‹ Bourdaloue, sa vie et ses œuvresChapitre 17 sur 38 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

prâdloatlon & Pari» au dlaL-sepU^me siècle

Le P. Bourdaloue est-il orateur ou n'est-il que simple prédicateur? Nous répondrons qu'il voulut toujours être simple prédicateur, et que, cependant, le zèle qui le dévorait a tellement embrasé son âme de prêtre qu'il est arrivé à la plus haute éloquence, par la solidité de sa doctrine, la profondeur de ses pensées, la puissance de sa parole, le tout relevé par une action oratoire très animée.

Il comparait sa mission avec la mission du saint précurseur : Jean-Baptiste était son modèle, « Flambeau ardent et luisant pour dissiper les ténèbres de l'infidélité du siècle, et enflammer tous les cœurs du divin amour (1). »

(I) Sermon sur saint Jean» Baptiste, t. XII, p. 338.

90 LE P. LOUIS BOURDÂLOUE

Tel fut Jean-Baptiste, d'après Bourdaloue, tel fut aussi notre religieux orateur. Nous chercherons à le prouver.

En abordant un pareil sujet, le plus élevé de nos études sur le P. Bourdaloue, nous ne pouvons dissimuler une certaine crainte, soit de rester au-dessous de la réputa- ^tion dont il jouit auprès de ses admirateurs lettrés, soit de ne point le présenter à ses frères dans le sacerdoce et la religion, tel qu'il voulut être et tel qu'il fut en vérité, c'est-à-dire, apôtre avant tout, jaloux du salut des âmes et peu soucieux de l'éclat de sa parole.

Pour échapper au péril de notre insuffisance, nous laisserons parler les critiques contemporains les plus sages, les plus estimés, les plus indépendants, le lecteur appréciera. Nous nous réservons la tâche modeste d'opposer les témoignages des anciens à mille propos injustes ou de fantaisie, que la passion de dire du nouveau a mis sur les lèvres de quelques critiques modernes. Leurs dernières conclusions, il est vrai, ne manquent pas de vanter la supériorité de notre orateur, mais les restrictions , les observations, les considérations appuyées d'anecdotes plus ou moins exactes qu'ils y mêlent , ne laissent pas que de fausser le jugement du public et d'empêcher que la vérité apparaisse dans toute sa splendeur. Cette manie de critique à outrance n'aurait rien laissé d'intact dans la réputation du P. Bourdaloue, si son sort avait dépendu des hommes de plume. Sa vie reste, il est vrai, en dehors de toute attaque, mais son œuvre a subi tous les affronts : la méthode, le style et l'action de l'orateur ont été tournés en ridicule, la doctrine échappe à peine au blâme ; il se rapproche, dit-on, des jansénistes et emprunte son austère morale à la vertueuse morale de Port -Royal,.. • il est gallican, •.. il fait appel aa bras séculier contre les hérétiques,... on lui fait un crime de s'élever contre Pascal, contre Arnaud, contre Molière »..« on va jusqu'à

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