
MADAME BOULINGRIN. — Ce petit tabouret.
DES RILLETTES, les genoux à la hauteur de l'œU. — De grâce...
BOULINGRIN. — Eh ! laisse-nous tranquilles avec ton tabouret ! {Exaspéré, iL envoie un coup de pied dans la pile de coussins échafaudée sous les semelles de des Rillettes. Les coussins s'écroulent, entraînant naturellement, dans leur chute, la chaise de des Rillettes, et des Rillettei avec.) Tu assommes M. des Rillettes.
DES RILLETTES, Ics quatre fers en l'air. — Quelle idée !
MADAME BOULINGRIN. C'est toi qui
le l'a ses.
BOULINGRIN, avec autorité. — Allons, tais-toi !
MADAME BOULINGRIN. — Je me tairai si je veux.
BOULINGRIN. — Si tu veux !
MADAME BOULINGRIN. Oui, si je
veux.
BOULINGRIN. — ... de Dieu!
MADAME BOULINGRIN. — Et je ne veux pas, précisément.
C'est trop fort!.
Cocu !
qume