‹ Bourdaloue, sa prédication et son tempsChapitre 115 sur 341 · Id. Serm. pour la fête de saint Thomas, t. XII, p · texte numérisé non relu

Id. Serm. pour la fête de saint Thomas, t. XII, p

sition à croire, ils n'appréhendent jamais de n*en avoir pas assez; ils se défendent de la simplicité comme d'un faible, et ils ne pensent pas à se défendre de l'orgueil, qui est encore un plus grand faible *. » Ces dispositions indociles et rebelles inspirent à Bourdaloue autant de crainte que de tristesse. Il déplore « cette altération si pernicieuse et si contagieuse qui se fait delà foi, et qu'il voit se répandre de jour en jour dans les esprits des hommes *, » et, se rencontrant avec Fénelon, il se demande si Dieu irrité ne nous retirera pas cette foi que nous laissons perdre, pour la donner à de nouvelles chrétientés. Filii autem regni ejicientur in tenebras exteriores '.

Pour défendre la religion contre ces périls cachés qu'il devine et dévoile, pour la prémunir contre les ennemis déclarés dont il pressent les prochains assauts, le parti que Bourdaloue conseille aux vrais fidèles n'est point une muette réserve, trop semblable à la résignation craintive ou au compromis sacrilège. Se taire, c'est faire aveu d'im* puissance, et il ne veut pas que la foi soit impuissante. Aux attaques railleuses des libertins, comme aux difficultés soulevées par les raisonneurs téméraires, il faut répondre. Bourdaloue n'est point de ces directeurs timorés qui conseillent aux âmes de fuir les contestation^, de pratiquer la religion dans le secret de leur cœur, s'en remettant pour tout le reste à la Providence, et se réfugiant dans la prière, refuge commode, qui fait de Dieu lui-même le complice de nos défaillances coupables. Le silence peut convenir au martyr en face de ses bourreaux ; il ne convient pas au chrétien qui vit dans le monde, et qui doit non-seulement pratiquer sa religion, mais la professer; non-seulement la professer, mais la défendre. Bourdaloue sait que la négation est de sa nature audacieuse, et l'affirmation timide : la timidité de l'une lui semble aussi funeste que la hardiesse de l'autre. Il ne craint pas tant

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