SUCCÈS ET AFFLUENCE
l'intention de Bourdaloue par une dame de Fursy, que l'éditeur de la correspondance n’a pas encore réussi à identifier. Rochebilière, qui lisait Farcy, essaie de su pposer le nom de Torcy !. Tout cela est bien problématique. Le sens de la lettre est que la donatrice ayant ajouté sans doute des conditions peu en rapport avec les institutions de l’ordre, Bourdaloue est invité à concilier les exigences de la règle avec ies intentions de la bienfaitrice, sans doute en amenant celle-ci à renoncer aux clauses incompaübles avec la profession religieuse. Le général s’en remet à son zèle et à sa prudence.
Une note recueillie par Rochebilière dans les papiers du P. Demontezon, S. J.?, et que peut-être il n’a point comprise, portait : « Bourdaloue dans l'Eglise de Saint- Paul ou Gradins, fabulata (sic).» Ne faut-il pas lire : dans l’église de Saint-Paul où (il fallut placer des) gradins, tabulata? Ce mot tabulata qui signifie planchers, aurait-il été pris dans quelque relation latine du temps, spécifant qu'il avait fallu établir des estrades, à cause de lPaffluence des auditeurs. Nous rencontrons pour cette année des témoignages , celui de Madeleine de Lamoignon , par exemple, qui confirment cette interprétation d’une note trop abrégée, et surtout, sans référence,
Le Mercure de mars-avril, après avoir cité nne Mission des Capucins, aux Quinze-Vingts, fertile en restitutions, ajoute
Les autres prédicateurs qui ont presché ce Caresme, se sont aussi attiré beaucoup d’auditeurs. Le Pere Bourdaloue, Jesuite, et M. l'abbé Boileau, ont été les plus suivis. Je ne vous repete point ce que Je vous
|. Nom douteux surchargé sur la copie. Mme de Torcy? Mme de Pringy? mais c'est bien éloigné. Ce ne peut être Mu de Torcy, fille de Pomponne, qui ne se maria que beaucoup plus tard avec le marquis de Torcy Colbert, mais il y avait d’autres Torcy non parents des Colbert. Un marquis de Torcy se maria à cette époque, d’abord à une Vitry, puis à une Gamaches (Voy. Sévigné, éd. Hach., t. vir, p. 218, note 1? (R.)
2, Sommervogel, t. 11, col. 1191.
548 CARÈME À SAINT-PAUL
ai dit souvent du premier. Quant à M. l'abbé Boileau, l'esprit a si fort paru dans tous ses sermons, qu’on n’y trouvoit pour défaut qu'un trop grand accablement de belles choses. Aussi la réputation qu'il a acquise dans la Chaire de $S. Germain l’Auxerrois a fait tant de bruit que Monsieur ayant souhaité de l'entendre se rendit exprès dans cette Eglise le vendredy Saint, accompagné de Madame et de Mademoiselle 1...
J'ai cité plus haut, à l’occasion du compliment de Bourdaloue à Monsieur, en 1678, limitation qu’en fit en son carême à Saint-Germain le trop spirituel ? abbé Boileau.
3 mars, mercredi des cendres. — Füt-ce l’ouverture du carême, ou y avait-il eu, ce qui semble moins probable, un sermon le 2 février. En tout cas, ce fut le premier sermon de la station auquel assista M" de Sévigné. Nous verrons au 5 mars qu’elle avait ce jour-là, entendu déjà les trois sermons « admirables » des mercredi, jeudi et vendredi, 3, À et 5 mars.
Sur le sermon du 3, où 1l y eut une foule énorme, le P, Chérot a déjà cité, dans la Lettre de Bourdaloue au cardinal de Bouillon”, une lettre de Madeleine de Lamoignon, que M. H. Omont lui avait bien voulu signaler.
Je voy bien que ma santé ne peut soustenir la presse et le grand
nombre. Mecredy dernier, je m'y suis trouvé si mal que je n’ause plus m'y engager 4.
4 mars, jeudi. — Le sermon des éditions, au premier
1. Mercure galant d'avril 1683, p. 325. V. plus haut, p. 4421.
2. M. l'abbé Hurel a cité sur lui le mot cruel de Racine, lorsqu'un
jour la Champmeslé lui demandant pourquoi la Judith de Boyer, bien accueillie durant le carème de 1695 était tombée ensuite : a C'est, répondit le poète, que pendant le carême, les sifflets étaient à Versailles aux sermons de l'abbé Boileau. » (t. 11, p. 131). Je ne serais pas éloigné d'admettre l'interprétation qu'on peut donner en un sens nullement défavorable au prédicateur, à cette présence autour de sa chaire des courtisans, assez hommes de goût pour siffler Boyer, et goûter un orateur qui passait pour quelque peu bel esprit.
D UEÉS5 MOLeR:
4. Bibl. nat., f. fr. Collection Dupuy, t. poccxzv, fol. 101-102.