‹ Bourdaloue, sa prédication et son temps [précédée d'une Notice sur Anatole FeugèreChapitre 275 sur 323 · MALVAIS LIVRES ET SOCIETES SUSPECTES · texte numérisé non relu

MALVAIS LIVRES ET SOCIETES SUSPECTES

saient au spectacle d'une corruptiou plus grande que la leur. Par là s'explique le bizarre mélange que l'on rencontre au dix-septième siècle jusque dans les sociétés les plus hautes. Des hommes graves fréquentaient sans scrupule les Chapelle, les Saint-Pavin et les Ghaulieu. Armand de Bourbon, prince de Gonti, se partageait entre les amitiés les plus dévotes et les compagnies les plus libertines, tantôt écrivant contre la comédie avec l'austérité d'un docteur de l'église, tantôt faisant, avec son ami Bussy-Rabutin, la Revue du pays de la liraquerie *. Ninon recevait comme une grande dame, et son salon, oîi elle faisait, suivant madame de Sévigné, une propagande d'impiété si dangereuse ^, était recherché des honnêtes gens. Cette excessive facilité dans les relations, pleine de périls pour l'àme chrétienne, a été fortement réprouvée par Bourdaloue dans son sévère discours su?' la Société des justes avec les pécheurs.

f N'est-ce pas un scandale, disait le prédicateur aux chrétiens qui l'entendaient, de vous voir tous les jours dans les sociétés d'une ville ou d'un quartier les plus suspectes ; de vous voir dans des assemblées d'où toute pudeur semble bannie, où se tiennent les discours les plus libres, où se débitent les maximes les plus pernicieuses, où souvent nulles règles de bienséance et de modestie ne sont observées ; de vous voir avec des esprits sans religion, avec des femmes sans léputation, dans des lieux où règne la licence et où se répand la plus naortelle contagion? Qu'en peut-on penser? qu'en peut-on dire? et même qu'en a-t-on déjà pensé? qu'en a-t-on dit ^ ? »

Et quand Bourdaloue disait encore : « Vous connaissez certaines femmes dont la société fait plus de libertins que les plus contagieuses leçons de ceux qui autrefois ont tenu école de libertinage * » : n'était-ce point une allusion directe à Ninon?

1. V. l'Introduction biographique de P. Mesnard, en tôto des Lettres de madame de Sévigné, édition Régnier. ?. Lettre du 16 avril 1671. . . „ ,. , v r, ns

3. Dominicales. S« dim. après l'Epiphanie, l« parUe, t. \ , p. 1^».

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