‹ Bourbouroche. L'article 330. Lidoire. Les balances. Gros chagrins. Les Boulingrin. La conversion d'Alceste. Illus. d'après les dessins se BarrèreChapitre 39 sur 53 · ALCESTE ORONTE · texte numérisé non relu

ALCESTE ORONTE

Comme en un livre...

(Alceste essaie de placer un mot.) ... ouvert...

ALCESTE

Bien enuendu.

ORONTE

Sans doute

Donc, me juge..,

m'écoute.

ALCESTE

Or, vous avez bon pied...

Il est vrai.

ORONTE, la main haute.

... je n'ai jamais menti !

Je reconnais.

ALCESTE

Monsieur...

ORONTE

ALCESTE

bon aj)péUt... (1)

bon œil..

OUONTE

ALCESTE

Souffrez aue...

ORONTE

... bon visage !

Mon cœur, de tout ceci, tire un heureux présage. Oui, j'exulte de joie à vous voir bien portant. J'y prends j^laisir.

ALCESTE

Tant mieux.

ORONTE

Vous m'en voyez content l

±3ien obligé.

Charmé !

ORONTE

ALCESTE

Merci.

ORONTE

... ravi !... tout aise !

ALCESTE, bas à Philinte.

Philinte, au nom du ciel, obtenez qu'il se taise.

(l) Rime douteuse en apparence. Catulle Mendès me l'a sévèrement reprochée, au nom de la rifueur classique. J'objecte que Molière lui-même fait dire à Oronte ceci :

Je viens, pour commencer entre nous, ce beau nœud. Vous montrer un sonnet que j'ai fait depuis peu.

loo La Conversion d'Alceste

onoNTK, qui suit son idée.

Em-lianté !

PHILINTE

Vouloiis-uous nous asseoir ?

ORONTE

Grand merci.

(Les trois hommes s'assoient.) (A Aie este.)

Or çà...

(Brusquement, à Philintc.)

Mais je vous trouve à souhait, vous aussi..

PHILINTE

Moi ?

ORONTE

Gros, e^ras, le teint frais, l'œil vif !

ALCESTE, hos.

Il recommence !

Au poids de l'or, Philintc, achetez son silence !

ORONTE

Vous ne me croyez pas ?... Je veux bien, si je mens, Que la foudre...

PHILINTE

Il suffit. Laissez les compliments, Et veuillez, sur le but oii tend votre visite...

ORONTF

Je m'explique.

ALCESTE et PHILINTE, satisfaits.

Ah !

Messieurs, l'orgueil, ce parasite, Fils du sot amour-propre et de la vanité, Conseille mal les gens dont il est écouté ; Car le fiel, son cousin, la haine, sa cousine. Compliquent de poisons les venins qu'il cuisine.

(Alceste et Philint3 échangent un coup d'œil désespéré.)

La Conversion d'Alceste loi

Ennemi des vains mots, des discours suiterflus, Des exordes lassants qui n'en finissent plus, Et des péroraisons que leur pédanterie Allonge de Paris jusqu'à La Queue-en-Brie, Je viens à vous tout franc, et je vous dis :

(Lui tondant la main.)

Voilà !

Pour la troisième fois, s'il vous plaît, touchez là. Touchez !

PHILINTE, à "part.

Touchant !

ALCESTE

Touchons ! Je touche ! Sans rancune ?

ORONTE, très franc.

Sans arrière-pensée et sans aigreur aucune !

ALCESTE

Vrai ?... Les griefs d'hier ?... L'histoire du sonnet ?...

Et les sévérités prises sous mon bonnet?...

Et ma mauvaise foi de parti pris butée

A la sotte chanson que je vous ai chantée?...

ORONTE, V interrompant.

Point ! Elle est excellente et j'en ai beaucoup ri.

L'âme simple du peuple y parle au roi Henri !

Ah ! a Reprenez Paris ! » Ah ! a J'aime mieux ma mie ! »

Quant au sonnet, c'était une simple infamie,

Dont les tercets fâcheux et l'absurde huitain

Fleuraient à quinze pas leur petit Trissotin.

Ma verve, qui vous doit de s'être corrigée,

Reste donc, croyez-le, votre bien obligée.

Je fais d'ailleurs de vous un cas tel que j'entends

Vous en donner ici des gages éclatants.

(Alceste veut parler mais déjà Oronte a tiré un papier de sa poche.)

Ce deuxième sonnet, par le fond, par la forme, A voti-e poétique est de tous points conforme, Et vos justes conseils dont j'ai su profiter M'en ont dicté les vers faits pour vous contenter. Comme il a trait aux yeux d'une mienne parente Qui voulut bien pour moi se montrer tolérante. J'ai cru de mon devoir d'y semer à foison L'hyperboJe, l'image et la comparaison.

(Il annonce.)

102 La Conversion d'Alccste

SOXNET

composé à la gloire de deux

jeunes yeux aniottreiix

et dans lequel le poète

attaché à louanger comme il faut,

à célébrer comme il convient

leurs feux, leur mouvement, leur éclat,

leur lumière

renonce à trouver, — même dans le domaine

du chimérique,

une imarje digne de leur être opposée,

(Il lit.)

( Ce ne sont pas des yeux, ce sont plntôt des dieux, 1 Ayajit dessus les rois la puissance absolue. ( Des dieux?... De« cieux, plutôt, par leur couleur de nue ( Et leur mouvement prompt comme celui des cicux.

( Des cieux?... Non!... Deux soleils nous offusquant la vue ( De leurs rayons brillants clairement radieux!... ( Soleils?... Non!... mais éclairs de puiesance inconnue, < Des foudres de l'amour, signes présagieux... )>

onONTE, poursuivant.

(( Car, s'ils étaient des dieux, feraient-ils tant de mal? (( Si des cieux ? Ils auraient leur mouvement égal ! (( Des soleils?... Ne se peut! Le soleil est unique.

(( Des éclairs alors?... Non !... Car ces yeux sont trop clairs!

(( Toutefois je les nomme, afin que tout s'explique :

(( Des yeux, des dieux, des cieux, des soleils, des éclairs! )> (1)

PHILINTE

C'est grand comme la mer.

ALCESTE, à port.

Et bête comme une oie, IMais de ce malheureux pourquoi gâter la joie 1... Qu'il soit grotesque en paix !

ORONTE

Eh bien, eur mon sonnet ?

Franchement, il est bon à mettre au cabinet De lecture. (2)

(1) Honorât Laugier de Porchères. Sonnet à la duchesse de Beau fort.

(2) Le mot est en avance d'un siècle, mais la parodie excuse l'anachronisme.

ouOMTE, ivre d'orijucil.

Ngu 1

Si !

(Humblement.)

Page 1