‹ Bourdaloue, sa vie et ses œuvresChapitre 14 sur 38 · L HOMME RELIGIEUX · texte numérisé non relu

L HOMME RELIGIEUX

d« lui. Je prie votre Révérence d'employer à obtenir ce résultat son éloquence persuasive (1). »

Bourdaloue, on Ta vu, était avare de son temps; cependant, dès que la charité faisait entendre sa voix, on était toujours sur de le faire sortir de ses habitudes de travail et de recueillement. Nous en avons un exemple frappant dans la conduite qu'il tint à Tégard de ses confrères de la ville de Trêves, en deux circonstances diOérentes. En 1689, au moment d'une nouvelle invasion de l'Allemagne par Tannée française, les Pères Jésuites de Trêves, redoutant les suites de la guerre, s'adressèrent à leurs confrères de Paris, pour obtenir quelques ménagements de la part des généraux en chef. Le P. Bourdaloue usa de son créJit à la cour, et les Pères du collège et du noviciat deTrèves furent épargnés. Dès que le P. Général eut connaissance de cette charitable et utile intervention, il écrivit au P. Genevray, Provincial de France, pour le prier d'adresser des remerciements aux Pères de Paris, et en particulier au P. Bourdaloue, dont la recommandation avait sauvé du pillage les établissements de la Compagnie dans cette ville (1).

(l) Arch. rom. S. J. (Lettres du 3 février et du 28 août 1683.) Racine et Boileau faisaient assez peu de cas du P. de Viiliers. Racine raconte à Boileau (Lettre du 5 septembre 1687) qu'il a été entendre l'oraison funèbre de M. le Prince, prononcée par lo P. de Viiliers, et il ajoute : « Il y a joint la louange du dernier mort (le Grand Gondé mort en 1686), et il s'est enfoncé jusqu'au cou dans le combat de Saint-Antoine, Dieu sait combien judicieusement. En vérité, il a beaucoup d'esprit, mais il aurait hien besoin de se laisser conduire, » En sortant de la Compagnie de Jésus (1689), Pierre de Viiliers entra dans Tordre de Gluni : Boileau l'appelait le Matamore de Cluni, parce qu'il avait l'air audacieux et la parole impérieuse; il est mort en 1728. (Œuvres de Boileau Despréaux, Biaise, 1821. Correspondance, t. IV, p. 109.)

(1) Rem quoque faciet V. R. mihi jucundissimam, si meo nomine gratias agai quàm maximas Patribus parisiensibus ac nominatim

46 LE p. LOUIS BOUBDALOUE

Le p. Bourdaloue rendit le même service à ses confrères de Trêves, au commencement de la guerre de la succession d'Espagne. Sa recommandation fut d'autant plus eiGcace que le ministre de la guerre, Chamillart, était le neveu de sa sœur. Le maréchal de Tallard, après s'être rendu maître de Trêves, le 20 octobre 1702, donna des ordres pour qu'on épargnât les Jésuites de la ville; dans leur reconnaissance, les Pères envoyèrent au P. Bourdaloue une abondante aumône (1) .

P. Ludovico Bourdaloue, pro opepraestità nostris trevirensibus m hâc heUorum calamilate. lis emm eorumque commendationi et auctoritati, fatentur debere se rei suœ famiUaris tum in Collegio, tum in donw probationis conservationem, (Arch. Gésu. rom., Litt. PP» gen., 25 mars 1690.) (1) Lettre du P. Bourdaloae, 9 avril 1703.

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