‹ Bourbouroche. L'article 330. Lidoire. Les balances. Gros chagrins. Les Boulingrin. La conversion d'Alceste. Illus. d'après les dessins se BarrèreChapitre 37 sur 53 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

ALCESTE

Philinte, je voxie sais "bon gré de vos avis ;

Je les ai médités longuement, puis suivis,

Et, cet aveu peut-être a lieu de vous surprendre,

Je conviens que la vie est à qui sait la prendre.

Oui, c'est mal rendre hommage à la divinité

Que fixer sur son œuvre un œil trop irrité.

Au pardon qui sourit la sagesse commence ;

Il n'est pas d'équité sans un peu de clémence ;

Tel se casse les reins en tombant dans l'excès,

Qui fait du monde entier l'o^^iet d'un seul procès.

Aussi, sans m'aveugler aux défauts qu'on lui treuve.

Je prétends désormais, d'une vision neuve,

Envisager ses torts, — mieux, ses petite travers, —

Et sortir de la peau de l'homme aux rubans verts.

Assez et trop longtemps ma folle turbulence.

94 ^-^ Conversion d'AIccstc

Aux ailes des moulins butant ses fers de lance,

Vint faire la culbute en l'herbe des fossés,

Le nez en marmelade et les jupons troussés.

Ce n'est pas tout d'ailleui-s. Ma loyauté robuste

En ses emportements ne fut pas toujours juste.

J 'en garde le remords et suis mal satisfait

D'avoir gourmé des gens qui ne m'avaient rien fait.

C'est ainsi que jadis, j'en conviens et sans honte,

J'eus tort, Philinte, tort, grand tort avec Oronte.

Il est irréprochable à ce que j'en connais !

Il malmène la Muse et fait mal les sonnets,

Soit ! i\Iais me force-t-il à les signer ? En somme,

S'il est mauvais poète, il est fort honnête homme.

Donc, quel besoin pour moi, quelle nécessité,

De lui cracher son fait avec brutalité ?

La révolte est choquante où le dédain s'im]x>se,

Et c'est le fait d'uu fou que s'emporter sans cause.

PHILIXTE

J'ai peine à retrouver l'Alceste d'autrefois Dans celui qui pourtant me parle par sa voix. Un coeur pacifié qu'on n'y soupçonnait guère Bat-il sous le hanaois du vieil homme de guerre, Ou votre esprit chagrin veut-il plus simplement Se donner ma surprise en divertissement ? Qu'un langage aussi neuf nie causerait de joie. Si...

ALCESTE

Ma sincérité paye en bonne monnoie, Philinte, et c'est l'excès de mon seul repentir Que vous trahit ma bouche inhabile à mentir. Oui, mon esprit baigné de nouvelle lumière Se rouvre, grâce à vous, à sa candeur première. Je renais au bonheur d'être indulgent et bon, Et le calme en mon cœur rentre avec le pardon. Plus d'une fois pourtant, bafouée, outragée. Votre prudence, ami, fut mal encouragée ; De vos sages conseils je méconnus le prix... Je m'excuse humblement de n'avoir pas compris. J'étais aveugle et sourd, et c'est là ma défense.

THILIXTE

Alceste, un mot de plus me serait une offense. Brisons sur ce sujet.

ALCESTE

Qui fut dur pour autrui Doit à sa probité de l'être aussi j^our lui.

La Conversion d'Alcestc c;^

Ma conscience et moi ferions nieilleui- monade

Si je n'avais joué d'un si sot persoiinaf^c

Et si j'eusse loseé le pauvre genre humain

De moins de coups baillés au hasard de la irain.

A mes yeux dessillés, chaque jour, se révèle

De quelque ancienne erreur quelque marque nouvelle.

En un second procès je m'étais engagé ;

Eh bien, depuis hier, le procèg est jugé,

Et je dois confesser que, contre mon attente,

Ma cause a...

PHILINTE

Triomphé 1

ALCESTE

De manière éclatante !

PHILINTE

Fort bien !

Ainsi riposte avec grandeur la Loi, Naguère, injustement, prise au collet par moi. Et Célimène, encor !... Doux, et tendre, et jeune être ! Que je restai longtemps malpropre à la connaître, Et que l'égarement de mes transports jaloux Fut dur à ses vingt ans traqués comnie des loups ! De longs jours, de longs m,ois, marquant d'effronterie L'innocent enjouement de son espièglerie. Hargneux à sa jeunesse, aveugle à sa pudeur. De mon lâche soupçon j'insultai sa candeur ! Avouez qu'elle eût pu, de quelques représailles Avec quelques raisons gâter nos épousailles ! Il n'en fut rien, pourtant. Depuis que sur nos mains L'amour serra les nœuds du plus doux des hymens, Célimène, à mes vœux, souple et conciliante. Reflet, à s'y tromper, des grâces d'Eliante, Egayant ma. maison, rassurant mon honneur. En toute occasion fait paraître un grand cœur. Oui, Philinte, au butor qui l'avait mal jugée. Elle sourit, pardonne, et pense être vengée ; De sa seule vertu triomphant noblement, Et laissant aux remords le soin du châtiment !...

(Soupirant.)

Qu'il m'est cruel \

PHILINTE

Allons ! la vie est ainsi faite Que chacun tranche un peu de son petit prophète, Bloqué comme en les murs d'une étroite prison

Dans le besoin d'avoir seul et toiijoure raison. Dieu l'ordonne et le veut ; que ea loi s'accomplisse ! Mais doit-on pmir cela kc couvrir d'un cilice Et porter comme un deuil le tort d'avoir bronché Où tant de fois déjà d'autres ont trébuché ? Morbleu, non ! Le scrupule oîi votre humeur se bute Ne vaut pas, croyez-moi, l'honneur qu'on le discute. Condamnez donc vos torts d'un esprit plus raesis, Et pour d'autres objets réservez vos soucis. L'erreur où l'on vous vit de l'humaine nature Est l'antique, commune et banale aventui'e. Des leçons do la vie éternel apprenti, Le juste n'est jamais qu'un pécheur converti ! (Alceste le regarde longuement, sans rien dire.)

PHILINTE

Voue ne répondez point ?

ALCESTE

Que répondre ?... J'écoute.

(Lui tendant les deux mains.) Et rends grâces au ciel qui vous mit sur ma route. (La porte s'ouvre, Flipotte paraît.)

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